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Ainsi Soient-Ils, le commencement après la fin ?

ASI-S3

Quand une série devient grande, on ne veut pas lui dire adieu. Cet étrange sentiment du commencement qui rencontre la fin n’a cessé d’accompagner mon visionnage de la saison finale d’Ainsi Soient-Ils. La dernière marche avant le ciel.

On aurait aimé que son chemin eut été moins tortueux. Des ses premiers pas, hésitants, imparfaits. Elle chancelait. Parfois, même, elle tombait. Des approximations d’interprétation. Des textes solennels qu’il faut apprivoiser. Et puis, surtout, cette histoire peut-être étrange au regard de notre société… et du public. Comment croire au-delà du visible ? Pourquoi le raconter ? Un pari délicat. Obscène diront certains, audacieux selon d’autres.

Pourtant, c’est l’enjeu premier de la fiction. Que perdurent dans nos esprits les personnages et leurs interrogations, leurs joies, leurs peines, une fois le récit achevé. Quand on se couche et qu’on éteint la lumière, une flamme continue de projeter pourtant sa propre lueur dans les creux de notre conscience. Si c’est réussi.

Avec Ainsi Soient-Ils, cet éclair porte un nom, l’esprit des Capucins, qui impose son évidence dès la saison 2. C’est le père Fromenger qui l’enseigne à ses disciples. Guillaume, José, Yann, Raphaël. Pas de prosélytisme, seulement une présence. L’esprit des Capucins, c’est d’abord un sentiment d’humanité absolue dans un monde qui, sans cesse, semble s’atrophier. Et ces séminaristes, ils y répondent présents.

Durant cette saison finale, qui se déroule quatre ans après les événements de la saison 2, ils se retrouvent confrontés enfin au monde. Face à leurs convictions et leurs choix. Quand Yann doit faire face à un crime odieux dans sa petite paroisse bretonne ; quand José est incommodé par le confort semi-bourgeois d’une communauté qui l’accueille pourtant à bras ouverts ; quand Guillaume doit trouver la force de remplir le vide qu’on lui concède. Raphaël, lui, n’est plus. Enfin, si, un peu. Vous verrez bien.

Chacun convoque ce qu’Étienne Fromenger a su déclencher en eux. Aimer. Écouter. Tendre la main. Être solidaire. Vouloir comprendre. Ne pas juger. Ouvrir les yeux. A vous de retrouver qui correspond à quoi. Former une communauté humaine aimante, soudée et ouverte sur le monde. Voilà la tâche qu’ont implicitement accepté ces séminaristes en inscrivant leurs parcours dans les pas du père Fromenger.

Un autre n’y échappera pas non plus. Monseigneur Poileaux, cet homme de terrain qui avait été propulsé la saison passée à la tête de la conférence des évêques de France. Il a désormais redressé les comptes de l’Eglise de France. « Mais dans quel but ? » lui assène-t-on sèchement dans sa première scène. Peut-être pour rester, lui aussi, au contact du monde. Fromenger n’échappera pas à ce diagnostic. « Nous avons besoin de vous » lui lance-t-il. Il a une idée en tête.

ASI-Poileaux

Ce n’est pas « une » mais « des » idées qui m’occupent depuis que j’ai achevé le visionnage de cette saison finale. Peut-être sera-t-elle minorée, peut-être va-t-elle même être ignorée, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’elle m’a fait grandir. Ce bout d’humanité, constamment chahuté par les exigences de notre monde, a fleuri en moi à mesure de la découverte du travail de Vincent Poymiro, de David Elkaïm, de Rodolphe Tissot et de Bruno Nahon, les quatre créateurs d’Ainsi Soient-Ils.

Si, trois ans auparavant, on m’avait dit que je serai bouleversé par une série ayant pour héros des prêtres, je pense que je n’y aurai pas vraiment cru.

Raté. C’est pour ces moments-là que je fais ce métier.

 

Diffusion de la saison 3 d’Ainsi Soient-Ils sur Arte à partir du jeudi 8 octobre à 20h50.

Catégories : Chronique · Série française