Olivier Père

Un moment d’égarement de Claude Berri

ARTE diffuse Un moment d’égarement (1977) lundi 21 septembre à 22h10, dans le cadre de son hommage à Claude Berri.

Deux amis, la quarantaine, emmènent leurs filles adolescentes à Saint-Tropez. Pierre est divorcé, Jacques traverse une pénible crise conjugale. Un soir de fête au bord de la mer, Pierre se laisse séduire par Françoise, la fille de Jacques. Il n’ose pas lui avouer, tandis que Françoise, tombée amoureuse de lui, le poursuit de ses assiduités…

Il s’agit peut-être du meilleur film de Claude Berri, porté par un duo d’acteurs formidables, Jean-Pierre Marielle (Pierre) et Victor Lanoux (Jacques) en quadras déboussolés par la maturité soudaine de leurs filles (Agnès Soral et Christine Dejoux, parfaites elles aussi), un peu ridicules avec leurs réflexes machistes tandis que les femmes autour d’eux s’émancipent de la domination masculine. Berri filme le désarroi des hommes de sa génération devant les transformations des mentalités, l’évolution des mœurs et la libération sexuelle. Pierre et Jacques se réfugient dans l’amitié virile, sans jamais que le film sombre dans la misogynie et la vulgarité. Jean-Pierre Marielle ne reproduit pas son numéro de cabotin hédoniste de Sex-shop et de tant d’autres comédies seventies. Il incarne un mâle sûr de lui en apparence mais déchiré par des émotions contradictoires, aussi fragile que son copain en pleine remise en question.

C’est un film sur la gêne, la déroute, avec toujours cette dépense libidinale, ce désir de vivre et d’aimer (et de baiser) malgré tout et avant tout qui traversent le cinéma de Berri.

La comédie sociologique a connu en France un pic de popularité dans les années 70 et 80, invitant le public du samedi soir à se mirer sous un jour plutôt rassurant, sous un angle réconciliateur. Ce n’est pas le cas de Un moment d’égarement qui ne masque pas le malaise d’une situation scabreuse et cherche une certaine vérité, dans sa progression narrative, son rythme et son interprétation. Ce fameux « nouveau naturel ». Berri se situe ici entre Pascal Thomas et Maurice Pialat, entre bienveillance et lucidité, avec une forme d’indulgence pour les faiblesses humaines, voire la médiocrité. Les auteurs de la comédie italienne comme Risi auraient traité cette histoire avec cruauté et sarcasme, Berri l’aborde avec justesse, saisit dans une tranche de vie les moments cocasses et poignants, mais aussi les périodes de latence, les hésitations et les flottements.

A l’instar de plusieurs comédies françaises à succès Un moment d’égarement à fait l’objet d’un remake américain dans les années 80 – C’est la faute à Rio de Stanley Donen avec Michael Caine – et d’une nouvelle version sortie cet été sous le même titre, produite par Thomas Langmann, le fils de Claude Berri. Dans les deux cas nous sommes loin de la réussite du film original.

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