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Séries Mania 6 : Wayward Pines, Blue Eyes…

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Séries Mania, c’est parti ! Okay, ça a démarré vendredi mais il faut encore que je digère tout ce que j’ai pu voir ce week-end. Et franchement, ça démarre sur les chapeaux de roues. Alors, est-ce que l’arrivée sur le petit écran de M. Night Shyamalan m’a convaincu dans Wayward Pines ? Jouerez-vous au jeu des 7 différences entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest dans Deutschland 83 ? La question de l’éco-terrorisme est-elle finement réalisée dans Tellus ?  Et est-ce que vous prendriez une bonne grosse baffe politique devant la troublante Blue Eyes ?

 

Wayward Pines (Fox)

Épisode vu : 1.

L’histoire. Après un accident de voiture, un agent américain des services secrets atterrit à l’hôpital de Wayward Pines. La raison initiale de sa venue ? La disparition de 2 de ses collègues dans cette petite bourgade entourée de montagnes. Mais son enquête va être complètement bouleversée quand il va découvrir que Wayward Pines n’est pas une ville ordinaire…

Adaptée du roman de Blake Crouch, cette série était présentée en ouverture de Séries Mania. A sa tête, Chad Hodge, créateur de la très vite avortée The Playboy Club en 2011 et de la comédie ado All About Us en 2001. Mais cette série a d’abord été mise sur le devant de la scène grâce au nom de son producteur, M. Night Shyamalan, que l’on ne présente plus. Il réalise en outre le premier épisode. Jusqu’ici, on s’était bien rendu compte que sans scénario viable, il avait du mal à mettre au monde des films intéressants. Cette règle s’applique également en télévision. Dans les faits, Wayward Pines ne parvient pas à s’extirper du carcan dirigiste de la Série Américaine Fantastique Diffusée En Été. Si l’on sent la brise chaude et moite de cette saison nous happer dans un univers étrange avec candeur et intérêt, tout s’effondre dès lors qu’il s’agit d’autopsier ses mystères. Même des séries comme Under The Dome ou Persons Unknown, dont elle semble être une sorte d’héritière mal achevée, parvenaient à conserver un minimum de suspense quant aux inconnues qui se dressaient devant le téléspectateur. Comme la plupart de ces séries, l’empathie à l’égard de ses personnages n’est pas particulièrement travaillée. Au final, pas grand chose ne me retient devant Wayward Pines. La série ne se composera que de 10 épisodes. C’est déjà ça.

Créée par Chad Hodge, d’après le roman Pines de Blake Crouch. 10 épisodes diffusés à partir du 14 mai. Diffusion sur Canal+ en direct des États-Unis.

 

Deutschland 83 (RTL)

Épisodes vus : 2.

L’histoire. En 1983, la tension entre les deux blocs s’accroit. L’Allemagne, divisée entre sa partie Ouest et sa partie Est, est au cœur de cette guerre froide. Menacée par l’installation de missiles américains Pershing II à l’Ouest, la Stasi y envoie Martin, un jeune espion découvrir ce que sont les réelles intentions occidentales.

L’entame de Deutschland 83 est très classique. Une jeune figure innocente découvre un monde qu’il se contentait de fantasmer ou de conspuer. C’est une trajectoire typique d’un personnage car elle a l’avantage d’être une porte ouverte à quiconque veut entrer dans l’univers qui est décrit. Cela fonctionne ici d’autant plus que le choix de son interprète principal, Jonas Nay, est quasiment parfait. Mais Deutschland 83 ne réussit pas que dans son efficace classicisme, elle se permet également quelques pas de côté intéressants. En particulier la rupture de ton que la série s’autorise : si le monde décrit oscille entre le terne et le coloré de part et d’autre du mur, Deutschland 83 n’hésite pas non plus à basculer du drama à la comédie sans que ses enjeux n’en soient ridiculisés. Ce qui est d’autant plus malin, c’est que la maladresse et la candeur du personnage principal qui incarne généralement ce jeu de bascule, offre au personnage de Martin à la fois l’empathie du téléspectateur mais également un questionnement sur les différences sociales de ces deux univers.

Créée par Anna et Joerg Winger. 8 épisodes pour la saison 1. La diffusion en Allemagne, prévue sur RTL, aura lieu en fin d’année. La série sera diffusée d’abord aux Etats-Unis, sur Sundance Channel, à partir du 17 juin. En France, Canal+ a annoncé qu’elle la diffusera « prochainement ».

 

Tellus (YLE)

Épisodes vus : 2.

L’histoire. Le groupe d’écologistes activistes Tellus (qui en latin signifie la divinité « Terre ») cherche à peser politiquement en procédant à des actions terroristes visant des sociétés qui ne sont pas sensibles aux questions environnementales.

J’ai volontairement écarté un détail du synopsis présentant la série. Ce détail, c’est un mort. Jusqu’ici, Tellus avait pour but de freiner l’activité des groupes visés sans s’attaquer à la vie des personnes. Mais lors d’une énième action qui les conduit à mettre le feu à une entreprise, un agent d’entretien, resté bloqué à l’intérieur d’un entrepôt, est pris au piège des flammes. J’ai décidé d’omettre ce détail pour montrer l’un des défauts de cette série : ce déclencheur ne déclenche rien. En tout cas, pas dans les 2 épisodes projetés. A la place, la série se contente de développer une histoire sentimentale assez peu concernante entre son héroïne éco-terroriste, médecin dans la vie civile, et le président d’une association écolo qui ne semble pas très clair par ailleurs. L’ensemble est saupoudré d’une enquête menée par un vieux policier qui a bien du mal à se dépêtrer de cette histoire. Car Tellus est un groupe qui ne fait aucune erreur. Le policier est peut-être le personnage le plus intéressant au final et la série propose à son égard quelques scènes remarquables. Mais l’ensemble souffre d’un manque de rythme assez flagrant si bien que les enjeux disparaissent un peu trop naturellement. Un paradoxe pour une thématique qui prend chaque jour un peu plus d’importance.

Créée par Jukka-Pekka Siili. 6 épisodes diffusés entre novembre et décembre 2014. Aucune diffusion française n’est prévue pour l’instant. Saison 2 de 12 épisodes en cours d’écriture. Début du tournage en janvier 2016.

 

Blue Eyes (SVT)

Épisodes vus : 2.

L’histoire. De nouvelles élections locales se préparent en Suède. Annika est candidate d’extrême-droite dans la commune d’Uddevalla, 30 000 habitants. Elle doit faire face aux menaces à son encontre. Dans le gouvernement, le ministre de la Justice change de directrice de cabinet. Elin Hammar remplace ainsi Sarah Farzin, que l’on croit alors en simple congé maladie.

C’est la grosse première claque du festival. Peut-être même, pour ma part, l’une des plus belles découvertes projetées à Séries Mania depuis sa création. Blue Eyes (titre original : Blå ögon) est une série politique qui ausculte la montée d’une pensée d’extrême-droite au sein de la société civile. Dérangeante, elle parvient à créer de l’empathie autour de personnages engagés politiquement qui soutiennent des idées xénophobes. Car Blue Eyes travaille parfaitement la zone grise en rendant humains ces personnages qui seraient, dans d’autres pays, probablement caricaturaux. Si cet aspect humaniste est vraiment poignant et travaille toujours la nuance, le débat des idées est lui sans ambiguïté et la série ne tombe pas dans le populisme. Le positionnement des auteurs est très clair : le rejet des autres n’est pas une solution, c’est un engrenage qui s’achève dans l’abandon de soi. Blue Eyes est une série d’autant plus stupéfiante qu’elle semble coller parfaitement à la situation politique française. Le parti d’extrême-droite décrit ici grimpe dans les sondages grâce à une stratégie de dédiabolisation… alors même que les individus les plus violents continuent d’exister au sein de ce parti même s’ils paraissent moins visibles. L’opposition entre le parti de gouvernement et ce parti d’extrême-droite travaille notamment la notion du jeu politique : le premier n’est pas naïf mais parait du coup insensible, le second préfère la naïveté quitte à paraître idiot… mais plus humain. Dans tous les cas, Blue Eyes est une série qui prend à bras le corps le sujet politique au-delà des petites manipulations qui sont là, davantage, pour révéler l’humanité ou non des protagonistes. A côté, le récit unidimensionnel de House of Cards parait si fade. A voir absolument.

Créée par Zoula Pitsiava, Mia Sohlman, Alex Haridi et Robert Aschberg. 10 épisodes diffusés entre novembre 2014 et février 2015.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine · Série du monde · Série suédoise