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Les Trois Mousquetaires à l’anglaise

ThemusketeersDepuis le 19 janvier dernier, BBC One propose aux britanniques de découvrir les aventures de The Musketeers. Même sans avoir fait de grandes études, le nom doit probablement vous interpeller : il s’agit effectivement d’une adaptation du roman d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. Et ces mousquetaires-là, ils parlent anglais.

Un tour de passe-passe

Eh oui, forcément, les affres de l’adaptation d’un roman étranger dans son propre pays, c’est aussi, parfois, de mener à de telles contradictions… que l’on finit tout de même assez rapidement par oublier. Mais quand même, difficile de ne pas le souligner : entendre des français parler anglais devant Louis XIII ou le Cardinal de Richelieu, abordant souvent la question des Espagnols qui, eux, parlent bien dans leur langue, il faut tout de même l’admettre, c’est chelou.

S’il s’agit d’une conséquence mécanique et économique de cette adaptation, d’autres, artistiques, touchent à l’œuvre originale en l’enrichissant et-ou en l’appauvrissant (cela dépend du côté duquel vous vous trouvez). Mais avant d’entrer dans les détails, posons les bases de ce récit épique que certains connaissent déjà.

A la base, il s’agit donc d’un roman d’Alexandre Dumas. Il y romance les forces en présence qui se jouent autour de Louis XIII au 17ème siècle, en se concentrant notamment sur les aventures de l’élite des troupes armées de l’époque, Les Mousquetaires. Athos, Porthos et Aramis sont trois d’entre eux alors qu’un nouveau, d’Artagnan, monte sur Paris pour rejoindre la compagnie armée. Je ne vais pas faire un comparatif avec l’œuvre originale mais de manière globale, la série suit pour l’instant, d’après les trois premiers épisodes, les grandes trames de l’histoire tout en modifiant ses détails, dont certains pourront peut être jugés majeurs.

Roman d’aventure… série d’aventure

Pour contextualiser le ton de la série, il est nécessaire de relever sa case horaire de diffusion. The Musketeers est diffusée le dimanche soir à 21h sur BBC One, première chaîne anglaise. Pour faire simple, les créneaux du week-end à la télé anglaise sont des moments assez familiaux. Le samedi soir est par exemple réservé à Doctor Who sur BBC One lorsqu’elle est diffusée, et le dimanche soir voit chaque année, sur ITV, le retour de Downton Abbey, autre carton d’audience.

The Musketeers s’inscrit dans la stratégie (1) lancée par BBC d’explorer ces derniers mois le patrimoine du récit d’aventure. Après Atlantis diffusée le samedi soir, elle s’attaque au plus romanesque avec The Musketeers. Mais dans les deux cas, le ton installé dans les séries jonglent entre l’humour léger et l’action tout en essayant de ne pas prendre en défaut leur intérêt dramatique. Le cas de la violence dans la série démontre ce choix éditorial réalisé par la BBC. Malgré des combats avec des épées ultra tranchantes, la violence pourrait finalement se résumer à des bagarres d’écoliers. Par une seule goutte de sang, ou à peine, n’est versée devant la caméra. Et de toute façon, l’intérêt qu’a trouvé la chaîne en The Musketeers est bien éloigné de ces considérations.

Si les deux premiers épisodes sont de longues introductions aux personnages et offrent au téléspectateur une mise à jour des blocs qui, peu à peu, se mettent en place, le troisième agit comme un accélérateur du récit sur deux aspects particuliers – dont l’un que je n’attendais pas forcément.

Entre conformité et innovation

Le premier, et il s’incarne à la perfection par un Peter Capaldi plus manipulateur qu’il ne l’était dans The Thick of It (décidément, ça va être bizarre de le voir dans le rôle du Docteur de Doctor Who), c’est donc celui du suspense voire même du thriller. Autour de Louis XIII, que l’on dépeint naïf aux premiers abords, gravite plusieurs personnages dont le Cardinal de Richelieu joué par l’acteur nommé ci-dessus. Il est un peu son Premier ministre mais aussi son maître à penser. Même s’ils sont souvent côte à côte, un duel à distance où se jouent pouvoir et influence s’installer. Les Mousquetaires font parti de cet échiquier géant, manipulés à gauche puis à droite en fonction des besoins.

Cette partie du récit s’appuie sur les relations historiques tendues que la France entretient avec l’Espagne, alimentées notamment par la rancœur que Louis XIII porte envers sa femme qu’il a du épouser, Anne d’Autriche, qui est originaire d’Espagne. Elles aboutiront en 1635 par la guerre franco-espagnole. Mais le quotidien de ces hautes sphères ne concernent pas que les affrontements géopolitiques : le personnage tout à fait fictif de Milady de Winter, criminelle qui était mariée à Athos, refait surface alors qu’elle ne devait plus être de ce monde depuis 5 ans.

C’est l’autre aspect de la série justement, là où elle prend des libertés vis-à-vis de l’œuvre originale. Si Milady existe bel et bien dans le roman de Dumas, l’origine de son retour n’est jamais expliqué. The Musketeers en invente un prétexte tout à fait plausible. Le fait est que la découverte de cette information dans le troisième épisode offre une épaisseur psychologique à l’un des mousquetaires jusque-là présenté comme le plus mystérieux de la série, Athos.

Mais ce troisième épisode permet également de développer l’histoire de Porthos, incarné dans la série par un acteur de couleur, Howard Charles, alors que le personnage de base n’était pas présenté comme tel. Cela peut-être vu comme une trahison mais je le perçois surtout comme une proposition d’auteur et un enrichissement du récit. Parce que les scénaristes vont justement s’appuyer sur ses origines pour aborder la question de l’esclavage lorsque les mousquetaires font la rencontre d’Emile Bonnaire, un lâche commerçant qui ne semble pas avoir de scrupules lorsqu’il s’agit de pratiquer le marchandage d’être humains.

Habituellement, le ton qu’emploie The Musketeers n’aurait pas accroché particulièrement mon attention. C’était justement le cas des deux premiers épisodes, tout à fait quelconques. Mais une fois l’exposition réalisée, les auteurs semblent enfin révéler leur point de vue en affirmant les libertés de leur adaptation. Au-delà de certains anachronismes amusants (les tenues stylées et cintrées des mousquetaires, à mi-chemin entre Dark Vador et Robin des Bois…), The Musketeers semble avoir des choses à dire sur notre monde malgré les 4 siècles qui nous sépare du sien.

Créée par Adrian Hodges. Diffusion depuis le 19 janvier 2014. 10 épisodes prévus.

(1) Vous noterez par ailleurs que dernièrement, la BBC semble férue des auteurs français. Avec la série The Paradise, dont la saison 2 est déjà en cours de diffusion, le service public anglais a également mis à l’honneur Émile Zola en adaptant sa nouvelle Au Bonheur des Dames.

Catégories : Critique · Drama · Série anglaise