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Elle s’occupe de Studio 4.0

Studio40

Il y a un an et demi, France Télévisions lançait une plateforme dédiée aux webséries nommée Studio 4.0. Sa première acquisition, qu’elle co-produit désormais, était symbolique puisqu’il s’agissait du Visiteur du Futur (mais j’en ai déjà parlé assez, je crois).

Depuis un mois, France 4 diffuse désormais à 20h15 une sélection des programmes disponibles sur Studio 4.0. Si cette montée en puissance s’inscrit dans une véritable stratégie de reconquérir un public jeune qui déserte le petit écran, quelques inquiétudes planent tout de même sur une telle initiative. L’actualité qui a frappé récemment BBC Three, le France 4 anglais qui a pourtant inspiré le renouveau récent de France 4, est encore dans les mémoires.

Ségolène Zaug, responsable éditoriale de Studio 4.0, a répondu à ces quelques questions. Elle en profite pour annoncer qu’après Radio-Canada, la plateforme de France Télévisions vient de nouer un partenariat avec la RTBF, la télévision publique belge.

Dimension Séries : Studio 4.0, c’est quoi exactement ? Et vous travaillez comment ?

Ségolène Zaug : Studio 4.0 est une plateforme web qui a été lancée il y a un an et demi, le 13 octobre 2012. C’est une plateforme qui dépend principalement de la direction des nouvelles écritures de France Télévisions. Cette direction, qui a été créée par Boris Razon il y a 3 ans, est constituée d’une douzaine de personnes. Et au sein de cette douzaine, il y a 7 conseillers éditoriaux qui suivront chacun tous les projets en développement ou en production et parmi lesquels il y a des webséries. Aux nouvelles écritures, on fait aussi des webdocumentaires et divers projets mais les webséries sont traitées comme toutes les autres productions web mais leur exception, c’est qu’elles sont diffusées à un même endroit, sur cette plateforme, qui est techniquement gérée par moi pour assurer la mise en ligne.

Donc les conseilleurs éditoriaux, ce sont ceux qui accompagnent les projets ?

Exactement. Comme nous diffusons des webséries, en plus d’être diffuseurs, on est surtout co-producteurs. Des auteurs et des producteurs nous envoient des projets de webséries très régulièrement et on les étudie lors de comités éditoriaux qu’on tient chaque semaine parce qu’on reçoit pas mal de projets. Quand un projet nous plait, on part déjà en développement [étape d’accompagnement de l’écriture]. Puis si le développement est convaincant, on part ensuite en production. Du coup, chaque série est suivie par un conseiller éditorial qui s’investit dans l’écriture et la genèse du projet. On porte les projets du début jusqu’à la fin en mettant au service de chacun une personne qui est dédiée pour la communication, les partenariats.

Combien de projets vous recevez ?

Pour chaque appel à projet, on reçoit environ 80 dossiers de webséries. On en a déjà lancé 3. Et en plus de ces appels à projets, chaque semaine, des auteurs et des producteurs nous envoient des projets de webséries. Au total, je dirais 150 en plus de ces appels à projets.

Ça correspond à quelle audience sur Internet ?

Je pourrais vous donner les visites sur le site mais il faut plutôt prendre Studio 4.0 comme une marque. On est à peu près à 35 millions de vues depuis notre lancement sur toutes nos vidéos confondues et ces vues-là sont réparties entre plusieurs plateformes, Allociné, Dailymotion et Youtube. Certaines sont visionnées directement sur le site mais pas uniquement.

La série qui remporte le plus de succès, c’est Le Visiteur du Futur, qui est à la base une acquisition mais n’est pas une véritable production originale.  Est-ce que c’est la perle de Studio 4.0 ou elle reste encore à venir ?

Les deux premières saisons ont été auto-produites mais les saisons 3 et 4 ont été co-produites par les nouvelles écritures donc ce n’est pas vraiment une acquisition parce qu’à partir de la saison 3, on s’est vraiment investit dedans. Est-ce que c’est une perle ? Évidemment. C’est la première série qu’on a lancé, c’est vraiment un moteur qui porte tout le studio vers le haut parce que c’est vrai qu’elle agrège pas mal de vues grâce à cette communauté qui est extrêmement forte et qu’on soutient beaucoup. Après, est-ce que c’est notre perle ? Vu qu’on traite beaucoup de genres et de thèmes très différents, on peut dire que dans ce genre comédie-fantastique, évidemment, ça l’est. Mais on travaille également sur d’autres genres comme l’animation ou les comédies sentimentales donc on ne peut pas réduire Studio 4.0 au Visiteur du Futur.

Vous avez des objectifs d’audience… ou plutôt de vues comme on dit sur le web ?

Évidemment, quand on en fait, c’est encore mieux parce qu’on est très heureux de voir que les séries qu’on co-produit sont vues par le plus grand nombre de gens mais on a aucun objectif d’audience quand on lance un projet. Si on lance une série, c’est parce que le projet nous a vraiment beaucoup plu d’un point de vue éditorial lors de l’étude en comité. Ça nous fait plaisir quand ça marche et c’est vrai que le Visiteur est celle qui fait le plus de vues mais on peut aussi avoir de très belles surprises comme Les Textapes d’Alice qui sont à peu près à 300 000 vues pour tous les épisodes, on a les épisodes de Camweb aussi qui marchent très bien pour cette nouvelle saison. L’épisode 7, « Jalousie », a atteint 700 000 vues uniquement sur Dailymotion.

Comment définiriez-vous la ligne éditoriale de Studio 4.0 ?

La ligne éditoriale de Studio 4.0, comme son nom l’indique, est rattachée à l’univers numérique de France 4. On s’adresse d’abord à des jeunes publics qu’on peut estimer entre 15 et 35 ans mais ça peut être un peu plus élargi aussi bien en haut qu’en bas. Ensuite, un des principes des nouvelles écritures, c’est de ne se fermer aucune porte. Du coup, on travaille sur des genres très différents donc forcément, une série d’animation comme Les Supercheries Financières est assez éloignée d’une série comme Le Visiteur du Futur ou comme d’autres comédies qu’on a pu faire comme VRP. J’ai envie de dire que notre ligne éditoriale, c’est si une série remporte l’adhésion de la grande majorité du comité éditorial. On fonctionne vraiment en coup de cœur. Et puis aussi, quand on lance un appel à projets, on les aiguille parce qu’on a envie de prêter des sujets qui sont dans l’air du temps, qui peuvent parler au plus grand nombre parce qu’on a quand même une visée grand public. L’appel à projets qu’on a lancé au mois d’avril qui s’achèvera fin juin, Métro-Robot-Dodo, c’est une thématique qui nous semble dans l’air du temps et très intéressante.

Il y a un an, vous avez conclu un accord avec Radio-Canada et sa plateforme web, Tou.tv, qui produit également des webséries. Vous faites de manière général beaucoup d’acquisitions étrangères. Est-ce que ce contact avec ces productions non-françaises fait également évoluer votre ligne éditoriale ?

En proportion, les co-productions originales et les acquisitions sont quasiment également réparties sur les webséries. L’acquisition est une part indéniable. Et ces acquisitions permettent de varier notre offre car on s’est rendu compte, en France notamment, qu’on recevait beaucoup de projets humoristiques, de comédies, et pas forcément de comédies dramatiques ou de drames à proprement parler. Ces acquisitions permettent d’enrichir notre offre et de proposer aussi des séries plus dramatiques. Je pense par exemple à The Great Dying sur des zombies, Desenterrados, une série espagnole ou alors Out With Dad sur une jeune lesbienne [NDR : je vous la conseille vivement].

Sur ces acquisitions, vous devez sortir le porte-feuilles ?

Bien sûr, on achète des droits de diffusion donc, évidemment, il y a échange numéraire. Ça dépend de chaque contrat mais ce sont des informations confidentielles. On a un budget annuel pour toutes ces acquisitions mais le prix dépend de chaque séries et des partenaires en question. A l’exception de notre partenaire Radio-Canada où, là, on s’échange des séries afin de promouvoir nos séries pour avoir de nouvelles fenêtres de visibilité. Mais tout ça, c’est fait en accord avec les producteurs. Par exemple, avec Tou.tv, on a diffusé différentes séries comme Les Invités, Neuroblast qui est une série d’animation et eux, en échange, ils ont pu diffuser Les Indégivrables, Les Supercheries Littéraires également, Les Opérateurs. A chaque fois, on échange une série contre une autre avec l’accord du producteur concerné.

Depuis le mois d’avril, France 4 diffuse tous les soirs aux alentours de 20h15 une nouvelle case dédiée aux productions montrées sur Studio 4.0.  Qu’est-ce qu’on peut voir en ce moment et est-ce que tout est susceptible d’arriver à l’antenne ?

Cette case à l’antenne en quotidienne pendant 26 minutes, c’est un peu une vitrine de la plateforme web. C’est vrai que pas mal de webséries y passent mais c’est pas du tout donné quand on diffuse une websérie, ce n’est pas garanti qu’elle passe sur France 4 ensuite. Pour l’instant, on diffuse différentes webséries dans des cycles thématiques. Les trois premières semaines, c’était une thématique des femmes modernes qu’on traite pas mal avec Out With Dad qui est notre série moteur, notre première acquisition, et qu’on a associé à des séries comme Camweb ou Les Textapes d’Alice qui traitent de problématiques similaires. Ensuite, on est passé sur l’emploi avec des co-productions comme Les Opérateurs, VRP ou Pause-Emploi. Et là, depuis mardi 20 mai, le fil rouge de toutes les émissions jusqu’à la grille d’été sera Le Visiteur du Futur. Elle est associée à d’autres séries comme X-Odus ou Les Roux.

Cette case, c’est un moyen pour France Télévisions de tester Studio 4.0, pour le meilleur et pour le pire ?

(rires) Non, pas du tout, ce n’est pas un test. Studio 4.0, de toute façon, c’est d’abord une plateforme web et qui a pour première vocation d’être sur le web. Cette case à l’antenne permet d’offrir une visibilité à cette plateforme web et, surtout, de pouvoir présenter des programmes qui ont une visibilité très limitée à des personnes qui ne vont pas forcément consulter ce genre de contenus. Cette case sera à l’antenne toute l’année et il n’y a pas de raisons qu’elle s’en aille.

Elle va perdurer ?

Je ne lis pas dans l’avenir, je ne peux pas vous dire ce qu’elle sera en 2018 par exemple. Mais en tout cas, elle va perdurer toute l’année. On a de la visibilité pendant de nombreux mois. Vous savez, il y a la quotidienne et la case du vendredi soir à 0h15 qui est le best-of de la semaine. Elle va perdurer soit à cette heure-là, soit un peu plus tard mais en tout cas, elle va perdurer.

Au mois de mars, on a appris l’intention de la BBC de supprimer BBC Three, le France 4 anglais, pour en faire une chaîne sur Internet uniquement. Question un peu provocation : est-ce que Studio 4.0, c’est l’avenir de France 4 ?

Ça ne peut pas être uniquement l’avenir de France 4 parce que Studio 4.0 ne concerne que la fiction et France 4 est quand même une chaîne généraliste qui s’adresse aux jeunes et qui traite beaucoup de genres, des documentaires, des magazines. Donc on ne peut pas dire que tout France 4 repose sur Studio 4.0 loin de là.

Qu’est-ce qui nous attend côté nouveautés ?

On a vraiment apprécié l’échange qu’on a eu avec Tou.tv de Radio-Canada. Et on a décidé de faire la même chose avec nos homologues dans d’autres pays francophones. On a signé un accord avec la RTBF, la chaîne publique belge. La semaine prochaine, on va diffuser leur websérie qui avait remporté un fort succès qui s’appelle Le Centre. Vous pouvez déjà consulter la bande-annonce sur Studio 4.0 et, dès la semaine prochaine, les 15 épisodes seront disponibles. Ensuite, ces prochains mois, il y aura trois autres séries d’animations adultes qui vont arriver entre début juin et le mois de septembre. Et par ailleurs, on poursuit notre politique d’acquisition. Depuis quelques mois, on est environ à 2 mises en ligne par mois.

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