Olivier Père

Raging Bull de Martin Scorsese

ARTE diffuse demain soir à 22h50 Raging Bull (1980), l’un des très grands films de Martin Scorsese, écrit par Paul Schrader d’après les mémoires de Jake La Motta. Raging Bull conte l’ascension et la déchéance du champion de boxe Jake La Motta, filmées comme un véritable chemin de croix, après celui du chauffeur de taxi Travis Bickle et avant celui du Christ lui-même dans l’adaptation controversée du roman de Kazantzakis. Ce classique du cinéma américain contemporain adulé par beaucoup de monde fut pourtant une déconvenue commerciale à sa sortie, peut-être en raison du choix de Scorsese de tourner en noir et blanc, sa violence et son pessimisme qui vont à l’encontre de la tradition hollywoodienne du mélodrame sportif. Même s’il n’échappe pas toujours à l’emphase Raging Bull est un monument inattaquable, en grande partie pour la composition à la fois géniale et monstrueuse de De Niro qui devient réellement un champion de boxe puis un obèse pour interpréter Jake La Motta.

Robert De Niro

Robert De Niro

Le simple enregistrement d’un acteur au travail plus ou moins convaincant dans le rôle d’un boxeur cède ici la place à la transformation d’un comédien en véritable pugiliste. De Niro après plusieurs mois d’entraînement avant le début du tournage avait atteint le niveau d’un athlète professionnel. L’excès de réalisme chez De Niro (trop de muscles puis trop de graisse) se mêle à une surenchère stylistique de la part de Scorsese, parfaitement à l’aise dans ce grand écart qui embrasse le néoréalisme et l’opéra. La performance de l’acteur est valorisée et amplifiée par une débauche d’effets visuels et sonores qui transforment les combats en chorégraphies, entre carnage peckinpahien et calvaire sulpicien.

Avec Scorsese, la boxe au cinéma est soudainement passée de l’âge d’or du classicisme au cinéma postmoderne ou maniériste sans passer par la modernité.

 

 

Catégories : Non classé

5 commentaires

  1. OnlyLover dit :

    Etrangement, le noir et blanc, que l’on peut trouver sublime dans “Raging Bull”, n’offre pas sa meilleure palette à la mise en scène de Scorsese, dont le baroque s’épanouit mieux dans les couleurs. Son oeil fut ébloui dans sa enfance par “Duel au Soleil” de K. Vidor et ne s’en ai sans doute jamais remis.

    • olivierpere dit :

      Scorsese aurait tourné “Raging Bull” en noir et blanc uniquement pour rendre plus supportable la violence sanglante des combats de boxe et échapper à la censure (comme Hitchcock pour “Psychose” et la scène de la douche.)

  2. Jean-Pascal Mattei dit :

    … un Christ bouffi qui battrait sa femme, Cathy Moriarty à ses débuts, revue plus tard chez Dante, Mangold ou Ramis (et retrouvailles avec De Niro), belle actrice à la voix fatale (que penser du “Her” de Jonze semblant relire “Electric Dreams” et prolonger “La Voix humaine” de Cocteau/Rossellini – pas vu les versions de Kotcheff ou Medak avec Ingrid Bergman et Julia Migenes ?). La scène impressionne toujours mais Scorsese fit mieux (ou pire !) dans “Alice n’est plus ici” avec le concours du terrifiant Keitel. En matière d’opéra, signalons le superbe intermezzo de Mascagni en générique de début ; Coppola utilisera aussi le “Cavalleria rusticana” pour son dernier “Parrain” : dans ce duel sicilien, on dénombre une morsure d’oreille, qui nous renvoie à un autre taureau enragé, Tyson, bien sûr…

    https://www.youtube.com/wat

    • olivierpere dit :

      Oui, belle actrice qui n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. “Raging Bull” était sa toute première apparition à l’écran. Scorsese et De Niro auditionnèrent une certaine Sharon Stone pour le rôle, ils conclueront plus tard avec “Casino”, chef-d’oeuvre final. Quant à Cathy Moriarty on la retrouvera bientôt – lundi 28 avril – sur ARTE dans le sympathique “Panic sur Florida Beach” de Joe Dante…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *