Olivier Père

Au-delà des montagnes de Jia Zhangke

 

« Ce sera la première fois que je mettrai en présence dans un même film passé, présent et futur. Les réalités sociales ne seront présentes qu’en arrière-plan, à peine perceptibles, tandis que je mettrai en évidence, au premier plan, ces instants difficiles mais incontournables que tout individu est amené à vivre, quelle que soit l’époque dans laquelle il vit. » (Jia Zhangke, dans sa note d’intention de Au-delà des montagnes)

Au-delà des montagnes (Shan He Gu Ren), découvert à Cannes en compétition, est le nouvel opus magistral de l’auteur de Platform, Still Life et A Touch of Sin : une bouleversante histoire d’amour traversée par les mutations économiques de la Chine, et aux résonances universelles. Le film sort mercredi 23 décembre dans les salles françaises, distribué par Ad Vitam.

On connaît l’importance de Platform, deuxième long métrage de Jia, dans sa filmographie. Chef-d’œuvre inaugural venant après le remarquable Xiao Wu, artisan pickpocket, Platform tourné à Fenyang, ville natale de Jia, et en dialecte shanxi, était une épopée intimiste de la jeunesse chinoise entre 1979 et 1989, période de l’adolescence de Jia, qui dédiait le film à son père. Souvenirs autobiographiques se mêlaient à la chronique d’un groupe d’amis qui rêvait de s’extraire de la triste existence provinciale, entre ennui, histoires d’amour et chansons pop taïwanaises, uniques fenêtres clandestines vers le monde extérieur.

Dans Au-delà des montagnes nous retrouvons trois amis d’enfance, une fille et deux garçons qui sont amoureux d’elle, à Fenyang à la veille du XXIème siècle. Le plus ambitieux décidé à faire rapidement fortune gagnera le cœur de la belle, tandis que l’autre, mineur, partira vers un morne destin, condamné à la misère et à la maladie.

Le film est constitué de trois parties, passée, présente et future, se concluant en 2025 en Australie. Les flux migratoires étudiés par Jia sont ici ceux des nouveaux riches, les déplacements de ses personnages transcendent pour la première fois les frontières chinoises. Le cinéaste avait conçu son précédent film A Touch of Sin sur la violence, comme un « wu xia pian » moderne. Au-delà des montagnes est un superbe mélodrame sur deux générations, et un magnifique portrait de femme à trois âges de la vie. Jamais le cinéaste n’avait ausculté avec autant de finesse les sentiments humains. Beau et triste à pleurer, magnifiquement interprété par Zhao Tao la muse de Jia, Au-delà des montagnes est un chef-d’œuvre, une fresque intimiste qui parvient à mêler émotion pure et regard critique.

 

A l’occasion de la sortie en salles de ce nouveau film Ad Vitam édite aussi un superbe coffret DVD qui regroupe la quasi intégralité de l’œuvre de Jia Zhangke – fictions, essais – de Xiao Wu artisan pickpocket qui le révéla au monde entier en 1999 jusqu’au magistral A Touch of Sin (2013) avec en prime un excellent documentaire inédit, Jia Zhangke, un gars de Fenyang, portrait du cinéaste chinois réalisé par Walter Salles, en collaboration avec Jean-Michel Frodon.

K. Kurosawa et Jia Zhangke par Paul Blind, Cannes 2015

K. Kurosawa et Jia Zhangke par Paul Blind, Cannes 2015

Zhao Tao par Paul Blind, Cannes 2015

Zhao Tao par Paul Blind, Cannes 2015

Catégories : Actualités · Coproductions

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