Olivier Père

Massacres dans le train fantôme de Tobe Hooper

Massacres dans le train fantôme (The Funhouse, 1981) est le premier film de Tobe Hooper réalisé pour un studio hollywoodien, en l’occurrence Universal, célèbre pour ses productions fantastiques dans les années 30. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’on considère que Hooper entend faire de ce nouveau long métrage un véritable récapitulatif de l’histoire du cinéma d’horreur, un catalogue de la monstruosité au cinéma. Hopper truffe son film de clins d’œil, de citations et de références cinéphiliques, dès la scène d’ouverture qui cite à la fois Halloween de John Carpenter et Psychose d’Alfred Hitchcock, deux titres séminaux de l’horreur moderne, avec une virtuosité technique qui n’a – presque – rien à envier à Brian De Palma. Massacres dans le train fantôme se caractérise par ses amples mouvements de caméra, une mise en scène et une photographie très sophistiquée. L’utilisation du format Panavision et du Technicolor apporte une nouvelle dimension et une certaine brillance au style de Hooper, qui ne renonce pas pour autant à son goût pour les détails malsains et sales, une violence et des allusions sexuelles bien plus explicites que dans d’autres films fantastiques américains de l’époque.

Massacres dans le train fantôme de Tobe Hooper

Massacres dans le train fantôme de Tobe Hooper

La monstruosité qui intéresse Tobe Hooper est bien sûr humaine, tapie aussi bien dans les recoins sombres de l’inconscient, symbolisée par la fête foraine, qu’au cœur de la vie quotidienne de banlieusards américains – les parents des jeunes protagonistes, brièvement présentés comme des épaves hargneuses et éthyliques, hypnotisées devant l’écran de la télévision.

Tobe Hooper a souvent décrit des familles dégénérées, soudées par les liens du sang et des pulsions meurtrières aussi incontrôlables que jouissives. The Funhouse est un prolongement de son célèbre Massacre à la tronçonneuse – comme le souligne le titre français – mais aussi du Crocodile de la mort, situé dans une fête foraine, avec une ambiance onirique très réussie. Les scènes d’introduction sont les plus réussies : la présentation du luna-park, avec ses lumières criardes et ses attractions un peu minables, ses forains vulgaires et inquiétants fascinent davantage que les personnages de méchants ou les scènes de suspense. Ces visions grotesques annoncent la suite de Massacre à la tronçonneuse, réalisée en 1986 et conçue comme un tour de grand huit sanguinolent dans un train fantôme.

The Funhouse dresse aussi le portrait original d’un être monstrueux, à la fois victime pathétique et assassin brutal, version triviale du fantôme de l’opéra et des « freaks » de Tod Browning. Sa confrontation avec la frêle et virginale héroïne est lourde de tension sexuelle.

Echec à sa sortie, Massacres dans le train fantôme a acquis au fil des années le statut mérité de grand film bizarre vénéré par les amateurs de cinéma fantastique postmoderne. Il est désormais disponible dans une belle édition blu-ray et DVD grâce à Elephant.

Massacres dans le train fantôme de Tobe Hooper

Massacres dans le train fantôme de Tobe Hooper

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