Olivier Père

So Dark the Night de Joseph H. Lewis

Sous le titre Nuit de terreur Sidonis édite un titre rare, inédit en France et très peu distribué hors des Etats-Unis, mais jouissant d’une formidable réputation auprès des cinéphiles amateurs de films noir. Ce DVD nous permet d’affirmer que cette réputation était loin d’être usurpée. Sous ses allures de petite série B So Dark the Night est un film étrange, hors du commun. On le doit Joseph H. Lewis, un cinéaste passionnant dont la carrière n’a jamais décollé des productions à petits budgets mais qui signa au moins un film mythique : Gun Crazy, passion folle entre deux amants criminels sur fond de fétichisme des armes. So Dark the Night est moins célèbre, mais il mérite le détour et figurait aussi parmi les titres de fierté de son réalisateur. Le début du film est pourtant loin d’être rassurant. So Dark the Night est censé se dérouler en France. Défilent alors tous les clichés et personnages improbables des petites productions hollywoodiennes ne prenant pas la peine d’imiter convenablement nos petits villages, par ignorance ou désinvolture, comme si le directeur artistique confondait sur la carte les pays de la Loire, la Bulgarie et le Tyrol. La campagne française est reconstituée dans un coin de décor de western, tout le monde porte des habits folkloriques non identifiés, chaque acteur parle avec un accent différent – Steven Geray, qui joue le détective Henri Cassin, était Austro-hongrois. Ces scories agaçantes lors des premières minutes finissent par ne plus retenir l’attention du spectateur tant l’histoire prend rapidement une tournure surprenante et originale. Au début du siècle dernier, Cassin est l’un des as de la police parisienne. Il n’a pas pris de vacances depuis des années et, harassé par sa lutte contre le crime, décide de s’éloigner quelques jours du Quai des Orfèvres. Célibataire, il s’octroie un peu de repos et s’installe dans l’hôtel d’un petit village. Le vieux garçon, la cinquantaine bien tassée, est séduit par la fille des aubergistes, beaucoup plus jeune que lui, et déjà fiancée à un gars de la région. Cette idylle naissance sera brisée par un meurtre, comme si la violence venait harceler Cassin jusque dans ce havre de paix. L’enquête qui va suivre est l’une des plus étonnantes qu’on puisse imaginer, et on s’en voudrait de priver le spectateur des surprises que le film lui réserve. So Dark the Night se révèle l’ancêtre des thrillers modernes qui débouchent sur une conclusion inattendue. Lewis et ses scénaristes se sont sans doute inspirés de L’Etrange Cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde de Stevenson et du Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie. So Dark the Night dissimule son ambition et aborde les thèmes de la schizophrénie, de la psychose et du refoulement avec plusieurs années d’avance sur des productions américaines plus fortunées et prestigieuses. La modestie des moyens n’empêche pas Lewis de créer une atmosphère inquiétante et d’exprimer par sa mise en scène les tourments et le désordre mental de son protagoniste principal, en multipliant les cadres oppressants autour de sa personne. Un film à découvrir absolument.

So Dark the Night de Joseph H. Lewis

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