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Le parcours sinueux d’un vainqueur aux Emmy Awards

Qu’ont X-Files, Twin Peaks et The Wire (… et la liste est encore longue) en commun ? Les Emmy Awards. Ou plutôt l’absence de reconnaissance de l’Académie des arts et des sciences de la télévision. Aucune d’entre elles n’a remporté la fameuse statuette de la meilleure série dramatique.

Cette année, c’est Homeland (cf. photo) qui a raflé la catégorie de la meilleure série dramatique, la meilleure actrice avec Claire Danes et le meilleur acteur avec Damian Lewis. Mad Men, nommée dans 17 catégories, n’en remporte aucun. De son côté, Breaking Bad obtient la statuette du meilleur second rôle avec Aaron Paul et Maggie Smith décroche sa récompense pour sa performance dans Downton Abbey.

Ainsi, depuis 1949, l’Académie remet les bons points à ceux et à celles qui font les beaux jours de la télévision américaine (et même de l’étranger, tant que le programme est diffusé sur une chaîne accessible aux américains). Des récompenses qui font généralement parler d’elles mais pas forcément qu’en bien.

Une grosse machinerie

C’est amusant, quand on parle des Emmy Awards, on entend à la télévision et on lit sur Internet très souvent la phrase suivante : « C’est l’équivalent des Oscars du petit écran. » Encore plus amusant, l’autre récompense bien nommée de la télévision américaine, les Golden Globes, se voit elle aussi souvent qualifiée comme tel par la presse française lorsqu’elle a lieu.

Pourtant, les Emmy Awards, c’est quelque chose de très gros et très complexe. Ceux dont on parle la plupart du temps, et que je vais décrire plus bas, appartiennent à la catégorie jugée comme principale, celle des Primetime Emmy Awards. A ne pas confondre avec les Daytime Emmy Awards (qui récompensent les programmes diffusés en journée) ou encore les International Emmy Awards (qui récompensent les séries non-américaines).

Alors du coup, on se mélange les pinceaux. Et surtout, on ne sait plus qui fait quoi, qui décide des gagnants, et comment le tout parvient à fonctionner en remettant un palmarès plus ou moins crédible, en fonction des années. Zoom sur les engrenages qui font marcher les Emmy Awards… et qui ont porté la série d’espionnage Homeland au sommet.

Un vote de professionnels

Une statuette dans les mains, devant un parterre de mangeurs de petits fours, les gagnants des Emmy Awards sont (ou feignent d’être) bien souvent déstabilisés par leur victoire forcément méritée. Ils remercient du coup leurs proches mais aussi, parfois, leurs pairs, leurs semblables. Pour une raison très simple car ce sont eux, en partie, qui sont responsables de leur succès éphémère. Les Emmy Awards se sont ainsi appuyés sur un principe de base : les professionnels et seulement eux votent.

Mais pas tous, à vrai dire. D’abord, pour pouvoir voter, il faut s’inscrire à l’Académie des Arts et des Sciences, moyennant un petit abonnement de 100 dollars pour les membres inactifs à 175 dollars pour les membres actifs. Ces membres sont ensuite associés à un des 28 groupes qui forment la constellation des votants des Emmy Awards. Ces 28 groupes vont des réalisateurs aux directeurs de casting en passant par les médias interactifs, les créateurs de génériques et même les relation presse.

Un vote américain

Les œuvres qui peuvent être pré-sélectionnées doivent remplir des conditions plutôt strictes. Déjà, elles doivent être diffusées dans des marchés qui peuvent rassembler au moins potentiellement 50% des téléspectateurs américains. Autrement dit, même si elles sont étrangères, seules des fictions diffusées aux États-Unis peuvent-être nommées. C’est par exemple le cas de Downton Abbey cette année, diffusée chez nos amis américains sur la chaîne PBS. Un autre critère concerne les séries étrangères : elles doivent être en outre, « financièrement et artistiquement« , le résultat d’une co-production avec des partenaires américains qui précède le début de la phase de production ainsi qu’un accord de diffusion pour passer à la télévision avant le début de la production.

Les œuvres doivent ensuite être diffusées sur le créneau 1er juin-31 mai de la saison passée. Par exemple, les nouvelles séries diffusées cet été aux États-Unis ne pourront être prises en compte que pour l’année prochaine. Les gens qui travaillent sur leurs séries peuvent également s’auto-nominer. Et inscrire une œuvre à la liste des potentiels nominables est payant – plusieurs centaines de dollars, ce qui ne constitue pas particulièrement un frein dans cette industrie.

D’autres conditions d’éligibilité peuvent parfois poser questions. Parmi elles, il y a par exemple celle-ci, qui empêche un programme de passer de la catégorie comédie à la catégorie drama d’une année sur l’autre. Logique même si l’évolution d’une série permet justement, parfois, de mêler les deux. Louie ou United States of Tara sont, par exemple, deux programmes qui pourraient être autant présents dans les catégories comédies et dramas. Une série doit en outre disposer de six épisodes pour être éligible dans la catégorie série. Si la série est annulée avant la diffusion de son sixième épisode, elle est disqualifiée d’office.

La procédure de vote

Les votants reçoivent la liste des pré-sélections (celle-ci se constitue des inscriptions payantes mais ouvertes à tous) en fonction de leur groupe. Les réalisateurs votent pour les réalisateurs, les cascadeurs votent pour les cascadeurs, etc. Tous les votants reçoivent en outre la liste des catégories générales comme la catégorie « Meilleure comédie » ou « Meilleur drama ». De ces votes préliminaires, envoyés au mois de juin par ses 16 000 membres, l’Académie pond la liste des nominés.

Une fois la liste des nominés annoncée, les sélectionnés envoient ce qu’ils considèrent être leur meilleur travail. Dans le cas d’un acteur, il envoie un épisode. C’est sur la base de cette performance, et non la performance globale sur toute une saison, que les votants donneront leur vote. Dans les catégories « meilleures comédies » ou « meilleures dramas », les producteurs envoient six épisodes, qui sont divisés en trois paires distribuées aléatoirement à trois groupes de votants (chacun étant constitués d’environ 300 membres).

Ces membres, nommés juges, sont sélectionnés sur la base du volontariat, tant qu’ils sont inscrits à l’Académie. Une fois leur demande enregistrée, elle est soumise à un contrôle de conflit d’intérêt. Un producteur de la chaîne HBO ne sera pas autorisé, par exemple, à voter dans une catégorie où une série HBO est sélectionnée.

Une fois les juges sélectionnés et répartis dans toutes les catégories, ils reçoivent par la poste les DVD des séries (ou les épisodes sélectionnés par les acteurs, s’il s’agit d’acteurs) pour les visionner. Ils mettent les nominés par ordre de préférence et envoient leur vote au cabinet Ernst & Young qui s’occupe du dépouillement.

De la même manière qu’un panel Médiamétrie, les juges sont soumis à la confidentialité et ne peuvent révéler qu’ils ont pris part au vote. Pour éviter de malencontreuses répétitions, les membres ne peuvent être juges d’une même catégorie plus de deux années consécutives.

En bref, rien ne certifie que les gens regardent tout et votent en connaissance de cause. Ils font effectivement le serment par écrit d’être rigoureux dans cette tâche mais il n’y a évidemment aucun contrôle pour s’en assurer. D’autant qu’ils sont lourdement soumis aux différentes publicités qui sont diffusées courant juin (pour les nominations) et courant juillet-août (pour les votes finaux). Publicités publiées notamment dans les revues spécialisées et faisant office de lobby de la part des chaînes.

Manuel Raynaud.

 

L’échec Ellen Burstyn

En 2006, l’actrice Ellen Burstyn est nominée dans la catégorie « Meilleur second rôle féminin dans une minisérie ou un film » pour son rôle dans Mrs. Harris. Son rôle… ou plutôt son apparition, 14 secondes exactement. Cette déconfiture avait alors largement entaché la crédibilité des Emmy Awards, chacun se demandant si les votants n’étaient pas de simples pantins en proie au marketing et aux noms connus, remettant leurs bons points sans jamais vraiment regarder les séries… Depuis, les Emmy Awards ont ajouté une règle supplémentaire : les second rôle doivent apparaître dans au moins 5% de l’œuvre totale pour être éligibles. Est-ce que la suspicion s’est envolée pour autant ?

Sources : Emmys.tv (pdf), howstuffworks.com, Deadline, geek4tv.com

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