Olivier Père

Mon oncle d’Amérique de Alain Resnais

En hommage à Alain Resnais ARTE modifie sa grille des programmes et diffusera demain soir à 20h50 Mon oncle d’Amérique (1980) avec Nicole Garcia, Gérard Depardieu, Roger Pierre, Pierre Arditi suivi à 22h50 de Mélo (1986) avec Sabine Azéma, Fanny Ardant, André Dussollier et Pierre Arditi.

Mon oncle d’Amérique, première des trois collaborations avec le scénariste de la Nouvelle Vague Jean Gruault est l’une des plus grandes réussites du cinéma d’Alain Resnais, qui délaisse la compagnie des écrivains pour puiser son inspiration dans l’imaginaire des savants.

Le film suit les itinéraires professionnels et amoureux de trois personnages, un ambitieux intellectuel, une actrice et un directeur technique, tous nés en Bretagne (comme Resnais) mais de milieux différents, confrontés à des théories scientifiques sur le comportement des rats.

Gérard Depardieu dans Mon oncle d'Amérique

Gérard Depardieu dans Mon oncle d’Amérique

Le film est né de la rencontre entre Resnais et les théories du professeur Henri Laborit sur le cerveau et le comportement humains, et aussi la mémoire, sujets de recherches qui ne pouvaient qu’intéresser le cinéaste de Hiroshima mon amour. Au-delà des spéculations scientifiques que le film illustre, Mon oncle d’Amérique est une radioscopie de la France, une analyse des symptômes du « mal-être » et de l’angoisse sociale, des troubles psychosomatiques qui frappent ses personnages à la poursuite de leurs rêves (ils s’identifient depuis l’enfance à des vedettes du cinéma français populaire : Darrieux, Gabin ou Jean Marais) et qui se cognent à la réalité. Comme toujours chez Resnais, le film est un curieux mélange d’avant-garde et de théâtre vieillot, de romanesque et d’expérimentation. Il ne s’agit pas d’appliquer sur le scénario une « grille » scientifique, mais de mêler dans un film de fiction deux différents types de récit, le romanesque constitué par les destins croisés de deux hommes et une femme et le scientifique sous la forme d’exposés de Laborit. Resnais se soucie à la fois de didactisme et de formalisme. Il est important que son film apporte des réponses sur la vie en général, mais ces investigations sociologiques et psychologiques s’accompagnent d’un travail complexe sur la construction narrative, qui passe essentiellement par le montage. Il s’établit alors dans ce véritable « film laboratoire » un jeu de correspondances musicales entre l’histoire inventée par Resnais et son scénariste Jean Gruault, volontairement proches du théâtre de boulevard, et les idées contestées de Laborit. Le savant transformé en conteur accepta la règle du jeu de Resnais en ignorant tout de l’histoire de Mon Oncle d’Amérique au moment du tournage.

Mon oncle d’Amérique est « une sorte de documentaire plaqué sur la fiction (et vice versa) » selon la formule de Resnais, véritable « petit chimiste » qui aimait faire des expériences et reculer les limites du cinéma, entraînant ses acteurs – tous excellents – et les spectateurs dans une aventure stimulante et passionnante.

 

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6 commentaires

  1. frank dit :

    Bonsoir,
    “Mon oncle d’Amérique” merci Arte ! (heureusement que vous êtes encore là pour monter le niveau)
    J’en profite pour rendre un petit hommage (je ne sais pas si vous connaissez?) à un chanteur génial Tiken Jah Fakoly auteur de Tonton d’América dont voici un extrait des paroles.
    “On a beau dire, mais quand on est nu,
    Même au diable, on souhaite la bienvenue
    Il a fait tous les endroits habités
    Et c’est depuis qu’aux quatre coins de la planète,
    On est tous assis à faire la même dictée
    Tous à manger la même bouillie dans l’assiette !”

    Vu récemment “Les idiots” de LVT génialissime ! J’ai recherché une de vos critiques en vain… “Nymphomaniac” est-il du même niveau?
    merci !
    Frank

    • olivierpere dit :

      Merci pour cette chanson que je ne connaissais pas! Je n’ai pas écrit sur “Les Idiots” car je ne l’ai pas revu depuis sa sortie, mais j’aime beaucoup ce film et j’y pense souvent, une nouvelle vision s’impose. Surtout après “Nymphomaniac” qui entretient quelques points communs avec “Les Idiots” : volonté de briser la grande forme cinématographique, esprit punk… Bien à vous,

      • frank dit :

        Vous aviez raison. Mon oncle d Amérique est un film puissant, qui fait réfléchir après sa vision.
        Le début apparaît un peu léger et la forme un peu trop classique. Mais comme un puzzle, les éléments se mettent ensemble, et finissent par créer une réflexion profonde qui reste chez le spectateur et surtout lui offre une grille d analyse qui permet aux individus de comprendre ce qui les aliene. Au point de les transformer en rat même à l image ! Il y a, même si la forme est différente, des points communs avec les idiots et mulholand drive. La réalité qui brise les rêves.
        Il faudrait faire un film similaire avec les travaux de Bourdieu. Non?

        • olivierpere dit :

          Merci pour votre commentaire. Bourdieu, pourquoi pas? Avec Desplechin derrière la caméra?

          • frank dit :

            Je connais très peu Desplechin…
            Puis je vous demander trois de ses films à voir à tout prix ?
            Encore merci
            J ai lu une analyse intéressante sur vertigo.
            Stewart est un spectateur au début du film (idem fenêtre sur cour) il regarde à travers son pare brise écran. Novak est idealisee, inaccessible comme une actrice.
            Et il brise cet écran symbolisé par la surface de l eau en plongeant dans la rivière et rentre dans le film à son tour. Vous connaissiez cette approche?
            Bien à vous
            Frank

          • olivierpere dit :

            Non mais elle est très belle, où l’avez vous lue?
            “Fenêtre sur cour” et “Vertigo” sont deux grands films sur le spectateur de cinéma et sur la mise en scène. Le premier long métrage de Desplechin “La Sentinelle” est un titre essentiel du cinéma français contemporain, d’une ambition et d’une intelligence exceptionnelles. Ensuite j’aime beaucoup le truffaldien “Esther Kahn” et son dernier film en date “Jimmy P.”, mais il faudrait revoir aussi “Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle)” … Bien à vous,

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