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Real Humans, hubot pour tous

AktaManniskor2ATTENTION, AVANT DE LIRE L’ARTICLE, IL EST CONSEILLÉ D’AVOIR VU AU MOINS JUSQU’À L’ÉPISODE 5 DE LA SAISON 2 DE REAL HUMANS

Choc de sériephile en 2012, découverte par le public français en 2013 sur Arte, Äkta Människor, mieux connue sous son titre international Real Humans, a effectué son retour en Suède depuis le 1er décembre. Après une première saison qui en a surpris plus d’un, la saison 2 était attendue au tournant.

Environ 15 mois se sont écoulés depuis la diffusion du dernier épisode d’Äkta Människor sur la chaîne publique suédoise SVT. Difficile de se remettre dans le bain sans avoir oublié certains éléments que je me fais un plaisir de vous rappeler : en fin de saison 1, Léo meurt, transmettant une information capitale – un bout du code informatique permettant aux hubots de devenir libres – à Mimi qui retrouve sa place au sein de sa famille d’adoption ; le groupe d’hubots révolutionnaire a explosé en deux, les uns voulant anéantir l’homme, les autres cherchant à coexister avec lui ; Béatrice est endommagée ; Flash, la barbie hubot, s’émancipe en quittant le groupe ; le méchant Jonas et son complice Silas sont arrêtés par les services de sécurité ; et la dernière image montre une clé usb, branchée dans l’ordinateur de Tobias, qui exécute un mystérieux code informatique…

Malade de liberté

La saison 2 démarre 6 mois plus tard. L’affaire Léo Eischer est désormais quasiment oubliée, y compris dans la famille Engman chez qui Mimi semble définitivement installée. Ils ont récupéré Vera, l’hubot qui s’occupait de Lennart, le grand-père décédé dans la première saison. Jonas et Silas sont libres et se lancent dans un nouveau business, celui du Hub Battle Land – où comment simuler la guerre en utilisant les Hubot comme adversaires à abattre, une sorte de Paintball avec des hubots : un Paintbot quoi ! Béatrice n’est pas morte et poursuit sa quête de libération de ses semblables à n’importe quel prix.

Et surtout, un mystérieux mal touche désormais les hubots. Une infection apparemment. Ils deviennent fous, peuvent porter atteinte aux êtres humains et finissent, en gros, en bouillie. Enfin, leur cerveau. Bref, ils deviennent inutilisables. Une explication est avancée : les gens ont tendance à installer des modifications du code informatique dans les hubots de façon à décliner leurs aptitudes. Et, comme dans la réalité d’aujourd’hui, télécharger sur des plateformes illégales n’est jamais complètement sûr. Des virus peuvent traîner dans le coin. Faites pas comme si ça ne vous était jamais arrivé, hein.


Okay, la bande-annonce est en suédois… Mais la saison 2 devrait arriver cette année sur Arte !

La science-fiction à notre époque

La force de la série, à l’image de cet exemple, c’était de réussir à transmettre à un univers parallèle, ayant vu émerger ces fameux robots humanoïdes intelligents, des problématiques qui concernent directement notre monde. C’était sa force en saison 1 mais c’était aussi la crainte que j’avais développé à son issue : allait-elle parvenir à diversifier ses réflexions ? Son créateur, Lars Lundström, trouverait-il les ressources créatives pour les approfondir ?

A l’image des 5 premiers épisodes déjà diffusés, je répondrai simplement : oui, oui, oui ! De manière globale, la série inscrit son propos dans l’évolution que connaît la notion « Famille » depuis les années 60. Cela se ressent dans toutes les intrigues mais plus particulièrement, au regard de l’actualité notamment française avec le mariage pour tous, dans l’intrigue associée à Flash, l’une des plus touchantes pour l’instant. Sans rentrer dans les détails, c’est la définition qu’on se faisait du couple conjugal – un père, une mère – qui est remise en question au travers de la fondation d’une descendance. Est-ce qu’un hubot, disposant du libre arbitre et de l’envie d’éduquer, pourrait obtenir des droits de parenté ?

Parmi les interrogations posées par la série, il y a également celle de l’orientation sexuelle déjà abordée dans la saison 1 avec Tobias. Elle est naturellement prolongée ici avec l’émergence d’un terme : Transhumainsexuel ou THS. Pour faire simple, les THS désignent les humains qui aiment les hubots. Si je ne crois pas vraiment à une approche psychologique de la sexualité dans Real Humans (il faudrait analyser l’image que nous renvoie un hubot – peut-elle créer le désir au-delà du simple besoin charnel ?), je crois plus prosaïquement que ses auteurs ont voulu faire une analogie avec l’homosexualité. Même s’il doit supporter le regard un peu interrogatif de son père, la sexualité de Tobias ne semble plus être un mystère pour sa famille. En revanche, il est beaucoup plus difficile pour lui de supporter la pression de la société et le regard des autres. Pour se rassurer, il fait la rencontre d’autres THS qui organisent des soirées.

Miroir de notre société

Pêle-mêle, Real Humans construit son récit autour de nombreuses autres problématiques sociétales : il y a celle de la religion où l’on cherche à définir ce que peut être un Dieu ; il y a celle de la violence dans le divertissement avec d’un côté le Paintbot et de l’autre la pornographie d’hubot ; il y a aussi l’émergence d’une minorité dans le monde du travail avec le premier contrat accordé à un hubot (on se croirait presque en plein Mad Men… !) ; il y a la question des sans-abris car les hubots infectés sont abandonnés par leurs propriétaires dans la rue comme des chiens errants ; il y a toujours la présence de personnages âgées et la manière dont, à l’avenir, nous allons devoir nous en occuper alors que l’espérance de vie progresse d’année en année ; et il y a même une économie écologique au-travers de l’émergence de produits non-manufacturés par des hubots – ou comment soutenir les emplois de vrais humains. De quoi plaire à Arnaud Montebourg.

Enfin, il y a la question politique qui reste forcément centrale – c’est aussi l’un des sens principaux du titre de la série puisqu’il désigne le parti extrémiste anti-hubot. Ici, il est question donc de Äkta Människor, nom d’un parti situé à l’extrême de l’échiquier politique, et qui, poliment, voudrait bien gazer tous les hubots. Mais le parti souhaite changer de visage : plus positif, plus humain, plus jeune également. Dans une scène, nous assistons justement à une réunion où ses membres cherchent à promouvoir des valeurs qui paraissent plus acceptables. L’un d’eux ne semble pas réceptif mais il suit le mouvement. Mais à la fin de la réunion, pas question pour lui de réprimer ses motivations violentes et excessives. Il monte un petit groupe de sympathisants volontaires. Ils n’hésiteront pas à s’armer de battes de baseball pour casser du hubot… et des humains qui les soutiennent, ceux qui se battent pour leurs droits, les fameux THS. Difficile, français que nous sommes, de ne pas voir un bout de notre paysage politique. Ça ne vous rappelle pas quelque chose, l’affrontement de jeunes nationalistes face aux militants antifascistes ?

En plein milieu de saison, je ne voudrai pas tirer de conclusion hâtive sur l’élaboration du fil rouge principal qui alimente les épisodes ; à savoir l’héritage laissé par David Eischer et l’émancipation des hubots pour le bien… ou pour le mal. A ceci près que, cette fois-ci, toutes les intrigues semblent liées à un propos politique progressiste bien plus assumé et cohérent ; la saison passée par exemple, l’intrigue autour de Lennart semblait beaucoup plus isolée. Dans cette saison 2, Real Humans construit un univers encore plus complexe, dans toutes ses composantes, qu’on ne pouvait l’imaginer. Tous les secteurs de la sociétés sont abordés puis digérés. La série a ainsi affiné son positionnement idéologique, lui offrant une cohérence pouvant, jusqu’ici, lui faire défaut.

Catégories : Critique · Série suédoise