Olivier Père

Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci

ARTE diffuse Le Dernier Empereur (The Last Emperor, 1987) de Bernardo Bertolucci dimanche 28 février à 20h45.

Au début des années 80, après la sortie de La Tragédie d’un homme ridicule qui est un échec critique et public, Bernardo Bertolucci s’intéresse à la Chine et envisage l’idée d’y tourner un film. Il a le double désir de s’éloigner de l’Italie à laquelle il a consacré de près ou de loin tous ses films, et de filmer un pays dont les secousses idéologiques et politiques ont bouleversé la pensée et l’histoire du XXe siècle. Le Dernier Empereur (The Last Emperor, 1987) évoque en flash-back la vie du dernier empereur de Chine Pu Yi, de 1908, où il monte à trois ans sur le trône impérial à 1967, la fin de sa vie où il devient jardinier du parc botanique de Pékin, en passant par la collaboration avec l’envahisseur japonais au cours de laquelle il devient un souverain fantoche et décadent et la révolution chinoise durant laquelle il est rééduqué. Le film est basé sur l’autobiographie de l’empereur Pu Yi qu’il écrivit avec son frère Pu Chieh et l’éditeur Li Wenda, qui deviendront tous deux conseillers techniques sur le film. Le projet devait au départ aboutir à un téléfilm en plusieurs épisodes d’une durée de dix heures, mais le producteur anglais Jeremy Thomas opte pour un long métrage de cinéma et réunit un budget de 25 millions de dollars, somme exceptionnelle pour le cinéaste italien. La production obtient également du gouvernement chinois l’autorisation de tourner dans La Cité Interdite, une première pour un film de fiction occidental. 19 000 figurants, une direction artistique et des décors naturels splendides satisfont le goût de Bertolucci pour les mises en scène raffinées, fastueuses et sensuelles. L’épisode le plus bertoluccien concerne sans doute l’exil de Pu Yi en Mandchourie, où l’empereur (interprété par John Lone) sombre dans la drogue et la débauche aux côtés de son épouse l’impératrice Wan Yung (Joan Chen).

John Lone et Joan Chen dans Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci

John Lone et Joan Chen dans Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci

Le film fut un succès critique et commercial dans le monde entier et établit un record.

Nommé dans neuf catégories aux Oscars 1988, Le Dernier Empereur les remporta toutes : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photo, meilleur montage, meilleure musique, meilleurs costumes, meilleurs décors et meilleur son.

Lors du dernier festival de Cannes on a pu découvrir une surprenante et réussie restauration numérique en 3D de la fresque intimiste de Bernardo Bertolucci.

Catégories : Sur ARTE

Un commentaire

  1. ballantrae dit :

    Film qui m’avait beaucoup marqué à l’époque de sa sortie pour son ampleur historique et sa construction faite d’éléments ineffables ( textures des étoffes, objets, couleurs…) ou plus tangibles (rituels de la Cité interdite,machinations japonaises, liens avec le précepteur magistralement par P O’Toole Sir R Johnston).
    A l’évidence, Bertolucci avait réussi ce rebond qui renvoyait l’Europe des 70′ vers l’histoire d’un pays qui avait occupé le devant de la scène idéologique en matière de réflexion sur le concept de révolution ( on est certes loin du fossé de Wang Bing mais ce n’est pas le propos et il est trop tôt pour qu’un tel film surgisse…il y aura dans la foulée la sortie de Chine ma douleur de D Sije) et il est logique que Bertolucci qui a été un fer de lance cinématographique soit l’artisan d’une telle réflexion.
    La logistique souvent décriée de la coproduction n’est jamais lourde ou paralysante comme si BB avait réussi à connaître la Chine de l’intérieur je crois grâce aux futurs cinéastes de renom international tels C Kaige ou Z Yimou ( je ne sais plus lequel était sur le plateau, il faudrait relire d’anciens n°s des cahiers qui avaient consacré un reportage passionnant à ce tournage).
    John Lone sortait de son interprétation magistrale du parrain de L’année du dragon et s’avérait un acteur magnifique, subtil qui hélas ne fera pas grand chose suite à ce triomphe.Joan Chen est très belle et sensible dans le rôle de l’épouse (n° 1 je crois?).
    R Sakamoto joue le rôle d’un espion japonais fourbe et effrayant moins marquant que Yonoi dans Furyo mais tout de même notable et sa contribution s’étend là aussi vers la BO composée à plusieurs mains ( avec D Byrne des Talking heads entre autres).
    Par la suite, la carrière de B B ne sera pas- hélas, mille fois hélas- aussi passionnante: The sheltering sky d’après P Bowles aura ses beaux moments mais aussi ses lourdeurs et tout se gâte totalement avec Little Bouddha.
    On est alors loin des splendeurs du Conformiste, de la Stratégie de l’araignée, Novecento , La luna ou ce Dernier empereur.
    Un mot sur J Thomas, le producteur qui me semble un homme très ambitieux dans ses choix: Le cri su sorcier c’est lui de même que Enquête sur une passion de N Roeg, Furyo, Crash, Tabou (celui d’Oshima), Festin nu, Aniki, Only lovers left alive ou le curieux et détraqué Tideland de T Gilliam et j’en passe.Un producteur qui ose autant de paris fous, ce ne peut qu’être considéré avec le plus grand respect!

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