Olivier Père

La Poursuite implacable de Sergio Sollima

La Poursuite implacable (Revolver, 1973) est le dernier grand film de Sergio Sollima. C’est aussi le plus sombre et désespéré. Il s’agit d’un prolongement policier de ses westerns, construit autour d’un couple viril antagoniste représentant la loi et l’insoumission, l’ordre et la marginalité. Le sous-directeur d’une prison dans le Nord de l’Italie, dont la femme vient d’être enlevée, est contraint d’organiser la libération un jeune voyou sous la menace des mystérieux ravisseurs de son épouse. Les deux hommes vont se retrouver au cœur d’un complot politico-industriel de large envergure, entre Milan et Paris. Délaissant le lyrisme de Colorado et du Dernier Face-à-face, Sollima signe un polar urbain nerveux et oppressant qui capte le désarroi de l’Italie du début des années 70, minée par les tensions étatiques, la lutte armée gauchiste et les conspirations d’extrême-droite. À l’utopie révolutionnaire de ses westerns succède un profond pessimisme, au sujet de la corruption du pouvoir. Dans le contexte du cinéma d’action, le scénario évite la lourdeur démonstrative des « fictions de gauche » très en vogue à l’époque, autant que le simplisme démagogique des « polizieschi » transalpins mettant en scène des flics inflexibles et des gangsters roublards. La Poursuite implacable, au-delà de son immersion dans les rouages de la « stratégie de la tension », et des coups tordus des services secrets, propose un tissu de relations humaines complexes. Fabio Testi, acteur athlétique abonné aux rôles musclés campe ici un voyou fragile, confronté à la masse brutale et déterminée incarnée par Oliver Reed, dont le personnage va peu à peu se fissurer, pris dans un étau impitoyable. La prise de conscience, le voile qui progressivement se lève sur des situations incompréhensibles ne peuvent avoir d’autres conséquences que la mort et le renoncement. La Poursuite implacable est un film nihiliste, hanté par le cadavre d’un jeune homme, enterré pendant le générique de début, et dont la disparition va entraîner une succession d’événements tragiques et violents.

Le duo formé par Oliver Reed et Fabio Testi, sans doute dans leurs meilleurs rôles, fonctionne à merveille. Sollima fait une utilisation optimale des rues de Paris et des décors naturels. Le cinéaste bénéficie une nouvelle fois de l’apport essentiel d’Ennio Morricone, dont la musique obsédante scande le périple sans espoir des deux fugitifs. La chanson en français « un ami » de La Poursuite implacable, interprétée par Daniel Beretta – qui joue dans le film le chanteur hippie Al Niko – fut reprise dans sa version instrumentale de manière originale et inattendue par Quentin Tarantino dans Inglourious Basterds.

La Poursuite implacable sort le 27 mars en digibook Blu-ray et DVD, en version remastérisée HD 2K, édité par M6 vidéo, avec des suppléments confiés à Emilie Cauquy et Jean-François Rauger de la Cinémathèque française.

La Poursuite implacable

Oliver Reed et Bernard Giraudeau dans La Poursuite implacable de Sergio Sollima

Catégories : Actualités

2 commentaires

  1. ELias_ dit :

    Chef d’œuvre. Sa découverte lors d’une soirée bis à la cinémathèque fut un choc. Un des meilleurs polars italiens que j’aie pu voir, évoqué ici :
    https://elias-fares.blogspot.com/2018/01/histoire-permanente-du-cinema-italien.html

    E.

    • Olivier Père dit :

      vendredi 29 mars à partir de 19h la Cinémathèque française propose une nouvelle soirée cinéma bis en hommage à Sergio Sollima avec La Poursuite implacable (restauration 2K) et La Cité de la violence.

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