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Life Is Strange, les incroyables pouvoirs de Max

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Et si l’une des séries les plus marquantes du moment était… interactive ? Life is Strange est un jeu vidéo épisodique s’inscrivant dans cette nouvelle tendance des créations vidéoludiques dites « narratives ». Son cinquième et dernier chapitre, sorti le 20 octobre dernier, a mis un point final à l’aventure fantastique, poétique et déchirante de Maxine Caulfield, une jeune étudiante de 18 ans.

L’histoire. Maxine Caulfield entre enfin dans la vie adulte. Elle quitte sa famille à Seattle pour étudier la photographie à l’académie de Blackwell dans sa ville natale, Arcadia Bay. Elle compte beaucoup apprendre de Mark Jefferson, photographe de renommée internationale qui y enseigne. Mais le destin de « Max », comme elle est surnommée, va changer. En affrontant une expérience traumatisante, elle découvre qu’elle peut rembobiner le fil du temps – et ainsi manipuler l’histoire comme elle l’entend.

Une série… mais surtout un propos

J’ai « binge-gamé » Life is Strange. Ceci sonne comme une confession, et ça tombe bien, c’en est une. Mon tort est peut-être d’avoir attendu autant de temps avant de me lancer dans l’aventure. Son premier épisode était en effet sorti en janvier ! Au moins, cela m’a valu de vivre une expérience sans autres coupures que celles du quotidien. Oui, il faut encore manger, boire et dormir en 2015. Quelle plaie.

Son découpage en épisodes, ses « précédemment dans… » ou ses cliffhanger ne sont pas les seuls points communs qui lient Life is Strange au monde des séries. Son héroïne, Max, vient de quitter le cocon familial pour entamer ses études et poursuivre son rêve : faire de la photographie. Physiquement, elle ne lui ressemble pas mais il m’est difficile d’écarter totalement de mon esprit une certaine Claire Fisher. Ce n’est pas la seule allusion aux séries. Ses créateurs ont jalonné Life is Strange de références toutes autant emblématiques, et pas forcément qu’américaines d’ailleurs. Je vous laisse le plaisir de la découverte.

Pour autant, réduire ce jeu à du simple name-dropping serait bien sûr malhonnête. Life Is Strange est, d’abord et avant tout, une réflexion sur le passage à l’âge adulte. Max, son personnage principal, est le premier concerné. En expérimentant ses nouvelles capacités, elle découvre surtout les conséquences de ses choix à taille humaine. Mais cette allégorie vaut également pour la société dans son ensemble. La question environnementale revient ainsi régulièrement sur la table, de manière subtile au départ et, sur la fin, beaucoup plus frontalement. Osons le mot : Life is Strange est… écolo !

Des intrigues… mais surtout des personnages

Plusieurs intrigues découpent le récit de Life is Strange. De l’étudiante qui a disparu mystérieusement aux activités louches d’un membre éminent du Vortex Club, sorte de clan pour étudiants riches et populaires et, bien sûr, il y a Max elle-même, avec son nouveau pouvoir et ce cauchemar qu’elle fait régulièrement. Elle y voit une tornade sur le point de dévaster Arcadia Bay.

Au-delà de ces fils rouges, le meilleur de Life Is Strange réside dans les relations que Max tisse avec les autres personnages. En premier lieu l’ex-meilleure amie de Max qui va le redevenir, Chloé, une jeune un peu paumée qui vit particulièrement mal la mort de son père décédé quelques années plus tôt. Max, et c’est aussi un peu son rôle, va devoir lui venir en aide à de nombreuses reprises… et les auteurs ne vont pas hésiter à pousser cette relation dans des retranchements que je n’osais pas imaginer. Je pense en particulier au cliffhanger de l’épisode 3, pleinement assumé par les auteurs dans l’épisode suivant, et ce de façon bouleversante.

Avec beaucoup de finesse, petit à petit, les auteurs vont apporter également de la nuance aux antagonistes de Max tels que Victoria, la pétasse prétentieuse qui fait du gringue au prof de photo, Nathan, le bourgeois privilégié qui se croit au-dessus des lois ou même David, le père de Chloé et agent de sécurité de Blackwell, très porté sur l’espionnage des étudiants. Même si j’ai résisté très fort en ce qui concerne Nathan, difficile de ne pas prendre pitié pour l’humanité qui jaillit d’eux à divers moments du récit. Le tout est souligné par une bande son d’une beauté incandescente. Vraiment.

De vrais défauts… mais qui ne comptent pas

Life is Strange n’est pas dénuée non plus de défauts. Il existe quelques ratés, parfois techniques, mais aussi parfois scénaristiques. Dans le chapitre final, un personnage découvre la vérité sur le secret de Max, mais sa réaction est presque inexistante et, en tout cas, mal motivée scénaristiquement. Peut-être plus embêtant, mais on s’en aperçoit dès le départ : il y a des fortes incohérences temporelles si bien qu’il est compliqué d’aborder le récit d’un point de vue scientifique. Peut-être que c’est une précision idiote mais Life is Strange est d’abord un récit sensoriel avant d’être une réflexion rationnelle. Je tenais à l’écrire, au cas ou.

Enfin, il y a la question des choix. Sont-ils vraiment fondamentaux ? Pour être honnête, je n’ai pas pleinement utilisé cette capacité, parce que j’ai d’abord envie de me soumettre à une histoire, à un point de vue et à un intellect, celui du ou des auteurs. Je vais même préciser que, peut-être encore plus que dans le jeu The Walking Dead, cette diversité de choix n’est qu’une illusion. Life Is Strange raconte une histoire classique avec un début, un milieu et une fin. Vous pouvez, de temps en temps, changer le placement d’une virgule ou rajouter des points mais l’aboutissement sera le même pour tous, un dilemme déchirant.

En revanche, cette illusion du choix telle qu’elle est réalisée ici a une fonction fondamentale. En plus de permettre au joueur de s’approprier un récit de manière légèrement moins linéaire, elle devient en réalité un vecteur suscitant son imagination, le plaçant dans une position d’empathie avec Max et les autres personnages. Cette expérience me rappellerait presque ce que j’ai vécu devant The Affair. Deux points de vue y étaient racontés en saison 1. Pourtant, après visionnage, un troisième point de vue émergeait, le notre, suscité par le récit, généré grâce à notre imaginaire. La même histoire qu’ont voulu nous raconter les scénaristes… mais en mieux, car c’est la notre, singulière et pourtant universelle.

C’est la cinquième fois que j’écris la conclusion de cette critique sans parvenir à trouver les mots qui font sens. Life Is Strange m’a bouleversé. Pas tout le temps. Pas dans tous ses aspects. L’héroïne, Max, manque à mon sens d’une caractérisation un peu plus aboutie, peut-être moins lisse. Parfois, le jeu s’est perdu dans des intrigues un peu futiles, certes. Mais au final, ce que j’en retiens, c’est la puissance émotionnelle qu’il a suscité en moi, révélant tout l’attachement que j’avais construit à cet univers petit à petit, presque sans y prendre garde. Une très jolie surprise.

Life Is Strange est disponible au prix de 4,99 euros par épisode et 19,99 euros pour la saison complète, sur PC, PS3, PS4, Xbox 360 et Xbox ONE.

A noter que Life Is Strange est une création de Dontnod Entertainment, un studio parisien. Il est édité par Square Enix.

Jeu testé dans sa version anglaise sous-titrée, plutôt bien interprétée. Mention spéciale à Ashly Burch, la comédienne qui joue Chloé.

Catégories : Critique