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Série d’été : Orange Is The New Black

OrangeIsTheNewBlackAprès House of Cards, Hemlock Grove et Arrested Development, Netflix a mis en ligne en juillet dernier sa toute dernière création originale, Orange Is The New Black. Enfin, « création originale »… Ce terme est légèrement galvaudé puisqu’il faut préciser que, tout comme les séries précitées, il s’agit ici d’une adaptation.

Dans le cas de la série politique, elle adaptait une satire anglaise des années 90. Dans le cas de la série fantastique, il s’agissait d’un roman sorti un an plus tôt. Et concernant Arrested Development, il y avait déjà eu 3 saisons avant ce reboot tardif. Enfin, concernant OITNB (oui, ça va être plus rapide que de l’écrire en toutes lettres), là aussi, la matière d’origine a vécu. Il s’agit à la base de mémoires écrites par Piper Kerman en 2011. Et donc, en série, ces mémoires viennent d’être été adaptées par Jenji Kohan, créatrice de Weeds.

Une baffette

Mais, et la série ? Oui, j’y viens. Je tenais juste à évacuer les éventuels acharnés qui, à chaque critique légèrement négative de leur œuvre télé favorite (je ne pointe pas du tout Game of Thrones du doigt…), vous assènent d’un : « MAIS C’EST NORMAL, C’EST DANS LE BOUQUIN ! » Oui, mais… continuerai-je toujours de leur répondre, ici, on parle d’une série. Encore que, dans le cas très précis de OITNB, il n’y aura pas beaucoup de mais. Et il n’y aura pas beaucoup de critiques non plus.

OITNB est ce que l’on peut appeler une petite claque. Une claquette oserai-je dire (la claque, je la réserve à Rectify). La raison principale de cette mini-gifle, donc ? Probablement parce que c’est le meilleur ensemble show américain qu’il m’ait été donné de voir ces derniers mois. Ensemble show ? Cette expression désigne les séries qui abordent toute une galerie de personnage, leur offrant une épaisseur psychologique et dramaturgique plus ou moins équilibrée. C’est l’opposé de Rectify ou de Breaking Bad par exemple qui concentrent leurs récits sur un ou deux personnages (même s’il serait hasardeux de cloisonner ces séries à cette stricte définition).

De multiples visages

L’histoire d’OITNB est assez simple à piger : Piper Chapman est une charmante blonde bien apprêtée. On l’imaginerait bien, lors d’une belle journée d’été, organiser un barbecue géant pour tout le voisinage d’un quartier chic réputé pour ses trottoirs impeccables. Mais Piper a un passif de jeune adulescente qui aimait se mettre en danger – et en le côtoyant, elle a du finir par s’accommoder, quelques années plus tard, de la case prison pour 15 mois fermes. On suit donc la découverte, en même temps qu’elle, de ce monde carcéral peu accueillant qui va finir par la changer.

La force principale de la série, c’est sa galerie de personnages qui servent tour à tour d’antagonistes, d’adjuvants et autres relais narratifs que les scénaristes auront eu plaisir d’imaginer. Il y a Nicky l’anarchiste lesbienne, Crazy Eyes la tarée, Sophia le transgenre, Tiffany la religieuse, Red la patronne de la cuisine… Tous ces personnages s’organisent en caste : les blancs, les noirs, les latinos et le reste. Très vite, Piper Chapman doit réaliser que la vie en prison cristallise les inégalités et le communautarisme de la vie en société. De ce fait, l’auteur, qui a profité du livre original pour raconter ce qu’elle a elle-même vécu, nous renvoie l’image qu’on se fait de la prison et l’image qu’on a de son rôle sociétal. Mais, avant tout, sans aucun misérabilisme, faisant voler notamment en éclat grâce à pas mal de dérision le regard du blanc bien éduqué sur ce milieu qu’il connait mal.

Et un arrière goût…

Le travail de Jenji Kohan m’a particulièrement étonné car, même si OITNB en partage certains thèmes (le dépassement de ses limites, le féminisme et ses outrances égalant celles des hommes alpha…), cette série révèle tout ce qu’aurait pu être Weeds sur le long terme – drôle et émouvante – si elle n’avait pas concentré tout l’intérêt de sa dramaturgie sur son seul personnage principal, Nancy Botwin, une femme dealeuse issue d’un quartier pas si éloigné de celui de Piper. Le fait est que presque tous les personnages (on ne peut éviter les loupés) auront déclenché en moi, à tour de rôle, la sympathie, l’antipathie et l’empathie… dans des ordres différents.

Pour autant, je ne me suis pas complètement emballé au visionnage d’OITNB. D’abord, l’inégalité des épisodes qui accusent un sérieux coup de mou au milieu de la saison (la palme revient certainement à celui du poulet dont l’intérêt métaphorique était peut-être une évidence à l’écriture mais pas au visionnage). Mais, surtout, l’impression latente que le propos de la série tourne déjà en rond. Comme si la série, très rapidement, s’interdisait de miser sur la surprise. Et si la dernière scène ne manque pas de punch, elle manque en revanche d’une bonne dose de piment. A la manière de Piper qui, au premier obstacle dans la série (elle doit régler un litige avec Red, la chef cuistot), parvient à se faire une place parmi les prisonnières tout en surprenant le téléspectateur habitué aux stimuli un peu plus nerveux qu’aurait supposé un tel cadre.

Orange Is The New Black est une petite pépite dont j’aime beaucoup certaines facettes. L’alchimie de ses personnages-acteurs (à l’exception de la relation principale de la série que je n’ai pas particulièrement abordé…), la bonne humeur positive qui s’en dégage et la lecture sociologique de cette micro-société sont suffisamment d’atouts pour que vous ne passiez pas à côté. Une saison 2 étant prévue, j’espère qu’elle fera mentir le sentiment que j’ai eu à son égard en fin de saison 1, à savoir celui d’un propos qui ne semble pas propice au renouvellement… et ce malgré le twist final.

Orange Is The New Black (Netflix). Créée par Jenji Kohan, adaptée du roman de Piper Kerman. 13 épisodes mis en ligne simultanément le 11 juillet. Une saison 2 est prévue et son tournage a même déjà débuté.

La série, le livre et la vie

Je vous conseille vivement cette interview de Piper Kerman, en anglais, sur le Huffington Post. Elle explique en substance qu’à différents degrés, le livre et la série s’éloignent de ce qu’elle a véritablement vécu en prison.

Par exemple, le personnage de Tricia, qui joue l’extrémiste religieuse, est une pure création des scénaristes – et donc n’existe pas dans le livre – mais qu’elle ressemble à certaines femmes qu’elle a pu côtoyer. On apprend également que les noms des personnages du livre sont différents de la réalité, et les noms des personnages de la série sont différents du livre.

Et par ici, 6 différences majeures entre la série et le livre sont mises en évidence.

Catégories : Critique · Série américaine