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Shortcom, de l’eldorado au mirage ?

KaamelottLe sujet des programmes courts, appelés plus communément shortcom (comédie courte… à ne pas confondre avec sitcom pour comédie de situation), rassemble deux problématiques qui sont au cœur de l’industrie audiovisuelle : pour les diffuseurs, c’est un potentiel vecteur d’audience ; pour les scénaristes, c’est un challenge pour leur créativité. Mais avant de plonger dans le vif du sujet, faisons un point lexical parce qu’il convient, d’abord, de se mettre d’accord sur ce qui rentre, ou pas, dans le giron des programmes courts.

Pour le coup, plongeons-nous 8 mois plus tôt. Au cours d’une série d’articles consacrée aux mini-séries, une confusion s’est installée dans les commentaires. Car le terme mini-séries est un terme lui-même peut-être confus. Paradoxalement, il désigne des épisodes de plutôt longue durée (26 mais surtout 52 minutes), le « mini » faisant référence en réalité au caractère « fini » de l’histoire racontée. Théoriquement donc, la mini-série s’achève au bout d’un certain nombre d’épisodes et n’est pas renouvelée pour une saison 2. Il existe néanmoins des exceptions mais là n’est pas le débat. D’ailleurs, nous n’aborderons pas la question des programmes courts corporatistes. Seule la fiction, ici, nous intéresse.

Court, immédiat… et précaire ?

Le programme court, ce n’est donc pas une mini-série (même si, en chipotant, un programme court pourrait théoriquement être une mini-série – l’inverse n’étant pas vrai). Le programme court désigne ces séries aux épisodes très courts qui ont notamment explosé au début des années 2000 avec Un Gars, Une Fille sur France 2 et Caméra Café sur M6. Alors, certes, il en existait avant. Nulle Part Ailleurs était notamment spécialiste des pastilles humoristiques mais l’arrivée de « Chouchou » et « Loulou » a mené une industrialisation d’un format qui désormais peut se targuer d’avoir fait connaître Jean Dujardin, Alexandra Lamy, Alexandre Astier, Kyan Khojandi… et on en oublie. Volontairement pour certains d’ailleurs.

Stéphanie Vasseur est une scénariste rompue à l’écriture de ces programmes courts. De Un Gars, Une Fille en passant par Samantha Oups, Vous Les Femmes et En Famille, on peut dire qu’elle a pratiqué. Elle met en avant (interview dans son intégralité en fin d’article) une particularité de ces programmes courts : la rapidité du processus de production. « On peut écrire vite car écrire un sketch ne prend que quelques minutes, livrer des textes et obtenir un retour rapide du Directeur d’Ecriture de la série et également voir le résultat de son travail très rapidement à l’antenne. Ça fait vraiment partie des grands plaisirs de ce format. L’immédiateté. »

Mais à force de travailler sur un tel format, la profession peut aussi vous cataloguer. « Quand vous avez une certaine légitimité en format court, les producteurs et les diffuseurs ont du mal à imaginer que vous pouvez écrire du 26, du 52 ou du 90 minutes » reconnait-elle. Autre inconvénient : le rapport travail abattu / rémunération. « Devoir livrer parfois un grand nombre de textes et de n’en avoir que très peu de retenus et donc de payés. C’est le seul format où cette pratique est tolérée : la commande de textes sans obligation de rémunération de la part des producteurs. »

La poussée Un Gars, Une Fille

Dans la foulée du carton d’Un Gars, Une Fille, le volume horaire des programmes courts a connu une constante progression. En 2001, en ce qui concerne la production aidée, 32 heures de programmes courts étaient produites. Et seulement 4 ans plus tard, en 2005, ce volume atteignait les 167 heures, un record encore inégalé jusqu’à aujourd’hui. C’est justement cette année-là, aux alentours de 20h35, que M6 avait fait découvrir aux téléspectateurs Kaamelott, produite par Calt, et qui connaîtra un succès retentissant.

2005, c’est aussi une année de relance pour France 2 qui cherchait déjà depuis quelques mois un remplaçant à Un Gars, Une Fille, arrêtée en 2003 mais rediffusée sous forme de best-of jusque-là. Ainsi, outre Samantha Oups qui a pris ses aises petit à petit sur la chaîne le week-end (en plus de sa diffusion dans KD2A le matin), France 2 avait lancé en semaine Domisiladoré (là aussi produite par Calt) qui racontait le quotidien d’une famille, contée par la voix-off du père défunt. Ce programme avait été créé par Alain Kappauf qui, 4 ans plus tard, irait proposer à M6 une adaptation libre d’une série espagnole intitulée sous nos latitudes… Scènes de Ménages. Pour en revenir à Domisiladoré, ce fût un relatif échec. Pour rappel, c’était ça :

France 2 avait également tenté le coup avec Une Journée Dehouf / Bande Dehouf, imaginée par une troupe de comédiens qui réalisaient des sketch un peu débiles, préfigurant d’ailleurs ce qu’on allait trouver quelques années plus tard dans les créations du duo Grégoire Ludig et David Marsais (Palmashow, Very Bad Blagues), dans le Comité de la Claque, ou bien chez nos amis du Golden Show, pour n’en citer que certains. Ceci dit, ils ne parviendront pas non plus à reproduire le succès public d’Un Gars, Une Fille. Voilà de quoi vous rafraîchir la mémoire :

Le bug de l’an 2006

Dès 2006, le volume horaire de production de ces programmes courts est réduit drastiquement, passant de 167 heures l’année précédente à seulement 48 heures cette fois-ci. Le bilan 2006 des productions aidées, réalisé par le CNC, reste laconique sur les causes de cette décélération : « Cette baisse s’explique par le ralentissement des productions de séries de format court commandées aussi bien par les chaînes hertziennes analogiques que par les chaînes du câble, du satellite et de la TNT. » Car c’est aussi une donnée : de nouvelles chaînes sont venues étoffer le paysage audiovisuel français.

Il faut voir ces évolutions comme des cycles. Les chaînes préparent un grand nombre d’épisodes une année pour que, l’année suivante, elles puissent se reposer sur le catalogue produit (c’est un exemple, ce n’est pas exactement ça dans la réalité…). Dans notre cas, il fallait en plus encaisser, pour les groupes TF1 et M6, les coûts engagés dans le lancement de nouvelles chaînes – et l’on voit désormais que la récupération (qu’il s’agisse de rediffusion ou d’absorption comme dans le cas de Soda passée de M6 à W9) de programmes des chaînes mères aux chaînes filles est monnaie courante.

ProgCourtMais depuis 2006, ce chiffre est quasiment de nouveau en constante augmentation. En 2012, ce volume horaire a atteint 151 heures. En gros, on a retrouvé depuis un ou deux ans le niveau de production qui existait en 2004-2005. Pour l’expliquer, on peut avancer quelques hypothèses :

  • D’abord, c’est que justement, les chaînes de la TNT finissent d’encaisser le choc de leur arrivée sur le marché. Désormais, plusieurs d’entre elles travaillent véritablement sur des programmes courts. On pense récemment à VDM sur NT1 par exemple. En 2012, Direct 8 avait mis le paquet sur Very Bad Blagues. Tout récemment, contre toute attente, France 4 a relancé la franchise Hero Corp sous la forme d’un programme court dont les épisodes durent 7 minutes. Un mouvement accompagné par les toutes dernières chaînes nées comme Chérie 25 qui a proposé Roxane, la vie sexuelle de ma pote. Certes, ce n’est pas non plus un raz-de-marée – la TNT reste encore un succès de l’anti-création – mais peut-être est-ce là le signe avant-coureur d’un changement ?
  • En revanche, la piste la plus importante, c’est l’investissement des chaînes historiques. Devant le succès de la fiction de manière générale aux heures de grande écoute, humoristique (Scènes de Ménages) ou non (Plus Belle La Vie), elles ne peuvent plus se permettre de passer à côté de ce genre et en particulier de ce format, à la fois fédérateur et bon marché. Elles réservent ainsi ces programmes courts à des carrefours stratégiques leur permettant de retenir ou d’accroitre leur audience (le couloir de pub avant 20h pour France 2, le couloir de pub entre 20h30 et 20h50 pour TF1) si le programme fonctionne.

Concernant ces dernières, difficile pour autant de dire qu’il existe une formule magique. Actuellement, France 2 se casse les dents pour trouver un programme fort qui précède le lancement du JT. Après Y a pas d’âge diffusée depuis début septembre – et qu’on ne peut qu’oublier… – elle lancera Parents mode d’emploi à partir du 4 novembre, toujours aux alentours de 19h45. De son côté, TF1 poursuit Nos chers voisins et a lancé un autre programme courant août, Pep’s.

Et pour clore le tour de table, Canal+ a proposé cette année Pendant ce temps, très inspiré – mais non créditée !!! – d’une vidéo d’un humoriste anglaise ou encore la trash Connasse dans l’émission qui précède Le Grand Journal, Le Before. Évidemment, ils espèrent trouver la nouvelle pépite qui renouvellera l’immense succès qu’a connu Bref… Enfin, n’oublions pas non plus Arte qui a lancé notamment deux programmes courts : le premier, La Minute Vieille, où des personnes âgées racontent des blagues décalées et le second, mon préféré, Silex & The City, où la préhistoire décortique avec un anachronisme hilarant nos problématiques contemporaines. Un épisode par ici :

Qualité et quantité, pari tenu ?

Si industriellement, le programme court reprend donc des couleurs, en est-il de même artistiquement ? La question est plus délicate forcément puisqu’elle ne peut s’appuyer sur des chiffres. De mon côté, je reste sceptique mais je ne désespère pas totalement : de la quantité peut émerger, aléatoirement ou statistiquement, de la qualité. L’année 2005, qui était la plus productive par exemple, a vu naître Kaamelott. L’année 2013, qui devrait tourner aux alentours de 2012, aura vu naître Hero Corp. Bon, okay, il faut vachement s’appuyer sur la famille Astier. Mais pas que !

Étrangement, l’un des points communs entre ces deux séries, c’est la malléabilité de leur format. Dans le cas de Kaamelott, il s’agissait du souhait assumé de son créateur qui a reconnu, dans différentes interview, la nécessité de cet allongement au profit du récit. La nécessité mais aussi l’envie, cela va sans dire. De la pastille humoristique de 3 à 7 minutes, Kaamelott s’est ainsi enrichie d’une saveur dramatique dès la saison 5 et a parachevé sa transformation dans une saison 6 incroyable (oui, l’année 2009 était vraiment bonne mais je m’égare…). Dans le cas d’Hero Corp, c’est plus compliqué. Des épisodes de 26 minutes des premières saisons, la saison 3 passe à du 7 minutes en quotidienne. Sachant que les épisodes d’une semaine sont en fait un gros épisode de 35 minutes pensé comme tel. Le grand frère va vers l’allongement, le petit vers le rétrécissement. Et on ne parle pas d’anatomie.

Stéphanie Vasseur est quant à elle plus réservée sur le sujet : « Changer de format est en effet possible mais, je crois, sur des formats plus longs : passer du 26′ au 52′ ou vice versa. Passer du 90′ au 6×52′ quand on a envie de décliner un unitaire qui a bien marché et qui s’y prête (…) Mais sur du shortcom, cela me paraît hasardeux voire impossible, tout simplement pour des questions de dramaturgie qui est nulle dans le cas des programmes courts type “un gars, une fille” ou “scènes de ménage” qui ne sont en fait que des successions des sketches. »

Bref, l’exception(nelle)

En bref, il n’y a pas de règles. D’ailleurs, parlons-en de Bref. Les créateurs, Kyan Khojandi et Bruno Muschio ont surpris tout le monde en refusant de poursuivre la série alors que Canal+ attendait une suite de pied ferme. A la place ? Un film, en cours de préparation. Harry Tordjman, qui produit la série au sein de sa société My Box Productions, nous explique : « L’adaptation cinéma est venue assez vite car, comme on pouvait le voir dans la série, nos références, notre direction artistique et notre manière de produire se rapprochait plus du cinéma que d’un programme court. L’adaptation en d’autres format TV n’a jamais été évoqué. L’option long-métrage s’est imposée à nous comme une évidence car faire des films (en tout cas de mon côté) est un objectif depuis toujours. »

Mais en réalité, Harry Tordjman n’est pas arrivé avec Bref d’un coup d’un seul, genre sorti, hop, comme ça, du ventre de sa mère. Non non non. Avant ça, il avait produit et/ou imaginé d’autres programmes courts à concepts passés plus ou moins inaperçus mais qui avaient pourtant du chien. Pour TF6, il avait proposé Ça vous est déjà arrivé ? où l’héroïne semblait tout droit sortir de The It Crowd (coucou Jen). Et sur France 4, il avait également produit Ben se fait des films (tous les épisodes sont sur Dailymotion !). Et pour cause : il est manager de Ben, cet humoriste que j’avais découvert lors de ses chroniques dans la regrettée émission de France 4, Les Agités du Bocal. D’ailleurs, voilà un épisode de Ben se fait des films parce que c’est toujours cool à voir :

Et pour rebondir sur cette série, faisons un petit clin d’œil à son co-scénariste, Henri Debeurme. Mais qui est-ce donc me direz-vous ? Eh ben, c’est le producteur de Lazy Company, une des productions originales d’OCS. Certes, ça n’a aucun rapport avec les programmes courts. Sauf que si… puisqu’il a aussi co-créé un programme court récent, Les Impitchables de Syfy (qui décline un peu finalement le concept de Ben se fait des films sous une autre forme), diffusé cet été.

Mutation d’un milieu

Pour résumer, ce que je viens de vous décrire, c’est un milieu et une profession qui est en train de se façonner. Et la concurrence est rude. Il y a les gros – Calt (Kaamelott), Kabo (Scènes de Ménages) – qui ont accès aux chaînes historiques et il y a les petits – My Box Prod, parmi d’autres – qui essaient de se faire une place au soleil. Concernant ces derniers, leur avantage, c’est que pour la plupart, ce sont des jeunes qui partagent une culture moderne de la fiction télé ; l’inconvénient, c’est qu’ils sont pour la plupart encore restreints à des fictions courtes dont l’audace semble, malheureusement, de plus en plus tronquée par les chaînes.

En quelque sorte, Bref était une anomalie dans le système : aujourd’hui, entre M6, TF1 et France 2 qui vient de s’y remettre, c’est le programme court familial sans aucune ambition qui prime. Vu qu’on foutait la paix à ce format à l’époque – Alexandre Astier l’a souvent répété en interview d’ailleurs -, l’expérimentation pouvait avoir lieu. Aujourd’hui, suite à leurs succès, ces programmes courts sont devenus le centre des attentions et des stratégies. Certes, à la manière de Plus Belle La Vie, ils permettent aux auteurs de se former – du fait des gros volumes horaires à produire, il faut nécessairement de nombreux scénaristes qui sont, sans cesse, renouvelés. Mais le renouvellement créatif que l’on espérait ne semble pas pouvoir véritablement aboutir en l’état.

De ce fait, le programme court est frappé de problématiques qui affectent aussi le format long : tout dépend la ligne éditoriale des chaînes et de leur ambition dans la fiction. Certains diffuseurs jouent parfois la différence mais à l’heure actuelle, il s’agit du combat des petits contre les gros. En 2012, l’investissement réuni dans la fiction de TF1, France 2, France 3 et M6 était de 410,1 millions d’euros. De leurs côtés, Canal+ et Arte représentaient, « seulement », 38,5 millions d’euros. Quant à la TNT, elle était loin derrière avec 8,1 millions d’euros.

Manuel Raynaud.

Interview avec Stéphanie Vasseur

Stéphanie Vasseur co-écrit actuellement, avec Alexandra Echkenazi un nouveau programme court intitulé Faites des gosses ! (anciennement nommé Après l’école). Ce programme a reçu une aide à l’écriture accordée par le CNC cet été. Il est en cours de proposition auprès des diffuseurs.

Dimension Séries : En tant que scénariste, quels sont les inconvénients et les avantages de travailler sur un programme court ?

Stéphanie Vasseur : Les avantages c’est surtout la rapidité avec laquelle tout se passe, ce qui est très rare, en télévision comme au cinéma. On peut écrire vite car écrire un sketch ne prend que quelques minutes, livrer des textes et obtenir un retour rapide du Directeur d’Ecriture de la série et également voir le résultat de son travail très rapidement à l’antenne. Ca fait vraiment partie des grands plaisirs de ce format. L’immédiateté.

Cette rapidité permet aussi de pouvoir travailler sur d’autres choses à côté. Le cerveau n’est pas monopolisé par la série comme c’est le cas sur des séries plus longues où l’immersion est impérative.

Les inconvénients c’est de rester cantonné à ce format car quand vous avez une certaine légitimité en format court, les producteurs et les diffuseurs ont du mal à imaginer que vous pouvez écrire du 26, du 52 ou du 90. C’est aussi le fait de devoir livrer parfois un grand nombre de textes et de n’en avoir que très peu de retenus et donc de payés. C’est le seul format où cette pratique est tolérée : la commande de textes sans obligation de rémunération de la part des producteurs.

Choisit-on un format de programme à partir de son concept ou un concept à partir de son format ? Dans le cas de “Faites des gosses !”, comment avez-vous fait ce choix ? Est-ce que, à la manière de Kaamelott, il vous arrive d’envisager un changement de format sur le long terme ?

C’est clairement le concept qui définit le format. Mais avec Alexandra Echkenazi, ma co-auteur, on a vraiment cherché très précisément des concepts de programmes courts. On avait vraiment envie d’inventer de nouveaux programmes courts et on s’est inspiré des modèles existants pour construire les nôtres : “Viens chez moi, j’habite chez un vieux” et “Faites des gosses !”. C’était un vrai désir de faire du court. Parce que ça répondait à un besoin des chaînes et aussi parce que je connaissais bien ce format de l’intérieur pour avoir participé à de nombreuses shortcom.

Changer de format est en effet possible mais, je crois sur des formats plus longs : passer du 26 au 52 ou vice versa. Passer du 90 au 6 X 52 quand on a envie de décliner un unitaire qui a bien marché et qui s’y prête.

Tout ceci peut se passer pendant le développement quand on se heurte à des difficultés ou tout simplement parce le concept en se précisant, demande un changement de format. Cela peut arriver en cours de diffusion comme ce fût le cas pour “Fais pas ci, fais pas ça”. Rien n’est figé. Mais sur du shortcom, cela me paraît hasardeux voire impossible, tout simplement pour des questions de dramaturgie qui est nulle dans le cas des programmes courts type “un gars, une fille” ou “scènes de ménage” qui ne sont en fait que des successions des sketches.

Le programme court est-il le concurrent « télé » de la websérie ? Et inversement, est-ce que la websérie devient aujourd’hui un concurrent pour les programmes courts traditionnels ?

Franchement, je ne vis pas les choses comme de la concurrence. Moi, je viens du shortcom classique pour une question de génération, parce que j’ai commencé avec “un gars, une fille” il y a 15 ans. J’aurai commencé à écrire aujourd’hui, j’aurai peut être eu accès à la web série. Franchement, je ne vois pas très bien la différence. C’est le moyen de diffusion qui diffère pas les méthodes de fabrication.

Comment allie-t-on format modeste et créativité, surtout quand, aujourd’hui, les programmes courts deviennent stratégiques pour les chaînes, diffusés dans des cases horaires aux enjeux forts ?

D’une manière générale, c’est souvent l’économie modeste de ces formats qui en font, je crois, toute la créativité. De nombreux programmes se créent sur des contraintes très fortes qui boostent précisément l’invention de leurs auteurs. On doit trouver des solutions créatives à des problèmes économiques. “Jordan fait des vidéos” est la meilleure preuve que ce n’est pas le budget qui fait l’innovation.

Et a contrario, un fort budget qui permet par exemple l’emploi de stars comme dans “Y a pas d’âge” n’est pas un gage de qualité et de succès. En revanche, pour faire de l’animation comme le fait Arte avec “Juliette 7.0.” ou “Silex and the city” demande en effet de mettre de l’argent sur la table. Il n’y a pas vraiment de règle mais l’essentiel est de pouvoir, à la base, payer décemment les auteurs. Car la qualité de l’écriture de ces shortcom, c’est le nerf de la guerre.

Bonus : vous vous rappeliez de Ricao Marino, ce programme court de M6 lancé en 2006 interprété par Yvan Le Bolloc’h ? Moi, non. Dommage, ça avait l’air cool :

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