Olivier Père

Le Zinzin d’Hollywood de Jerry Lewis

ARTE diffuse ce soir l’un des plus grands succès de Jerry Lewis devant et derrière la caméra, à 22h20. Morty S. Tashman (Jerry Lewis, dont le patronyme dans le film peut être lu comme un hommage clin d’œil au réalisateur Frank Tashlin) est engagé comme garçon de courses par le directeur des studios Paramutual et déclenche un flot de catastrophes. Le Zinzin d’Hollywood (The Errand Boy, 1961) est le deuxième long métrage de Jerry Lewis après Le Dingue du palace qui était presque entièrement constitué d’une suite de gags visuels sans dialogues. Le Zinzin d’Hollywood reprend cette structure en saynètes burlesques et poétiques (la fameuse séquence du petit clown blanc), mais l’enrichit d’un regard satirique sur l’usine à rêve, obsédée par la réussite et le rendement. Les patrons du studio cherchent un espion pour leur apprendre où passent vraiment les budgets faramineux qu’ils dépensent à longueur d’année. Ils pensent faire le bon choix avec Morty, véritable Candide nommé homme à tout faire du jour au lendemain. Morty est un incorrigible gaffeur, maladroit et enfantin, mais Jerry Lewis est un cinéaste réflexif et d’un perfectionnisme absolu et il s’acquitte de la mission, au contraire de son personnage. Il s’agit pour Jerry Lewis de montrer l’envers du décor et aussi comment il utilise l’argent, en passant en revue tous les maillons de la chaine de la fabrication d’un film, du scénario à la première projection publique. Ces différentes étapes lui inspirent une succession de gags irrésistibles, mais aussi un cours magistral sur la création et l’économie du cinéma. Le film de Lewis est ainsi une entreprise de démythification sur les coulisses du système hollywoodien, qui montre que la production d’un film est avant tout un travail long, minutieux et collectif, porté par la vision et l’action d’un cinéaste démiurge. Le film devient alors un exposé « pro domo » sur l’absence de contradiction entre la dimension industrielle du cinéma (Hollywood) et celle purement artistique d’un artiste complet (Jerry Lewis), rejoignant la fameuse « politique des auteurs » lancée par les jeunes critiques français dans les années 50.

Jerry Lewis dans Le Zinzin d'Hollywood

Jerry Lewis dans Le Zinzin d’Hollywood

Avant Le Zinzin d’Hollywood vous pourrez voir à 20h50 une autre comédie désopilante sur la Mecque du cinéma et la fascination qu’elle exerce sur le public, Un vrai cinglé de cinéma (Hollywood or Bust, 1956) de Frank Tashlin, dernier film du tandem formé par Jerry Lewis et Dean Martin, bien accompagnés par Anita Ekberg.

Affiche américaine d'Un vrai cinglé de cinéma

Affiche américaine d’Un vrai cinglé de cinéma

 

 

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Un commentaire

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    La séquence du clown rachète par sa réussite une satire laborieuse et suiveuse (scène du doublage chipée à “Chantons sous la pluie”) de l’usine à rêves. Son sentimentalisme évoque Chaplin et surtout le film maudit et invisible de Lewis, “The Day the Clown Cried”, sur un sujet assez proche, en plus cruel, du dispensable “La vie est belle” de Benigni.

    https://www.youtube.com/wat

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