Olivier Père

On a arrêté Sherlock Holmes de Karl Hartl

En 1933 Josef Goebbels, ministre de la propagande, prend en main le cinéma allemand avec de grandes ambitions. Goebbels entend créer un art nouveau en accord avec l’idéologie national-socialiste et réorganiser l’industrie cinématographique. Cette réorganisation se manifeste par des purges qui écartent les Juifs des différents métiers du cinéma. En mars 1933 le conseil d’administration de la UFA décide de renvoyer ses collaborateurs juifs. Très vite les films à contenu ouvertement politique, qui mettent en scène des militants Nazis, sont abandonnés. Goebbels préconise des films divertissants destinés à séduire le plus large public. Le IIIème Reich va tenter de créer un cinéma allemand capable de rivaliser avec la machinerie des studios de Hollywood avec des productions de prestige ou légères offrant du rêve et de l’évasion aux spectateurs, beaucoup plus nombreuses que les stricts films de propagande.

On a arrêté Sherlock Holmes (Der Mann, des Sherlock Holmes war, 1937) de Karl Hartl est un divertissement policier au postulat original. Deux détectives se font passer pour Sherlock Holmes et le Docteur Watson et profitent de la crédulité de ceux qu’ils croisent, forces de l’ordre comprises, pour mener à bien leurs enquêtes et déjouer les plans d’une organisation criminelle. L’action est censée se dérouler en France et met en scène des personnages anglais. Cette localisation exotique correspond aux ordres de la censure nazie qui évacuait impitoyablement des scénarios la moindre référence à la réalité de la société allemande de l’époque. Nous sommes dans un monde de pure convention, de préférence luxueux – une large partie de l’action se déroule dans un palace, qui cherche à reproduire le charme et l’esprit des comédies sophistiquées américaines. Les deux héros sont des idéalistes sympathiques et rien ne vient altérer leur enthousiasme et leur bonne humeur, toujours vaillants et plein d’imagination. Cet éloge romantique du mensonge et de l’imposture, qui brouille les pistes entre réalité et fiction, participe à l’aversion du nazisme pour le rationalisme. Le faux Sherlock Holmes est interprété par Hans Albers, dont la carrière traverse sans éclipse le cinéma allemand des années 10 jusqu’au années 50 et qui sera le baron Münchhausen dans le film de 1943. Son partenaire est le fantaisiste Heinz Rühmann, l’un des comédiens les plus populaires du cinéma allemand, très docile avec le régime nazi pendant la guerre, à la filmographie pléthorique. Aussi apprécié du public allemand que Bourvil ou Fernandel en France, on le voit d’ailleurs aux côtés de ce dernier dans La Bourse et la Vie de Jean-Pierre Mocky en 1966. Il fait sa dernière apparition à l’écran dans Si loin, si proche de Wim Wenders en 1993.

 

On a arrêté Sherlock Holmes est diffusé lundi 4 septembre à 20h50 sur ARTE, dans le cadre de l’hommage à la UFA. Il sera disponible en télévision de rattrapage pendant 30 jours sur le site d’ARTE.

380 Der Mann, der Sherlock Holmes war

Hans Albers et Heinz Rühmann dans On a arrêté Sherlock Holmes

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