euh, rtbf, typique, webcréation, websérie

Sophie Berque dirige la webcréation à la RTBF

RTBFWebcreation

Vous connaissez peut-être Studio 4, la plateforme dédiée aux webséries de France Télévisions et lancée fin 2012. Ce que vous ignorez peut-être, c’est que la RTBF, la télévision publique belge, a lancé depuis le mois de septembre 2014 sa propre cellule destinée à la webcréation.

Et pour cause : la création sur le net est devenu un enjeu stratégique primordial pour les diffuseurs du monde entier qui ne veulent pas manquer le wagon des nouveaux, et jeunes, publics. Sophie Berque, responsable de ce département, répond à nos interrogations. Processus de sélection, ambition, ligne éditoriale, futurs projets… Elle nous dit tout.

Dimension Séries : La cellule webcréation de la RTBF existe depuis septembre 2014. Qu’est-ce qui vous a motivé sa création ?

Sophie Berque : RTBF Interactive développe des expériences créatives, interactives et participatives depuis qqs années déjà. En tant que service public, il est essentiel de créer des contenus dédiés pour répondre aux besoins propres du web et des réseaux sociaux. Les modes de consommation évoluent, un média se doit d’évoluer avec ceux-ci. Des projets ponctuels que l’on pourrait dire prémices ont donc été diffusés depuis 2010 (Le Prince Charmant, Lazarus, What the Fake, Typique…).

C’est sur la base de ces premières expériences, plutôt enrichissantes en termes de nouveaux modes de production et d’échanges avec le public, que la RTBF a décidé de créer une cellule dédiée au développement de la webcréation  ! Cela fait maintenant 1 an que celle-ci existe et nous avons déjà eu l’occasion de proposer une bonne dizaine de projets de webséries / webdocumentaires / transmédia (Euh, L’Homme au Harpon, Histoires de Cabines, Le Bonheur au Travail,…).

Typique

S’il fallait que vous découvriez une série sentimentale, et comique, francophone, c’est peut-être sur Typique que vous devriez jeter votre dévolu. Mais attention, prenez garde. La saison 1 n’est pas la meilleure et je vous invite très rapidement à découvrir la série dès la saison 2, que l’on peut presque envisager comme un reboot. C’est justement à ce moment-là que la RTBF est devenue co-productrice ; le bond qualitatif s’en ressent. La saison 3, mise en ligne entre novembre 2014 et janvier 2015, est encore un cran au-dessus. Voici son premier épisode (toute la série par ici) :

Qui compose cette cellule et comment vous répartissez-vous le travail ? Et, par ailleurs, quels sont vos objectifs ?

Nous sommes trois ! Une petite équipe pour le moment mais une équipe soudée et motivée. Lucie Rezsohazy, François Jadoulle et moi-même. Lucie et François sont Coordinateurs Webcréation. Ils gèrent l’opérationnel et le suivi des projets, le planning, la rédaction de nos articles sur le site , notre présence sur nos réseaux sociaux. Ils accompagnent nos programmes du début à la fin, depuis les premiers échanges avec les équipes créatives jusqu’à la mise en ligne et la promotion de nos contenus. Nous tenons vraiment à être des accompagnants éditoriaux, à collaborer main dans la main avec nos partenaires. Et même s’il y a un aspect ‘carte blanche’, nous intervenons régulièrement tout au long du processus de création.

De mon côté, je garde forcément une part d’opérationnel vu que nous sommes 3 pour tout gérer, mais mon rôle principal est de définir la stratégie et la vision de notre cellule, de gérer le budget, de ‘négocier’ ou du moins discuter avec nos partenaires afin qu’ils comprennent nos modes de fonctionnement  ; de choisir les projets que nous allons développer afin d’avoir sur une année un paysage le plus diversifié possible, de représenter et faire connaître nos activités dans les événements et conférences en Belgique et à l’étranger. J’ai également la responsabilité éditoriale de notre site et de nos réseaux sociaux.

Notre cellule est une sorte de laboratoire qui nous permet d’expérimenter beaucoup de choses, de tester, d’évaluer ce qui fonctionne, ce qui fonctionne moins bien et de pouvoir en tirer les leçons pour s’améliorer. Le marché de la webcréation en Belgique est loin d’être à maturité, nous sommes à peu de choses près le seul diffuseur à s’y investir. C’est à la fois passionnant d’être des explorateurs, et à la fois il faut essayer de faire les bons choix, et ce sans aucun point de comparaison, pour toucher un public le plus large possible, le divertir et lui donner envie de découvrir nos contenus.

Nous avons donc plusieurs objectifs : réfléchir sur les nouveaux usages d’un public aujourd’hui actif et connecté ; créer des expériences pensées pour le web, les réseaux sociaux, le multi-support ; fidéliser de nouvelles communautés ; proposer des expériences enrichies en termes d’interactivité & d’engagement.

Notre rôle est aussi de donner une impulsion à la webcréation en Belgique francophone, de détecter de nouveaux talents, aussi bien du côté de la production et des créateurs que du côté du casting…

Combien de projets recevez-vous ? Sont-ils diversifiés en genre ou en format ?

Toujours dans notre volonté de promouvoir une nouvelle génération de producteurs et une narration spécifique au web, nous avons lancé en 2014 notre premier appel à projets pour la websérie en particulier. Nous avons reçu une quarantaine de dossiers. 5 pilotes ont été produits et soumis au vote du public. C’est ‘Euh’ qui avait remporté le ‘concours’ et nous avons entièrement produit la saison 1 qui a été diffusée au printemps 2015. Le processus est donc assez rapide entre l’appel à candidatures et la diffusion d’une saison complète.

Vu le succès de la première édition, nous avons relancé un 2e appel à projets cette année. A nouveau, environ 40 dossiers ont été livrés, uniquement sur base de relais sur le web et les réseaux sociaux. Nous soumettrons les nouveaux pilotes aux votes en octobre. Cela témoigne de l’intérêt du secteur de la production, mais aussi du public  ! Et nous sommes ravis de pouvoir stimuler la création. Les auteurs et producteurs sont inspirés, nous avons à chaque fois reçus des projets originaux aux genres assez diversifiés, allant de la comédie, au thriller en passant par le policier.

Le format, lui, était fixé d’emblée par le cahier des charges : des épisodes de 5 minutes environ.
En-dehors de nos appels à projets, nous fonctionnons beaucoup à l’opportunité, que ce soit pour la websérie, le webdocumentaire ou les expériences transmédia. Nous rencontrons des équipes de production pratiquement chaque semaine. Nous avons aussi des collaborations internes au sein de la RTBF.

Il est difficile de donner un nombre précis de projets reçus par an, je dirais que nous en étudions au moins une bonne cinquantaine (hors appel à projets annuel). Nos moyens nous permettent d’en développer une bonne dizaine.

Nous ne nous mettons aucune barrière et nous sommes aussi attentifs à mettre en avant le formidable dispositif que nous permet la RTBF dans son ensemble vu que nous sommes un service public doté de 4 médias : la TV, la radio, le web et les réseaux sociaux. C’est là que nos projets transmédias prennent tout leur sens.

Comment définiriez-vous la ligne éditoriale de votre département ?

Notre cellule tient beaucoup à développer des projets qui ont du sens pour un public de service public belge. Nous mettons donc la priorité sur une ligne éditoriale qui détient soit un certain ancrage belge et local, une ‘belgitude’, avec des thématiques de proximité qui a priori vont susciter l’empathie du public ; soit une dimension universelle qui ne sera pas spécifiquement belge mais qui pourra parler au plus grand nombre. En d’autres mots, notre but n’est pas de refaire ce qui se fait déjà excessivement bien chez nos collègues français et canadiens, mais plutôt de créer notre propre identité.

Avec les deux séries que vous mettez en avant, vous assumez un visage humoristique assez clair… mais sans héroïne pour l’instant. C’est prévu ?

C’est exact, nous avons privilégié l’humour dans nos premières productions. Nous avons été séduits par le ton décalé et typiquement web de Typique et de Euh. Pour ce qui est des personnages, je dois vous avouer que les équipes de production étaient entièrement masculines (un hasard !), cela a dû jouer j’imagine… !

Mais nous réfléchissons justement à faire évoluer les choses. Si nous avons la chance de lancer un 3e appel à projets en 2016, nous souhaitons être attentifs à fixer 1 ou plusieurs thématiques qui mettront les héroïnes en avant !

Et dès le mois d’octobre, nous retrouverons d’ailleurs aussi des héroïnes dans les 4 nouveaux pilotes de notre 2e appel à projets.

Euh…

C’est un projet original et une jolie réussite artistique. Euh, c’est son titre, est une websérie qui a remporté le premier appel à projets du département webcréation de la RTBF. Comme 4 autres projets,un pilote a été tourné. Et l’ensemble de ces pilotes ont été soumis au vote du public… lequel s’est tourné vers cette étonnante comédie pop-sentimentale. Son pitch ? Benoît, c’est un gars un peu mou incapable de prendre des décisions.

Au rayon projet, vous tournez actuellement une websérie de Dan Gagnon, Presque Normal. De quoi ça va parler ?

C’est l’histoire d’un gars qui subit sa vie et la colère des autres. Qui voudrait bien agir. Qui ne le fait pas et qui passe son existence à la débriefer dans des Comedy Clubs. Au casting, on retrouve effectivement l’excellent Dan Gagnon [NDR : que vous pouvez suivre sur twitter par ici] qui a pensé et réalisé ‘Presque Normal’. Il sera dans ‘presque’ son propre rôle, et Amel Falloussia dans le rôle de sa copine. Ça semble très sérieux comme ça mais ça risque d’être très drôle et bien barré, dans un style que je n’ai personnellement encore jamais vu…

Pour quand est prévu votre futur appel à projets ? Vous comptez proposer un thème ?

Rien n’est encore confirmé mais comme je le disais, si 3e appel il y a, il sera lancé au printemps 2016. Et oui, nous avons l’idée de proposer 1 ou pourquoi pas plusieurs thèmes plus précis. Certains sujets nous titillent et nous avons envie de voir ce que les créateurs pourraient en faire ! Ce sont des sujets qui n’ont rien de neuf a priori mais nous souhaitons fixer des critères d’originalité et de second degré pour dépasser le cliché… Je ne peux pas vraiment vous en dire plus pour le moment…

Pour les producteurs et créateurs français qui lisent ce blog et qui se demandent s’ils peuvent répondre à cet appel d’offres, que doivent-ils savoir des critères ?

A ce stade, l’appel à projets webséries est  limité aux producteurs belges (c’est dans notre mission de service public de donner priorité aux producteurs exerçant sur notre territoire) mais nous restons bien sûr ouverts aux propositions étrangères hors appel, et ce pour tous contenus de webcréation.

Il est important de savoir que nous n’avons aucun intérêt à développer des projets par exemple franco-français qui ne parleraient pas à notre public, c’est-à-dire pensés uniquement pour une cible sur un territoire particulier qui ne serait pas le nôtre.

En termes de critères, nous rejoignons notre ligne éditoriale : une proximité avec le public, être en prise directe avec la société d’aujourd’hui et démontrer d’un ancrage belge. S’adresser à une audience large puisque nos contenus sont destinés à une diffusion sur tous les supports interactifs de la RTBF (site web, smartphones, tablettes, réseaux sociaux, etc).

Si l’écriture et l’œuvre peuvent donc entrer en écho avec l’identité belge, elles devraient également refléter des problématiques plus universelles pour favoriser leur circulation internationale sur le web en général.

Et puis bien sûr, nous recherchons des contenus divertissants, innovants ; interactifs et/ou participatifs. Des projets qui sortent du lot, parce qu’ils sont drôles, percutants ou même provocants.

 

Propos recueillis par mail par Manuel Raynaud.

Catégories : Comédie · Interview