Olivier Père

Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase

Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase sort le 27 janvier en salles, distribué par Haut et Court. Il avait été découvert lors du dernier Festival de Cannes (sous son titre original AN) où il avait fait l’ouverture de la section Un Certain Regard.  Après le très beau Still the Water, le nouveau film de Naomi Kawase Les Délices de Tokyo est peut-être son meilleur. Attachée à sa ville natale de Nara et aux zones naturelles du Japon – campagne, forêts, îles et rivages – propices à ses méditations shintoïstes sur le rapport entre l’homme et le monde, elle délaisse pour la première fois les scénarios originaux pour adapter un roman de Durian Sukegawa auréolé d’un grand succès de librairie, et installe sa caméra dans une petite gargote tokyoïte dans laquelle Sentaro, un gérant alcoolique et revenu de tout cuisine sans conviction des « dorayakis » (crêpes fourrées aux haricots rouges confis) pour les étudiants et quelques habitués du quartier. Jusqu’au jour où une vieille dame, Tokue, insiste pour travailler à ses côtés. Il découvre ses fabuleux talents culinaires, et en particulier son art de la fabrication de la pâte « An » formée à partir de haricots rouges (« azuki ») pour fourrer les pancakes. La vieille dame aux mains accidentées et à la gentillesse infinie accorde une sorte d’amour et de dévotion à ces haricots rouges qu’elle cuisine selon un rituel poétique capable de faire entrer toute l’harmonie de l’univers dans une casserole… Au-delà d’une délicieuse recette de cuisine la vieille dame et son employeur retrouvent un lien séculaire oublié entre l’homme et le règne végétal, et donc la nature. Cuisiner et savourer des mets délicieux s’érigent aussi en résistance à la violence et à la vulgarité du monde moderne, comme un retour aux sources, une façon de regagner sa dignité. Même en ville Kawase observe le cycle des saisons et de la vie au travers des rythmes saisonniers et en particulier les cerisiers dont la floraison si belle et si fugace évoque la mort. Comme les pétales des cerisiers la vie est source de joie mais elle s’efface brusquement. Sentaro et Tokue sont deux parias de la société, l’un a connu la prison et s’est endetté à vie, noyant sa tristesse dans l’alcool, l’autre, portant les stigmates de la lèpre, vit à l’écart du monde avec ses semblables, victime des préjugés dans un sanatorium… On l’aura compris Les Délices de Tokyo est un film bouleversant, l’histoire d’une rencontre et d’une amitié insolites qui débouche sur une réflexion sur la beauté et le mystère de la vie.

AN de Naomi Kawase

Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase

 

Plutôt que de ressasser à l’infini le même film Kawase se remet en question en s’emparant de l’histoire d’un autre et en adoptant un style plus classique, une caméra moins flottante. L’écran large et la rigueur des plans, à la lenteur jamais pesante, apportent une grâce nouvelle. Mais Kawase demeure fidèle à sa philosophie de la vie et du cinéma. Rarement hommes et femmes, aux différents âges de l’existence, en proie au doute ou au désespoir, n’auront été filmé avec autant de bonté et de délicatesse. Nul doute que ce film saura émouvoir de nombreux spectateurs, y compris ceux qui ne connaissaient pas les travaux précédents de Naomi Kawase, ici au sommet de son art.

 

Naomi Kawase à Cannes

Naomi Kawase à Cannes

Naomi Kawase à Cannes

Naomi Kawase à Cannes

Catégories : Actualités · Coproductions

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