Olivier Père

Collection Yasuzô Masumura

Yasuzô Masumura (1924-1986) a réalisé une soixantaine de films entre 1957 et 1984. Il fut dans les années 1960 un prolifique et brillant cinéaste spécialiste des histoires troubles et sulfureuses. L’Ange rouge (Akai tenshi, 1966) demeure son film le plus célèbre, célébrant les noces du sexe et de la mort autour du fascinant portrait d’une infirmière dans un hôpital de campagne, durant la guerre sino-japonaise. La Bête aveugle (Môjû, 1969), chef-d’œuvre du cinéma extrême, nouvelle cérémonie sadomasochiste, a assis la réputation de Masumura cinéaste avant-gardiste et érotique. La Bête aveugle décrit avec beaucoup de perversité les mécanismes du Mal et de l’amour fou. L’œuvre de Masumura opère la transition entre la Nouvelle Vague japonaise, tant pour l’audace de ses sujets souvent puisés dans la littérature que pour sa critique des structures disciplinaires ou traditionnelles de la société nippone, et un certain formalisme des studios (utilisation sophistiquée de la couleur et de l’écran large) porté à son apogée. Le grand thème de Masumura, peintre inspiré des obsessions, des névroses et des relations destructrices, demeure la vampirisation, décliné dans des histoires cruelles et sexuelles parfois inspirées par le grand écrivain érotique Tanizaki comme Passion (Manji, 1964). Passion propose, au-delà des thèmes scabreux de l’homosexualité féminine et du ménage à trois, une description implacable des mécanismes de la passion par un maître du mélodrame érotique. Quant à La Femme de Seizaku (Seisaku no tsuma, 1965) c’est un grand film à la fois féministe et sadien qui retrace le calvaire d’une jeune geisha victime des hommes et prise dans une spirale d’humiliations physiques et sociales.

 

La collection proposée par The Jokers comporte pour l’instant une dizaine de titres et couvre une large partie de la filmographie de Masumura. Ses premiers films (Jeune fille sous le ciel bleu, Femme de champion, Confessions d’une épouse…) sont logiquement plus classiques que des titres plus tardifs et provocateurs, mais se révèlent passionnants sur le plan formel et accordent déjà une part primordiale aux personnages féminins.

 

Les films ont été restaurés et sont pour la plupart inédits en combo DVD/BR. Chaque film bénéficie d’une présentation érudite de Clément Rauger.

Catégories : Actualités

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