Olivier Père

La mariée était en noir de François Truffaut

ARTE diffuse La mariée était en noir (1968) dans le cadre de son cycle François Truffaut, lundi 19 octobre à 20h55. Veuve le jour de son mariage, Julie Kohler se transforme en ange de la vengeance et élimine un à un les responsables de la mort de son époux, l’amour de sa vie. Mal aimé par les exégètes du cinéaste et par son auteur lui-même, La mariée était en noir est un film étrange dans lequel Truffaut tente d’appliquer les principes de son maître Alfred Hitchcock, sans pour autant renoncer à sa propre personnalité de cinéaste. Cela donne un résultat paradoxal. Les citations visuelles ou musicales – Truffaut emprunte à Hitchcock son compositeur fétiche, Bernard Herrmann – ne font que souligner les différences qui existent entre La mariée était en noir et les films du cinéaste anglais. Truffaut ne laisse pas vraiment la place au suspens, et refuse de diaboliser les coupables, décrits comme des échantillons de masculinité ridicules ou pathétiques – ils sont interprétés par les géniaux Michel Bouquet, Michael Lonsdale ou Charles Denner. Truffaut, français jusqu’au bout des ongles, ne parvient jamais au niveau de sophistication et de « glamour » de son modèle. Il y a dans son film une trivialité inséparable des personnages et des décors qu’il décrit, malgré des intentions déréalisantes qui emmènent parfois La mariée était en noir sur les territoires de l’onirisme. Jeanne Moreau hante le film comme un fantôme. Elle exécute son plan de manière méthodique, avec une sorte de folie froide. La mariée était en noir rejoint les grands films monomaniaques de Truffaut, qui imagine une héroïne obsédée par la mort. Le programme de cette adaptation française d’un roman de William Irish fait immanquablement penser à Kill Bill. Quentin Tarantino a pourtant déclaré n’avoir jamais vu le film de Truffaut.

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Un commentaire

  1. Aliocha dit :

    Si on prend toute sa filmo, il est frappant qu’à chaque tentative de film plus « de genre » que « sentiments » (en tout cas à dominante film noir, Fahrenheit 451 étant selon moi plus réussi grâce à Bernard Herrmann plus inspiré qu’ici, et au charme décalé d’un « film anglais » fait par un Français d’après un écrivain américain de SF, ce qui en fait d’ailleurs l’un des précurseurs du film de SF d’auteur aux côtés d’Alphaville ou de La Jetée de Marker), Truffaut n’a pas totalement convaincu le public ou la critique (en tout cas à l’époque)…
    Et même en tant que fan absolu de ce cinéaste depuis mon enfance, je dois admettre que mes films préférés parmi les siens (et ceux qui me semblent ses plus beaux) restent encore « Jules et Jim », « Baisers Volés », « Les deux Anglaises », « Adèle H », ou « La femme d’à côté, c’est-à-dire ceux qui reposent avant tout dans leur écriture sur cette « violence intérieure » (adoucie, certes, dans « Baisers Volés », par une tonalité plus proche de la comédie), cette « violence des sentiments » (je cite de mémoire) qu’il a évoquée dans plusieurs entretiens comme étant au coeur de son oeuvre…

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