Olivier Père

La Passion du Christ et Apocalypto de Mel Gibson

Studiocanal édite en Blu-ray à la vente depuis le 1er septembre les deux derniers films en date de Mel Gibson, l’un parlé en araméen et en latin, l’autre en maya. Gibson aime les langues mortes et les temps anciens, il aurait pu aussi réaliser un film sur les vikings ou les hommes préhistoriques…

La Passion du Christ

La Passion du Christ

Passons rapidement sur La Passion du Christ (The Passion of the Christ, 2004), visionné en séance de rattrapage, pénible croûte sulpicienne qui abuse des ralentis et de musiques lugubres. La Passion du Christ selon Gibson tourne le dos à la peinture de la Renaissance, lorgne plutôt du côté du gothisme tardif d’un Matthias Grünewald, revu et corrigé par le cinéma gore et même le « torture porn » dont Gibson propose une version biblique. Un Christ médiéval aux chairs suppliciées. Pourquoi pas, mais au-delà de la complaisance désagréable des scènes sanguinolentes Gibson qui n’est pas Lucio Fulci se contente d’égrener avec un sérieux papal les épisodes les plus connus du Nouveau Testament, avec des flash-back ratés. Mais grâce à son film suivant Mel Gibson s’est fait beaucoup pardonné. Apocalypto (2007, photo en tête de texte) découvert à sa sortie en salles se révèle une excellente surprise, un véritable choc cinématographique en rupture avec toute la production américaine, et pas seulement.

À l’époque Maya, une tribu pacifique est attaquée par des guerriers à la recherche d’esclaves pour des sacrifices humains. Un jeune chasseur est capturé et parviendra à échapper à ses tortionnaires afin de rejoindre son épouse enceinte et son fils, cachés dans une grotte. « La Guerre des étoiles réalisé par un psychopathe » : c’est ainsi qu’avait été défini Conan le barbare par un critique américain au moment de la sortie du film de John Milius. Cette formule pourrait bien s’appliquer à Apocalypto et elle rend hommage au talent épique et à la vision un peu démente du cinéma selon Gibson. Ce n’était pas très laudatif de traiter un cinéaste de fou mais cela apparaît aujourd’hui comme un compliment à l’heure où le cinéma hollywoodien est de plus en plus aseptisé, politiquement correct et véhicule une violence à la fois spectaculaire, formatée et anonyme. Ici c’est tout le contraire. Apocalypto est une réussite de l’étrange Mel Gibson. Son sujet ne se prête pas aux mêmes dérives esthétiques que La Passion du Christ, même si une certaine idéologie droitière est encore palpable dans l’apologie des liens du sang et une exaltation des thèmes de la filiation et de la décadence. Apocalypto est un magnifique film d’aventures – plus précisément un « survival », plein d’idées poétiques et barbares, mélange de spectacle à l’ancienne et d’objet très contemporain où l’utilisation de la haute définition confère aux images un statut de reportage sur une civilisation en train de mourir. Relativement classique dans son introduction, feuilletonesque dans ses péripéties (on pense à Tintin), Apocalypto devient formidable dans sa seconde moitié, une impressionnante chasse à l’homme dans la jungle – faune et flore y sont génialement filmées, un morceau de cinéma physique et sadique comme on en avait pas vu depuis Rambo (le premier et le dernier) et Predator.

Apocalypto

Apocalypto

 

 

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