Olivier Père

Les Amants crucifiés de Kenji Mizoguchi

Au cœur d’un été riche en rééditions et en reprises d’une qualité exceptionnelle, ce mois d’août restera comme celui d’une rétrospective en huit films de Kenji Mizoguchi. Huit films essentiels de l’un des plus grands auteurs de l’histoire du cinéma, présentés pour la première fois en version restaurée 4K ou 2K : Les Contes de la lune vague après la pluie, L’Intendant Sansho, Les Amants crucifiés, La Rue de la honte, Miss Oyu, Les Musiciens de Gion, Une femme dont on parle, L’Impératrice Yang Kwei-Fei. Ces huit films, réalisés entre 1951 et 1956, appartiennent à la conclusion de l’œuvre de Mizoguchi, débutée en 1923. Ils correspondent à la période de la découverte tardive de Mizoguchi en Occident, et à sa consécration dans les festivals internationaux. Ils montrent un artiste en pleine possession de ses moyens. Ils confirment aussi le statut de Mizoguchi grand portraitiste de la femme japonaise, dans la société contemporaine ou à travers différentes époques de son pays. Qu’elles soient actrices, geishas, prostitués ou épouses, les femmes inspirent au réalisateur des histoires cruelles qui magnifient leur courage et leur abnégation.

Les Amants crucifiés (Chikamatsu monogatari, 1954) est une splendeur absolue. L’action se déroule en 1684 à Kyoto, capitale impériale. Kenji Mizoguchi y dénonce l’asservissement des femmes dans le Japon féodal. Elles sont les premières victimes de l’hypocrisie d’une société régie par un strict système de castes. Sous le vernis des conventions triomphent le pouvoir de l’argent et de la violence masculine, y compris au sein du couple et de la famille. Le début du film nous apprend que la loi punit les femmes adultères à être crucifiées avec leur amant. Il annonce le destin tragique de l’épouse d’un riche imprimeur obligée de fuir avec un jeune employé. Une passion naîtra entre les deux fugitifs. Mizoguchi exalte l’amour comme forme ultime de résistance devant les fausses valeurs de l’ordre social. Hymne à la liberté, Les Amants crucifiés est l’un des sommets de l’art cinématographique.

 

En salles depuis le mercredi 31 juillet, distribué par Capricci.

Les Amants crucifiés de Kenji Mizoguchi

 

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