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Il imagine les aventures du Visiteur du Futur depuis trois ans

Présente ce week-end au Japan Expo et à la Comic Con au Parc des Expositions de Villepinte (nord de Paris), la websérie Le Visiteur du Futur est devenue en l’espace de quelques années l’œuvre de fiction audiovisuelle amateur la plus aboutie sur Internet.  Au point que la société Ankama, partenaire de la chaîne Nolife, produit désormais le projet et permet également, entre autres, son édition en DVD.

Mais Le Visiteur du Futur, c’est surtout l’aboutissement inconscient d’une frustration née de l’impuissance des chaînes françaises à produire de la comédie moderne non-familiale. Pourrait-il exister dans notre pays une chaîne validant la diffusion d’une série dont le principe est le suivant : un homme au look de clochard apparait comme par magie dans la vie de Raph, un badaud parisien moyen. Il prétend venir du futur et souhaite empêcher Raph de boire une canette ou de manger une pizza, sous peine de mettre en péril l’humanité et la planète Terre. Le tout étant sournoisement aspergé de blagues burlesques ou référencées. Ci-dessous, la bande-annonce de la saison 3 :

http://www.dailymotion.com/video/xrcvbq

Évidemment, aucune chaîne française n’aurait parié sur un tel risque. Et pourtant, face au succès, son créateur François Descraques (je vous conseille son blog, frenchnerd.com) est désormais de plus en plus choyé par la profession. Rencontré ce vendredi à la Comic Con, il revient pour nous sur cette aventure un peu extraordinaire.

Peux-tu nous présenter la série ?

François Descraques : Le Visiteur du Futur, c’est une série qui a commencé sur Internet sans moyens, qui maintenant est produite par Ankama pour une troisième saison avec les DVD qui sont distribués et maintenant aussi une BD.

Une BD aussi ?

Oui, elle se passe entre la saison 1 et la saison 2. Y a une sorte d’ellipse et elle se concentre sur Henri et le Visiteur du Futur.

En quoi la série se démarque des autres, aussi bien sur le web que de la télé ?

En tant que websérie, elle se démarque parce qu’on essaye de la faire de la façon la plus professionnelle possible et d’avoir un modèle économique un peu expérimental, basé notamment sur la vente de produits. Et ça se démarque des séries télé françaises parce que grâce à la liberté d’Internet, on peut faire des séries avec des thèmes qui ne sont pas forcément produits comme la science-fiction ou les voyages dans le temps, et on peut aussi y mettre des gens qui ne sont pas forcément des gens de télé, comme des jeunes comédiens qui sont des amis…

Le ton est aussi particulier et la différencie du reste…

Oui, et cela vient de mes références. Edgar Wright, c’est ça. Astier, Kaamelott, c’est ça.

Mais c’est plus absurde qu’Astier aussi…

C’est un peu plus parodique. Parfois, on se moque du genre qu’on traite, on se moque vraiment de la science-fiction, et y a un humour plus burlesque, plus visuel.

La série est un véritable succès. T’es un peu une star du web. C’est difficile à vivre ?

(rires) Justement, quand t’appelles une star du web, tout est là. C’est tellement relatif. “Starrrr”… du web. Et donc ça veut dire qu’à des conventions comme la Comic Con, t’es une star. Et après, dans la vraie vie, t’es pas une star. Et quand tu vas en chaîne, les gens peuvent avoir entendu parler de toi, mais t’es pas vraiment une star pour autant. C’est ça qui est intéressant, moi ça me convient très bien, d’avoir ce côté, on est à la fois connu et en même temps on travaille comme tout le monde.

Pourtant, t’as passé un palier désormais. En Janvier, l’ancien président de la Guilde des Scénaristes, Vincent Solignac, te citait dans une conférence. Cette semaine, ton nom revenait également au festival Série Series de Fontainebleau… Le Visiteur du Futur est en train de devenir une référence au sein même des professionnels.

C’est en train de le devenir, oui. La première année, on arrivait, on montrait les images et les gens nous prenaient pour des fous. Là maintenant, il y a une sorte de notoriété, les gens se passent le mot. Et puis aussi, certains me contactent en me disant “ouais, c’est vachement bien, on aimerait bien travailler avec toi“. Et je fais “ah bon ?” Ils me disent, “ouais, on adore ton univers, c’est génial“. Du coup je leur demande “vous voulez faire un truc de science-fiction et d’humour ?” “Ah non…(rires) Donc c’est une bonne carte de visite, mais les portes ne sont pas encore adaptées à l’univers qu’on essaie de développer. Mais ça commence à avancer tout de même.

En chiffres, autant en terme de visionnage que de budget, comment la série a évolué durant ces années ?

On a eu une explosion au début de la série et depuis, ça évolue tranquillement. C’est ça que je trouve dingue, c’est que même pendant les 9 mois où il n’y a pas eu de nouveaux épisodes, il y avait 2000 personnes sur le site [levisiteurdufutur.com] chaque jour. Donc je ne sais pas ce qu’ils faisaient. Soit ils re-regardaient les épisodes, soit ils découvraient la série, et régulièrement, des gens me le disent. Il y a quand même un flux constant qui regarde. Alors c’est sûr, quand on compare les chiffres de certains comme Le joueur du grenier où comme les podcasteurs, c’est pas pareil quoi, ça nous parait plus bas, mais pour un truc de science-fiction sur le long terme, c’est assez impressionnant.

Justement, c’est intéressant ce dont tu parles. Contrairement à Norman ou Cyprien, vous êtes beaucoup moins regardés et pourtant, quand il s’agit de prendre un exemple qui se différencie du reste de la production mondiale, c’est Le Visiteur du Futur qu’on va brandir…

Peut-être que c’est une question après de “qualité de vues”, je ne sais pas si ça se dit…

T’en penses quoi des Norman ou Cyprien du coup ?

Ils ont tous du talent, ils ont tous des trucs intéressants à dire, c’est juste la forme. En un an, c’est devenu à la fois la mode et le truc dépassé que les gens ne veulent plus refaire. C’est sûr qu’il faut qu’ils trouvent d’autres idées, et chacun essaye de le faire. Je sais que La ferme jerome fait tout pour que ce soit jamais dans un appartement, il essaie d’être dehors, etc. Donc tout le monde cherche sa voie. J’aime bien ce qu’ils font mais c’est vrai que je suis plus dans la création d’univers fictionnel, c’est plutôt ça, mon trip.

Et donc, le budget du Visiteur du Futur, c’est quoi ?

Y a un peu de location, un peu d’achats costume et tout, mais pas énormément. C’est surtout dans le fait que les gens soient payés raisonnablement pour leur travail quoi. C’est surtout ça qui fait le budget. Et encore, y a beaucoup de gens qui travaillent plus que ce qu’ils ne devraient parce que ça reste un projet de passion. Ce n’est pas devenu du jour au lendemain un taf où tu viens pour pointer.

Donc pour résumer, tu ne te fais pas 10 000 euros par mois…

Ah non, pas du tout. Mais ça n’a jamais été le but du Visiteur du Futur. Le but a toujours été de se faire connaitre. Le budget, là, permet de crédibiliser la série, et de se faire encore plus connaître. Donc au final, on s’y retrouve.

Cette saison 3, c’est un peu le grand test vis-à-vis du monde de la télé ?

Oui, et encore, avec Ankama, on reste dans une bulle assez protectrice. Après, effectivement, quand elle sera terminée, ce sera le truc que je montrerai le plus pour dire “voilà ce qu’on peut faire en France, avec pas forcément un budget de fou, avec des gens motivés, et qui ressemble à de la vraie fiction et pas juste à de la pastille d’humour“. C’est sûr que ça, ce serait un peu ma bande demo pour passer après sur des formats plus ambitieux.

Justement, la saison 3 passe en 13 minutes, un format qui est en train d’apparaitre à la télévision française, notamment sur Canal+, avec WorkinGirls et, ce dimanche, Lascars. C’était pensé dans ce but ?

Non, c’est plus dans la continuité de ce qu’on a fait avant. Au début, c’était du 2 minutes, puis du 4 minutes, après du 6 minutes en saison 2 avec un final de 25 minutes. Et au final, on s’est demandé comment faire une moyenne, avec du temps pour l’histoire et en même temps, un format pas trop long qui ne nécessite pas six mois à le terminer. Le 13 minutes correspondait à ça.

Au niveau de l’écriture, ça te prend combien de temps, sachant que tu es seul ?

Le problème, c’est que tout est écrit en parallèle. Je n’écris jamais un épisode seul, j’écris par doublon. J’écris déjà les intrigues des épisodes 1 à 10. Je m’attaque ensuite au séquencier des épisodes 1 et 2. En fonction de cela, ça modifie l’intrigue de 1 à 10. Après, j’écris les dialogues des épisodes 1 et 2, qui modifie encore le séquencier. Et j’avance encore. C’est à la fois écrit de A à Z mais ça évolue également tout le temps.

Tu as des retours avec Ankama ? Ils t’envoient des notes ?

C’est ça qui est cool avec Ankama, ils lisent le scénario, et ils me font des remarques de manière naturelle, par exemple quand on mange le midi. “Ah tiens, j’ai vu ça” ; “Ah tiens, ce mot-là“, etc. A la télévision par contre, t’as des trucs en rouge : “ça on n’aime pas” ; “ça on ne comprend pas” ; “rendez ça plus clair” ; “ce personnage est inutile“. Ça, c’est en télé. Avec Ankama, ce n’est pas comme ça, c’est beaucoup plus cool.

Et t’as des trucs pour que l’inspiration vienne ?

Ce qui me fait écrire, c’est de ne pas écrire. Quand vraiment je bloque, faut que je fasse autre chose, et souvent faut que j’aille marcher. Je vais marcher sur la coulée verte, je me fais deux aller-retour saint mandé-bastille, et c’est là que ça se débloque. En fait, je ne peux pas me mettre dans un écran et me dire que je ne sais pas ce que je vais écrire mais que ça viendra au fur et à mesure. Il faut que j’ai une idée du rythme dans la tête, des axes, et puis faut que j’en parle. Souvent, c’est ma copine qui n’est pas loin et que je fais chier alors qu’elle est en train de bosser et je fais “euh, t’as deux minutes” et là je démarre. Parfois, c’est Florent quand je le vois, ou bien Slim. Mais voilà, j’essaie de sortir de mon bureau et de parler à un être humain.

 

Outre Le Visiteur du Futur et ses collaborations à Ankama, François Descraques travaille également sur une nouvelle websérie pour France Télévisions. Elle est produite par Taronja Prod et Barjac Productions, toutes deux filiales de Telfrance (le producteur Plus Belle La Vie).

 

Propos recueillis par Manuel Raynaud.

 

Le Visiteur du Futur (Internet). Créée par François Descraques. Premier épisode diffusé le 27 avril 2009. La diffusion de la saison 2 s’est achevée mi-septembre 2011. La saison 3 doit arriver cet automne. Le coffret DVD de la saison 1 est déjà en vente dans les 20 euros. Celui de la saison 2 sera en vente fin août (il est vendu en exclusivité au Comic Con ce week-end).

Catégories : Comédie · Interview · Série française

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