Olivier Père

La Lame infernale de Massimo Dallamano

L’éditeur indépendant « The Ecstasy of Films » propose un beau DVD collector de La Lame infernale (La polizia chiede aiuto, 1974) de Massimo Dallamano, film de genre italien qui s’inscrit à la croisée du polar et du « giallo » et compte parmi les plus intéressantes réussites du cinéma d’exploitation transalpin. Massimo Dallamano (pseudonymes : Max Dillman ou Jack Dalmas) est comme Mario Bava et Joe D’Amato un directeur de la photographie (les deux premiers westerns de Sergio Leone constituent ses principaux titres de gloire) passé à la mise en scène. Il partage avec le premier un goût prononcé du morbide et avec le second un opportunisme que ne saurait le faire considérer comme un auteur. Malgré une inspiration inégale (le médiocre côtoie le très bon dans une filmographie brève interrompue par le décès prématuré du réalisateur en 1976), Dallamano occupe une place à part dans la famille des petits maîtres italiens du cinéma bis. Il a peut-être donné le meilleur de lui-même avec le très surprenant et hélas méconnu Le tueur frappe trois fois (La morte non ha sesso, 1968), vu en VHS sous le titre « Showdown ». Ce deuxième film de fiction interprété par John Mills et Luciana Paluzzi était un polar bizarroïde qui déviait vers l’étude conjugale et des emprunts à Sueurs froides. Il semblerait que se soit la pulsion (refoulée) et le désir (impossible) qui anime Dallamano dont les films les plus « personnels » fouillent dans les recoins les plus inavouables de la sexualité.

Paradoxalement, c’est dans l’adaptation de deux classiques de la littérature sulfureuse que Dallamano convaincra le moins, ne réalisant avec Le Dépravé (adaptation très « camp » du Portrait de Dorian Gray avec Helmut Berger en 1970) et La Vénus en fourrure d’après Sacher Masoch (1969) dans lequel il dénude agréablement Laura Antonelli que de sympathiques mais assez ineptes « porno softs. »

En revanche Dallamano a acquis une notoriété certaine auprès des amateurs de cinéma bis – et même « trash » – grâce à deux thrillers qui constituent un véritable diptyque informel.

Mais... qu'avez-vous fait à Solange?

Mais… qu’avez-vous fait à Solange?

Mais… qu’avez-vous fait à Solange ? (1972) est un objet réellement vénéneux qui s’inscrit dans la tradition du « giallo », ces polars érotico sadiques inventés par Mario Bava puis remis à la mode par Dario Argento et de nombreux suiveurs. Dallamano, visiblement troublé par son sujet (la sexualité frénétique de très jeunes collégiennes, puis leurs meurtres dans le cadre d’un institut londonien privé), donne libre cours à des phantasmes réactionnaires autour des idées de pureté et de souillure. Deux ans plus tard La Lame infernale exploite le même filon de l’adolescence pervertie, empruntant cette fois-ci la forme du film dossier explorant les zones les plus sordides de la société italienne, entre roman de gare style « brigade des mœurs », du sous Elio Petri et du simili Damiano Damiani. En enquêtant sur une série de meurtres de jeunes filles, la police et une femme juge d’instruction découvrent un réseau de prostitution de mineures dans lequel trempent plusieurs industriels, magistrats ou politiciens, tandis qu’un mystérieux motard réduit au silence différents témoins ou fouineurs gênants à coups de hachoir. La Lame infernale est un film policier sans aucun temps morts, brillamment réalisé mais parsemé d’invraisemblances, de détails morbides et de scènes choc qui ne peuvent laisser indifférents. La conclusion du film, qui constate un climat de corruption généralisée, la fin de la morale et la dégénérescence des élites peut faire tordre du nez. C’est du cinéma de la mauvaise pulsion poussée à son paroxysme, mais dans un emballage très convaincant et nimbé d’une musique des plus séduisante. Un Stelvio Cipriani à son top succède à Ennio Morricone (auteur de la B.O. de Mais… qu’avez-vous fait à Solange ?) et livre une colonne sonore entêtante, pesante et vénéneuse, au diapason du film.

Farley Granger dans La Lame infernale

Farley Granger dans La Lame infernale

 

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7 commentaires

  1. frank dit :

    Bonjour Olivier

    merci pour cette info comme pour celle pour le film d’Aldrich. Incroyable « Kiss me deadly » qui m’a fait me souvenir de ces réalisateurs un peu oubliés mais qui nous ont offert des pépites cinématographiques, comme Samuel Fuller (« China Gate » avec ses travelling magnifiques)

    Serait-il couteux pour Arte de créer (même en 3ième partie de soirée) une case « cult movies » pour pouvoir voir ces petits bijoux du cinéma et ne pas se dire que l’on est passé à côté d’un chef d’oeuvre ?

    Bien à vous,

    Frank

    • olivierpere dit :

      ARTE diffuse régulièrement des films de genre en deuxième partie de soirée, notamment le dimanche ou le lundi. La case « trash » qui proposait des films étranges, extrêmes ou bis a été désactivée, mais nous réfléchissons à la manière de montrer à nouveau ce type de films à l’antenne, pour satisfaire les téléspectateurs curieux, les cinéphiles et les amateurs !

  2. david marchand dit :

    merci à vous pour cette belle chronique,je suis ravi que vous ayez découvert ce dvd contenant mon court métrage « le destin de Torelli »

    ARTE chaine culturelle que j’aime beaucoup 🙂

  3. Jean-Pascal Mattei dit :

    Dans le même genre que « Solange » et avec la même réussite, je vous recommande chaudement « L’Homme sans mémoire » de Tessari (avec la belle Senta Berger) et « Le Tueur à l’orchidée » de Lenzi.

    • olivierpere dit :

      Oui j’ai vu ces films il y a longtemps, mais je préfère les « gialli » de Dallamano, et ceux d’Aldo Lado…

      • Jean-Pascal Mattei dit :

        A quand un entretien avec Macha Méril pour son rôle de bourgeoise vénéneuse dans le marxiste « Le Dernier train de la nuit » de Lado (et, accessoirement, sur sa blondeur chez Pialat) ?

        • olivierpere dit :

          Bonne idée. J’ai eu le plaisir de dîner avec Aldo Lado et Macha Méril quand nous avions présenté « La bête tue de sang-froid » (titre français de « L’ultimo treno della notte ») à la Cinémathèque française. Elle était blonde chez Pialat, mais aussi chez Argento (« Les Frissons de l’angoisse. »)

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