Olivier Père

Le Deuxième Souffle de Jean-Pierre Melville

ARTE rediffuse dans le cadre de son « Printemps du polar » Le Deuxième Souffle (1966) de Jean-Pierre Melville dimanche 29 mars à 20h55 en version restaurée. Le film sera immédiatement suivi d’un documentaire inédit sur son auteur, Melville, le dernier samouraï de Cyril Leuthy (disponible en télévision de rattrapage du 22 mars au 27 mai sur ARTE.tv).

Gu (Lino Ventura, admirable) s’évade de prison et renoue avec ses complices du Milieu parisien. Transformé en bête traquée, accusé de trahison par des gangsters rivaux, il accomplit une dernière mission : l’attaque d’un convoi d’or dans la région marseillaise. Tiré d’un roman de José Giovanni, Le Deuxième Souffle est un des titres majeurs de la filmographie de Jean-Pierre Melville. C’est son dernier film en noir et blanc. Il procède à une synthèse parfaite des éléments contenus dans ses polars précédents, et annonce l’épure stylistique de la trilogie en couleur avec Alain Delon. Le Deuxième Souffle supprime les détails pittoresques attachés à la description de la pègre. Le film récuse l’idée de réalisme tout en se débarrassant d’un certain folklore mythologique. C’est le premier pas vers l’abstraction glacée du Samouraï. La notion de morale, si importante chez les gangsters, est bafouée tout au long du récit, rythmé par les mensonges et les doubles jeux. Gu est dénué du charme romantique des bandits. Il est essentiellement mu par son instinct de survie et son code de l’honneur, et ne connaît que le règne de la violence et de la fuite. Melville ne se livre à aucune apologie du gangstérisme, mais il s’identifie à des hommes qui vivent hors du monde et de toute contingence sociale. Paul Meurisse interprète le plus beau personnage de flic de toute l’œuvre de Melville. La scène où il reconstitue en présence de témoins l’échange de coups de feu survenu dans un bar, tournée en un seul plan, constitue un admirable morceau d’anthologie, tout à fait représentatif de la maîtrise technique et narrative du cinéaste.

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Un commentaire

  1. Gayo dit :

    J’ai vu le film en replay et j’ai été frappé par l’étonnante similitude du film avec L’Armée des ombres (1969), revu aussi sur Arte récemment : une évasion de prison, la même trajectoire du Nord au Sud (Paris et Marseille); la solitude d’un homme traqué, condamné à vivre dans la clandestinité, se méfiant de tout le monde ; les mêmes ruses pour échapper à ses ennemis (la moustache), n’hésitant pa à tuer, « parce qu’il le faut »; enfin, le bateau des passeurs, synonyme de liberté.

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