Olivier Père

Candyman de Bernard Rose

Séance de rattrapage pour ce titre célèbre du fantastique du début des années 90. Je ne l’avais pas vu au moment de sa sortie française en janvier 1993 car le nom de Bernard Rose, inconnu au bataillon, ne m’inspirait pas confiance. Il faut dire qu’à l’époque je ne jurais que par John Carpenter, Brian De Palma ou Wes Craven à propos du cinéma de genre américain. J’avais tort. Candyman mérite sa réputation et se révèle une incursion intelligente sur territoire des légendes urbaines, doté d’un sous-texte politique assez pertinent. L’Anglais Bernard Rose, pour son premier film américain, adapte la nouvelle The Forbidden de son compatriote Clive Barker, dont il déplace l’action de Liverpool à Chicago. Une étudiante mariée à un professeur rédige avec une amie une thèse sur les légendes urbaines et les superstitions contemporaines. Au cours de ses recherches elle fait la découverte d’une histoire récurrente, celle du Candyman qui terrorise les membres de la communauté afro-américaine qui habitent le quartier défavorisé de Cabrini Green. Dans ce ghetto noir en proie à la délinquance et aux trafics, contrôlé par des gangs, la jeune femme va remonter aux origines du Candyman, assassin au crochet qui surgit quand on prononce trois fois son nom. Le film a la bonne idée d’inscrire la légende du Candyman dans un environnement social bien défini, en montrant les conséquences directes de la spéculation immobilière, des magouilles politiciennes et des ravages du capitalisme sauvage sur le paysage urbain et les conditions de vie des classes prolétaires. Bernard Rose abandonne ainsi l’attirail sadomasochiste – malgré le crochet du Candyman – et l’imagerie homosexuelle et religieuse du Clive Barker de Hellraiser – malgré des restes de style sulpicien – pour une approche politique du genre. La mise en scène de Rose est inventive, jamais grandiloquente, et de nombreuses scènes possèdent une lumière et des cadrages qui renvoient à l’expressionnisme. La réussite de Candyman doit beaucoup à son actrice principale Virginia Madsen qui trouve ici son meilleur rôle. La beauté de la jeune actrice américaine avait illuminé Electric Dreams et Dune dix ans plus tôt. Candyman lui permet d’interpréter un personnage complexe et émouvant, qui traverse des épreuves terrifiantes et connaîtra une destinée extraordinaire. Loin des « scream queens » abonnées aux productions horrifiques, Virginia Madsen n’est pas seulement dans Candyman une innocente victime, sexy et craintive, pourchassée par un croquemitaine. Son érotisme demeure secret, sa souffrance accède à une dimension tragique et la conclusion du film la fait rejoindre l’univers fantastique des légendes urbaines, d’où elle pourra à son tour assouvir sa vengeance.

Blu-ray et DVD de Candyman édités par ESC.

Virginia Madsen dans Candyman de Bernard Rose

Virginia Madsen dans Candyman de Bernard Rose

Catégories : Actualités

7 commentaires

  1. Frédéric CAMUS dit :

    Bien le bonjour, Olivier,

    codicille pour conseiller à ceux qui ne l’ont pas vu Hot Spot, de Dennis Hopper, adapté de Charles Williams (que Gallmeister a eu la bonne idée de rééditer récemment). Le film est un peu paresseux, mais Virginia Madsen (ante-Candyman) consume tout. Un peu perdue de vue aujourd’hui, mais savoir qu’elle incarne un doux ange de la Mort dans le dernier Altman peut suffire au bonheur de beaucoup de cinéphiles.

    Amitiés,

    FC

  2. Frederic Camus dit :

    Hum…. pas totalement, la scène de nuit est pas mal D’accord, c’est peu, mais Virginia Madsen. Plus réservé sur Jennifer Connelly, qui, franchement, a été meilleure ailleurs…

  3. Jaspert dit :

    Disons que Jennifer Connelly est ultra sexy dans Hot Spot.

  4. Jaspert dit :

    Excellent film, oui, dont le statut est totalement justifié. Virginia Madsen y est pour beaucoup, certes, mais le film est globalement très réussi et doté d’une solide ambiance. C’est l’un des films d’horreur où l’urbanité est très bien exploitée, à mon sens !

  5. Jaspert dit :

    Conseillez-vous aussi le film Electric Dreams que vous évoquez rapidement ?

    Du fait de sa mauvaise réputation, peut-être, je n’ai jamais vu Firestater. Votre article m’encourage à lui donner une chance ! En tant que fan de George C. Scott, je devrais y trouver mon compte…

    • Olivier Père dit :

      Je n’ai pas revu Electric Dreams depuis sa sortie, je ne saurais vous dire. Le film a peut-être très mal vieilli mais Virginia Madsen y était très mignonne. Firestarter a mauvaise réputation, pourtant il mérite d’être vu.

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