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Occupied, l’anticipation écologique

Occupied

Occupied est une série imaginée par Jo Nesbø et co-produite entre la télévision norvégienne TV2 et ARTE. Autant écolo et politique qu’eurocritique, elle fait figure d’ovni dans le paysage des séries télé européennes et nous plonge dans un monde pas si éloigné chronologiquement du nôtre. Elle est diffusée sur ARTE les jeudis du 19 novembre au 17 décembre à 20h55.

Dans un futur proche, la Norvège vient de vivre un tournant démocratique. A sa tête s’est installé Jesper Berg, Premier ministre, qui a été élu sur un programme écologique. Son ambition ? Mettre un terme à la production d’électricité tirée d’énergies fossiles en se tournant vers un nouveau combustible plus écologique. Un pari immense pour la Norvège, principal fournisseur européen de pétrole. Mais ce changement de politique énergétique ne fait pas que des heureux.

En accord avec l’Union Européenne, la Russie prend contrôle de plate-formes pétrolières norvégiennes afin de relancer leurs productions. L’Europe ne semble pas pouvoir se passer de cette énergie sur le court-terme ; la Russie en devient ainsi son bras armé dans une alliance de circonstances qui paraît des plus étrange.

Des personnages qui s’interrogent

L’idée de cette série provient de l’auteur de romans policiers norvégien Jo Nesbø. Mais son développement scénaristique a été assuré par Karianne Lund assistée d’Erik Skoldbjaerg, lequel réalise par ailleurs les deux premiers épisodes. Jo Nesbø avait une inspiration particulière : il a puisé dans son passé. Pendant la seconde guerre mondiale, et alors que la Norvège était occupée par les forces allemandes, sa famille était divisée. Du côté de son père, on lorgnait davantage dans la collaboration ; du côté de sa mère, on était plutôt résistant. Occupied a ainsi l’ambition de travailler cette zone grise où les personnages se demandent vers quel camp ils doivent se ranger.

« L’idée de base, le thème, c’est d’explorer ce que fait une population si on lui retire sa liberté petit à petit, étape par étape, lorsqu’on lui enlève un droit puis un autre, dans une société où les responsables ont été élus dans un cadre démocratique. Comment est-ce que l’on s’adapte et comment on réagit ? » a expliqué Erik Skoldbjaerg lors de la projection en avant-première mondiale à Séries Mania au mois d’avril.

Une problématique qui touche l’ensemble des personnages développés dans la série. C’est le cas d’Hans qui était jusque-là un simple garde du corps. Par un concours de circonstances, il devient le médiateur privilégié entre la Norvège et la Russie. Mais alors qu’il pénètre petit à petit dans les arcanes du pouvoirs, il découvre surtout une vérité qui n’est pas très plaisante.

Restauratrice, Hilde ne l’est plus pour longtemps. Elle s’apprête à fermer son établissement pour de bon. Mais par chance, son restaurant est voisin du bâtiment qui va abriter le QG russe. Cette nouvelle clientèle fortunée devrait lui permettre de se remettre à flot, mais va-t-elle accepter longtemps l’argent d’un pays qui est vu comme un occupant  ?

Enfin, les médias ne sont pas en reste et nous suivons également le quotidien d’un journaliste travaillant pour un canard écolo tiraillé entre l’idéalisme et le pragmatisme.

Bien sûr, cette problématique concerne en particulier le Premier ministre Jesper Berg qui, en exerçant le pouvoir, doit se confronter à la nécessité du compromis. Dans le premier épisode, après avoir inauguré la première centrale au thorium, un élément chimique qui aurait un fort potentiel énergétique, des intérêts qui dépassent le territoire Norvégien se mettent en mouvement. Après avoir porté des promesses d’espérance, il doit sous la contrainte revoir ses ambitions à la baisse.

Un contexte politique fragile

Ces intérêts sont portés par deux géants en même temps : la Russie d’une part et l’Union Européenne de l’autre. Dans Occupied, l’ombre soviétique nous rappelle une période sombre mais modernisée de l’histoire européenne. Ainsi, elle s’inscrit moins dans l’occupation que l’on a connue lors de la Seconde Guerre mondiale que dans un rapport d’occupation économique, faisant davantage écho à une globalisation économique qui parfois peut se marcher sur la tête. La présence européenne est, elle, plus diffuse mais pas moins menaçante. Elle entre en étrange résonance avec l’euroscepticisme général qui grandit mais également avec la position des Norvégiens qui ont voté à deux reprises contre leur adhésion à l’Union Européenne.

« Notre défi d’écriture, c’était de faire en sorte que cela soit réaliste. A l’époque où nous avons démarré, il n’y avait pas eu ce problème d’agression de l’Ukraine et de la Crimée par la Russie. Nous, nous étions plongés dans un débat interne pour faire en sorte que les événements décrits dans la série puissent sembler réalistes, même si c’était un challenge audacieux » a ajouté Erik Skoljbaerg.

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Face à la question de l’occupation, plusieurs questions se sont posées lors du processus d’écriture. Celle, déjà, d’utiliser le nom d’un vrai pays, en l’occurrence celui de la Russie qui fait figure d’occupant. « Utiliser un nom de pays qui n’existait pas semblait incompatible avec notre désir de réalisme » assure Erik Skoljbaerg. « C’est un choix artistique difficile mais je pense que le téléspectateur sait bien faire la différence entre la fiction et la réalité. »

Surtout, le sujet de la montée d’une résistance pose l’un des principaux questionnement de la série. « Pour moi, c’était intéressant d’imaginer la résistance du point de vue de l’individu. Si l’on décide d’être résistant, vous allez peut-être utiliser des méthodes qui ne sont pas forcément idéales. Et qui pourrait faire ce choix d’être résistant ? Ce pourrait être des personnes qui ne sont pas parfaitement intégrées dans la société, qui sont marginalisées par exemple. On a donc fait beaucoup de recherches sur la manière dont les mouvements de résistances se développent. »

En interrogeant des rapports économiques mondialisés, en se reposant sur des enjeux écologiques de plus en plus prégnants et en décrivant une vision de l’Europe un peu différente de celle habituellement vue en France, Occupied est une série très ambitieuse mêlant action, réflexion et humanité. A découvrir cet automne sur ARTE.

 

Occupied, diffusée sur Arte à partir du jeudi 18 novembre à 20h55. Le site de la série à découvrir par ici.

Catégories : Chronique · Drama · Série du monde · Série française