Olivier Père

Trilogie Bill Douglas

UFO sort cette semaine, pour la première fois en version intégrale restaurée en France, la trilogie de Bill Douglas : une des plus belles choses qu’on puisse voir sur un écran en ce moment, sans aucun doute la grande révélation de l’été pour la plupart des spectateurs et cinéphiles français qui ne connaissaient pas encore le travail Bill Douglas. Il est vrai que ce cinéaste écossais ne jouit pas ici de la même notoriété qu’au Royaume-Uni où il est considéré, à juste titre, comme l’un des plus grands. Sa disparition précoce, à l’âge de 57 ans, a contribué à le laisser dans l’oubli et à marginaliser ses quelques courts et longs métrages. Son œuvre maîtresse est donc cette trilogie en noir et blanc consacrée à son enfance, constituée de trois courts films : My Childhood (1972, 48 minutes), My Ain Folk (1973, 55 minutes), My Way Home (1975, 72 minutes), véritables joyaux cinématographiques à des années lumières de tout le cinéma britannique contemporain.

Bill Douglas puise dans ses souvenirs de petit garçon livré à lui-même dans une petite ville minière d’Ecosse au lendemain de la guerre. Vivant dans une misère noire avec son frère aîné et leur vieille grand-mère, Jamie (double fictionnel de Bill Douglas), âgé de huit ans, est dans une recherche désespéré d’amour et d’affection, qu’il trouve auprès d’un prisonnier de guerre allemand qui travaille dans les champs mais l’abandonnera à son tour, après ses vrais parents.

Dans le deuxième film, la grand-mère maternelle meurt et les deux enfants se retrouvent à l’orphelinat, puis chez leur grand-mère paternelle, une femme cruelle et sans aucune tendresse pour le petit Jamie. Dans le troisième film Jamie est un adolescent, puis un jeune homme. Toujours solitaire et malheureux, il se lie d’amitié avec un autre garçon à l’occasion de son service militaire effectué dans le désert égyptien, et parvient enfin à s’extraire, petit à petit, de sa carapace de tristesse. Pour commencer à vivre, et pas seulement survivre.

On devine que tout est vrai – ou presque – dans ce que raconte Bill Douglas, qui a exorcisé ses pénibles débuts dans l’existence, abandonné par sa mère, maltraité par ses tuteurs, dans un univers hostile et dur où la vie d’un enfant ne vaut guère mieux que celle d’un chien.

My Way Home

Douglas filme avec la même précision les moments les plus tragiques de son enfance, les traumatismes fondateurs, et les détails insignifiants arrachés à l’oubli. Son évocation de son enfance, sans rien masquer de la misère qui l’a vu naître, passe par un étonnant travail de stylisation, loin du réalisme ou du documentaire. Bill Douglas enfant se réfugiait dès qu’il le pouvait dans les salles obscures pour échapper quelques heures à sa terrible condition et rêver devant les films en Technicolor. Au tout début de My Ain Folk il y a ce plan saisissant, parce que très bref et totalement inattendu, d’un extrait en couleur d’un film avec le chien Lassie que Jamie est en train de voir au cinéma, alors que la trilogie est tournée en noir et blanc. C’est donc par le prisme du cinéma (et aussi de la littérature, références à Dickens obligent), ses effets et ses artifices, que Douglas revit son enfance. Avec le noir et blanc, la composition des plans, souvent fixes, brefs et cadrés avec minutie, Bill Douglas élabore une esthétique très particulière qui retrouve la pureté des chefs-d’œuvre du muet sans vraiment les imiter, notamment en ce qui concerne l’utilisation parcimonieuse du son et des dialogues. Du vrai, et du très beau cinéma de poésie.

 

 

 

 

 

 

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