Olivier Père

New York, New York de Martin Scorsese

Dans le cadre de son cycle Martin Scorsese ARTE diffuse New York, New York (1977) mercredi 21 octobre à 20h55.

Couronné par le triomphe commercial et critique de Taxi Driver, Palme d’or à Cannes, Scorsese n’échappe pas à la folie et à la mégalomanie du Nouvel Hollywood. Mais ne flanche pas non plus sur le plan artistique. New York, New York est un film magnifique de plus pour le jeune cinéaste qui bénéficie pour la première fois d’un budget imposant et des moyens techniques d’un gros film de studio, en costume – l’action se déroule de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la décennie suivante – avec une totale liberté créatrice, jusqu’au vertige.

Scorsese retrouve son acteur fétiche Robert De Niro qui se livre à une nouvelle performance stupéfiante de saxophoniste trublion et obsessionnel, au comportement compulsif – l’anthologique scène de drague en ouverture du film, où il harcèle Liza Minnelli lors d’une fête à l’occasion de la capitulation des Japonais. L’actrice et chanteuse trouve dans ce film son plus beau rôle. Scorsese avait déjà prouvé qu’il n’était pas seulement le barde des petits gangsters de Little Italy et des sociopathes new yorkais, signant en 1975 un superbe portrait de femme Alice n’est plus ici qui avait permis à Ellen Burstyn de remporter l’Oscar de la meilleure actrice.

Liza Minnelli dans New York, New York

Liza Minnelli dans New York, New York

New York, New York somptueux hommage à la comédie hollywoodienne – et particulièrement celles de Vincente Minnelli, père de Liza, loin de s’enfermer dans un fétichisme rétro, propose une étude bouleversante sur le couple, la création artistique et l’échec amoureux. C’est aussi l’histoire d’une chanson qui porte le même titre, imaginée à deux, symbole du véritable sujet du film : la difficulté de vivre et surtout de travailler, de créer ensemble pour un homme et une femme quand ils s’aiment, sur fond de déception, de jalousie et de lâcheté. New York, New York est un film brillant, intelligent, mais surtout mélancolique et hanté par le thème du ratage. A cause de cela, de son dépassement de budget et de son tournage chaotique (Scorsese est à l’époque drogué jusqu’aux yeux) le film sera sans surprise un désastre financier à l’instar de deux autres relectures audacieuses de la comédie musicale, Enfin l’amour de Peter Bogdanovich et Coup de cœur de Francis Ford Coppola quelques années plus tard. Mais au fil du temps New York, New York s’est imposé comme un chef-d’œuvre, un des plus beaux films de Scorsese, et figure aujourd’hui, à juste titre, au panthéon des classiques du cinéma américain. Quant à la chanson New York, New York, chantée par Liza Minnelli puis reprise deux ans plus tard par Frank Sinatra, elle connaîtra un succès immédiat et durable, à la différence du film.

 

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