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Homeland, aveu d’échec

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Considérée, par les professionnels lors des Emmy Awards, comme la meilleure série américaine de la saison passée, adoubée par les critiques qui vantaient son introspection d’une Amérique sous surveillance, Homeland était attendue de pied ferme cette saison. Quand une série dégage une telle aura, sa plus grande difficulté est généralement de savoir confirmer. Alors, est-ce qu’elle a su le faire selon moi ? Non. Voilà pourquoi.

Une série grossière

Mais il y a une raison à cela. Je me permets donc de faire un petit aparté. Je relisais la critique de la saison 1 de mon ami pseudonymmé Pol Gornek. Il expliquait en long, en large et en travers les raisons qui le conduisent à considérer Homeland comme une série moyenne (voire médiocre sur certains aspects). le principal probleme selon lui de la série de Showtime est son ambivalence : à la fois, elle prétend à la complexité d’un récit, aussi bien culturellement (la perception de l’islam), sociétalement (une critique du tout sécuritaire) et politiquement (les conséquences de l’ingérence du bloc occidental au Moyen-Orient) mais, en même temps, elle use de ficelles grossières qui ont pour effet de déconstruire ce « château de cartes« . Un point de vue auquel j’adhère entièrement.

J’ajouterai, très superficiellement, que cette schizophrénie du récit ne se traduit pas que dans la tête de Carrie Mathison : elle semble être une constante chez les scénaristes de la série, où, selon moi, le créateur de la série originale, Gideon Raff, incarne les bonnes idées et l´ex-producteur exécutif de 24 Heures Chrono, Howard Gordon, incarne les mauvaises. Car Homeland semble recopier, sans auto-critique, un nombre de twists scénaristiques incroyables en provenance de la série qui a consacré Kiefer Sutherland.

La plus évidente d’entre elles au cours de cette saison 2 a frappé le personnage de Dana. Durant une bonne partie de la saison – et elle en prend, du temps, à chaque épisode -, les auteurs ont eu une idée de fainéant, celle de recopier l’une des pires saison de 24, la saison 2, pourrie jusqu’à la moelle par l’une des pires intrigues de l’histoire de la télévision : Kim et le cougar. Ici, Dana récupère le lourdingue Finn et les bêtises qu’il engendrent comme, par exemple, sortir sa gonzesse dans sa propre voiture pour faire le beau et puis, sans prévenir, rouler sur quelqu’un.

Et puis, un peu naïvement, on croit que cette intrigue aura une quelconque liaison (je me vois presque en train de supplier, dans mon imagination, les scénaristes pour qu´ils trouvent une connexion, aussi minime qu’elle puisse être !) avec Brody… Mais même pas, rien n’y fait : il s’agissait bien de combler le vide. Dans une interview, les scénaristes ont expliqué de leur côté que l’intrigue aurait dû avoir une influence mais ils ont laissé tomber l’idée en cours de route.

L’ombre de 24, encore et toujours

Si la comparaison à 24 s’arrêtait aux intrigues secondaires, ce serait à la limite passable. Le problème, c’est que ces mauvaises habitudes se sont étalées sur l’ensemble des intrigues de la série. La saison 2 a proposé ainsi en cascade tout un tas d’intrigues superflues ou laissées pour mortes, de la perte de mémoire de Carrie qui clôturait la saison 1 et qui n’a finalement aucune conséquence en passant par le texto de Brody en pleine opération (j’aimerais bien avoir son forfait, il a une super réception… rappelez-vous du portable dans le bunker en fin de saison 1 !), l’utilisation de Skype pour contacter un agent des services de renseignement, des approximations fréquentes sur l’Islam, Al Qaeda a donc une taupe au sein de l’administration américaine mais le met en danger en l’utilisant comme un coursier (eh oui, la petite balade en forêt de Brody…), l’incompétence des agents surentraînés du FBI lors de la recherche d’Abu Nazir qui sont ridiculisés par le coup de génie de Carrie théoriquement pourtant épuisée par la fatigue, la disparition du jour au lendemain de la pratique de l’Islam à partir du moment où Brody le révèle à sa femme… Chaque épisode apportait son lot d’incongruités rendant l’atmosphère de la série plus grotesque que majestueuse.

Autant, je pouvais comprendre qu’une série comme 24, dont le principe structurel forçait de facto les scénaristes à passer par la case « bouchage de trou et invraisemblances« , autant je ne peux me résoudre à excuser Homeland dont l’ambition semblait dépasser le divertissement basique.

De véritables qualités systématiquement malmenées

La série dispose pourtant de certaines bases nécessaires pour la rendre plutôt correcte. Quand les réalisateurs ne les invitent pas à participer à un festival de singeries (très bien mis en valeur par la parodie du SNL), les acteurs peuvent donner lieu à des scènes d’une troublante authenticité. La saison 2 n’y a pas échappé avec l’interrogatoire entre Carrie et Brody dans l’épisode 5. Malgré l’absence d’un véritable terreau justifiant le retournement de Brody, la confrontation est saisissante et vaut environ dix fois l’ensemble de la performance des deux acteurs principaux de la saison 1 (bonne chance pour parvenir à justifier un éventuel changement de statuette aux Emmy l’année prochaine…).

L’entrée en matière de la saison 2 est également époustouflante d’action et pourtant, là encore, elle souffre d’un véritable problème : les prétextes exploités par les scénaristes pour mener nos personnages principaux à retrouver le chemin de la CIA sont artificiels (rétrospectivement, c’est même encore plus le cas pour Carrie vis-à-vis de l’histoire de l’amnésie qui a finalement fait un flop…), du niveau de ce qu’à pu inventer 24 quand elle devait faire revenir Jack Bauer chaque saison.

Dans le cas d’une série fantastique ou de science-fiction, c’est moins gênant pour la plausabilité d’un univers de développer des intrigues uniquement pour surprendre le téléspectateur car il est plus facile de leur trouver, ensuite, des causes. Dans le cas d’une série qui a choisi un style réaliste, c’est beaucoup plus risqué. Et si Homeland parvient toujours à me surprendre, jamais elle n’a réussi encore à me convenir lorsque venait le temps de l’explication, des causes… bref, lorsque Homeland cherchait à se donner du sens. Aujourd’hui, quand Homeland véhicule du sens au travers de ses intrigues, c’est la plupart du temps à ses dépens.

La saison 1 de Homeland avait pour elle la surprise ainsi que trois éléments réussis : D’abord, Saul, que je n’ai pas évoqué mais qui reste mon personnage préféré. Ensuite la relation Carrie-Brody, certes cliché, mais qui tenait la baraque. Et enfin l’intrigue du terroriste infiltré. La saison 2 n’a plus que Saul, unique personnage auquel il est encore possible que je m’attache. Et encore, on ne sait pas où les scénaristes veulent vraiment en venir avec les éléments lâchés à la fin de la saison 2 à son égard. On assiste à la déconstruction lente d’une promesse flamboyante : l’ultime série paranoïaque sécuritaire dans une époque post-11 septembre, ça n’est certainement plus Homeland.

Catégories : Critique · Drama · Série américaine