Olivier Père

La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau

Jean-Claude Brisseau et Virginie Legeay au Festival del film Locarno

Jean-Claude Brisseau et Virginie Legeay au Festival del film Locarno

Le nouveau long métrage de Jean-Claude Brisseau, La Fille de nulle part, est un émouvant retour aux sources. Le film est autoproduit, interprété par Brisseau, et essentiellement tourné dans son propre appartement, un peu à la manière des films amateurs de ses débuts, et le numérique (employé pour la première fois par Brisseau) remplace le super 8. Le film fait penser à ces œuvres de cinéastes qui n’ont plus rien à prouver mais ont toujours soif d’expérimentations. Le confinement du sujet (la relation platonique entre un vieux professeur et une jeune fille sauvage) et la modestie des moyens apparaissent, davantage qu’un aveu de résignation, comme une authentique démonstration de résistance politique et économique, un véritable manifeste de cinéma guérilla. Car tournage léger et micro budget ne signifient pas amateurisme sous la direction d’un cinéaste obsédé par le style et la forme. Chez Brisseau tout est question de mise en scène, et La Fille de nulle part est une véritable leçon de cinéma. Si l’on retrouve les préoccupations mystiques, philosophiques et morales du cinéaste, avec de nouveau des incursions du côté du paranormal et du spiritisme, La Fille de nulle part s’enrichit d’une surprenante dimension émotionnelle qui le fait échapper à un simple exposé théorique. Avec le portrait de cet homme vieillissant, solitaire, misanthrope et idéaliste, Brisseau se livre à une étrange confession intime, sacrifiant pour la première fois à l’autobiographie, à son corps défendant, sans renoncer à sa passion pour le romanesque.

La Fille de nulle part a obtenu le Léopard d’Or au Festival del film Locarno où il a été présenté en première mondiale en août 2012. Il sort aujourd’hui en salles, distribué par Les Acacias.

 

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