Olivier Père

L’Aigle des mers de Michael Curtiz

Dans le cadre de ses programmations de l’après-midi ARTE diffuse L’Aigle des mers (The Sea Hawk, 1940) de Michael Curtiz jeudi 18 février à 13h35.

Ce classique du film d’aventures marque le triomphe du « swashbuckler », genre cinématographique hollywoodien glorifiant l’esprit chevaleresque ou le panache d’hommes d’action dans des récits historiques situés en Europe entre le Moyen-Age et le XVIIIème siècle. Michael Curtiz et Errol Flynn étaient passés maîtres dans ce type de films à grand spectacle avec le succès de Capitaine Blood et des Aventures de Robin des Bois. Loin d’être un simple faiseur au service d’un puissant studio, la Warner, où il signa ses meilleurs films, Michael Curtiz était un styliste capable d’insuffler une énergie et une puissance extraordinaire aux projets qu’on lui confiait. Le dynamisme du cadre et du montage, l’inventivité de sa mise en scène en firent un spécialiste de l’épopée, mais il s’illustra aussi avec brio dans le drame avec des films plus psychologiques comme Le Roman de Mildred Pierce. Quant à Errol Flynn il régnait sur Hollywood et dans le cœur du public, aucune autre star masculine ne possédait un tel charisme et une telle aptitude à l’exploit physique.

L’Aigle des mers représente sans doute l’apogée du « swashbuckler » et du film d’aventures maritimes.

Flynn y interprète Geoffrey Thorpe, corsaire mandaté par la reine Elisabeth I d’Angleterre pour attaquer les navires espagnols en 1588. Capturé, il découvre que le Roi Philippe II d’Espagne, son ambassadeur, ainsi que Lord Wolfingham veulent lancer secrètement l’Invincible Armada contre l’Angleterre.

L'Aigle des mers de Michael Curtiz

Gilbert Roland et Errol Flynn dans L’Aigle des mers de Michael Curtiz

 

Conçu au départ comme une nouvelle adaptation du roman « The Sea Hawk » de Rafael Sabatini déjà porté à l’écran en 1924 (film éponyme de Frank Lloyd), le projet va prendre beaucoup de libertés avec sa source littéraire pour ne finalement conserver que le titre – les « chiens de mer » de la reine Elisabeth se transforment ainsi en « aigles de mer », plus romantiques. Les chiens de mer ont réellement existé et étaient des corsaires au service de la reine chargés de s’attaquer au commerce maritime espagnol dans les Caraïbes et l’Atlantique. Bien que s’appuyant sur des bases historiques le scénario de Howard Koch propose surtout une métaphore évidente en 1940 de la lutte de l’Angleterre contre l’hégémonie nazie en Europe. Les interventions de la reine Elisabeth évoquent celles de Churchill, tandis que l’armada espagnole symbolise les forces allemandes à la conquête du monde. La fougue du film, peu avare en rebondissements, culmine dans de nombreux morceaux de bravoure tels que la bataille navale du début, recréée entièrement dans un studio gigantesque avec des moyens considérables, l’épisode de Panama (tourné en sépia), l’évasion des galères ou le duel à l’épée final, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma, magnifiquement chorégraphié et photographié avec les ombres gigantesques des escrimeurs sur les murs du palais.

Il faut également signaler la performance de Flora Robson comédienne anglaise connue pour avoir interprété deux fois à l’écran la Reine Elisabeth I d’Angleterre : dans L’Invincible Armada de William K. Howard en 1937 et dans L’Aigle des mers en 1940.

Un an plus tôt Curtiz avait consacré un film célèbre à la romance entre la reine Elisabeth et le Lord d’Essex, La Vie privée d’Elisabeth d’Angleterre dans lequel la reine était interprétée par Bette Davis et Essex par Errol Flynn, héros d’une série de dix films mis en scène par Curtiz entre 1935 et 1941.

 

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