Olivier Père

Mademoiselle vendredi de Vittorio De Sica

Anna Benedetti et Vittorio De Sica dans Mademoiselle Vendredi

Anna Benedetti et Vittorio De Sica dans Mademoiselle Vendredi

Dans la collection « les grands classiques du cinéma italien » chez Bach Films nous avons revu avec plaisir Mademoiselle vendredi (Teresa Venerdì, 1941) de Vittorio De Sica, scénariste, réalisateur et interprète principal de cette comédie assez irrésistible.

Faut-il rappeler l’importance de De Sica dans l’histoire du cinéma italien, et sa personnalité complexe sous une apparente désinvolture ? Jeune acteur au charme et à l’humour fous des comédies sophistiquées des années 30, évoluant la plupart du temps dans un univers mondain et insouciant, De Sica passé derrière la caméra signera à la fin de la Seconde Guerre mondiale deux des films manifestes du néoréalisme, Le Voleur de bicyclette et Sciussià, consacrant ses principaux chefs-d’œuvre à l’enfance malheureuse (Les enfants nous regardent) ou à la misère sociale (Umberto D) avec la complicité du scénariste Cesare Zavattini.

Mademoiselle Venerdi, troisième film de De Sica réalisateur, est un film de transition dans la mesure où il conserve la frivolité de ses premières comédies «  à téléphones blancs » et annonce les préoccupations et la sensibilité des titres qui suivront.

Pietro Vignali (Vittorio De Sica), un médecin sans patients criblé de dettes et plutôt incompétent accepte un poste dans un orphelinat de jeunes filles pour échapper à ses créanciers. L’une des pensionnaires, Teresa Venerdì (Adriana Benetti), devient son aide soignante et tombe amoureux de lui, semant la pagaille dans sa vie sentimentale déjà compliquée.

Anna Magnani dans Mademoiselle Vendredi

Anna Magnani dans Mademoiselle Vendredi

Le film multiplie en effet les quiproquos puisque notre héros est pris en tenaille entre l’entreprenante Teresa, une jeune fille bourgeoise écervelée et férue de poésie qui s’est fiancée à Pietro sur un malentendu et sa maîtresse « officielle », une actrice au tempérament de feu interprétée par Anna Magnani dans l’un de ses premiers rôles mémorables. Tout ceci offrirait déjà un charmant vaudeville aux ressorts comiques un peu mécaniques, mais la beauté du film surgit de la relation entre Pietro et Teresa, et le portrait tout en finesse de la jeune orpheline. Amoureux de ce personnage, De Sica pointe du doigt la discrimination dont est victime Teresa au sein de l’établissement scolaire obéissant aux lois italiennes de l’époque, qui stigmatisaient les enfants abandonnés. Le caractère bien trempé de Teresa, sa beauté et sa fougue juvéniles (émouvante Adriana Benedetti, dont c’était la première apparition à l’écran), sa passion du jeu et du théâtre en font une résistante devant l’hypocrisie et la rigidité des conventions sociales et morales. Dans Mademoiselle Vendredi De Sica se fait pour la première fois le porte-parole des faibles et des opprimés, sans pour autant délaisser le registre comique et la fantaisie.

 

 

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