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Continuum, un pas conventionnel dans le temps

La communauté des fans de séries se divise en différents groupes (1). Il y a les nouveaux, qui viennent de goûter à la joie de cet univers par l’entremise d’une série très généralement grand public et qui, donc, polluent votre timeline twitter à base de #BBT ou de #HIMYM. Il y a ensuite ceux qui regardent des séries dans l’unique but de décrypter les audiences et de donner raison ou non aux actionnaires des chaînes. Et puis il y a également les prescripteurs, ceux qui cherchent des séries méconnues – généralement pas vraiment américaines – et qui en parlent via leur blog.

Le passé… pavé de bonnes intentions

Ces derniers, où le spectre de goûts diverge souvent un peu plus que la stratégie idéologique du FN et de l’UMP, se sont un peu agités pour une nouvelle série de science-fiction issue du pays de l’élan et de Céline Dion (les deux n’ont, je crois, aucun rapport) : Continuum, diffusée sur la chaîne Showcase. Et cette série prend un gros risque, celui d’utiliser le temps comme le ressort principal de son intrigue. Autant dire, un puits potentiel d’incohérences. Continuum n’y échappe pas, mais pour d’autres raisons.

D’abord, attardons-nous sur l’histoire. 2077, l’humanité ne s’organise plus en pays mais en sociétés. Face à ces gigantesques corporations, qui contrôlent donc police, éducation et consommateurs, des groupes terroristes s’organisent dans le but de remettre la démocratie au pouvoir. Certains d’entre eux, suite à un attentat dont l’image – un immeuble qui s’écroule – rappelerait presque le 11 septembre, se téléportent dans le passé pour empêcher les évènements du futur. Ils sont suivis par Kiera, un agent de la police appelé “Protector”.

La particularité de Continuum, c’est de nous imposer le point de vue de l’enquêtrice qui va se fondre parmi la police de 2012 – c’est d’ailleurs là que les incohérences démarrent – alors qu’elle défend des méga-sociétés qui ne semblent pas avoir fait de la Terre un véritable paradis pour tous. Mais l’autre particularité, et c’est en cela qu’elle est particulièrement troublante, c’est de dépeindre un groupe terroriste d’extrême-gauche prêt à tout, et notamment à tuer, pour parvenir à ses fins.

Reproduire sans innover

Mais cette balance visant l’équilibre sur le papier vacille péniblement au rythme d’épisodes – seuls 3 épisodes ont été diffusés pour l’instant – qui prennent une forme policière connue sans réussir à faire sauter le schéma classique : le gentil traque le méchant, et pis c’est tout. Du coup, bien que Kiera soit entrée dans la peau d’un faux agent du FBI à l’aide d’un complice (qui est, dans le futur, le big boss d’une méga-corporation et, dans le présent, un geek pirate surdoué se nourrissant de pizzas dans la grange de ses parents), elle passe toujours moins pour la dernière des salopes quand, en face, des méchants rouges anticapitalistes n’hésitent pas à faire saigner de pauvres brebis égarées.

La difficulté de Kiera, c’est de cacher donc sa véritable identité – et notamment ses attributs techniques tels que des lentilles visuelles intelligentes ou sa combinaison tactile – alors qu’elle fait équipe avec un détective qui cherche la même chose qu’elle, le groupe terroriste, mais pas tout à fait pour les même raisons. Car Kiera veut retrouver sa réalité et sa famille… à tout prix ?

Visuellement, la réalisation pourrait rappeler, avec moins de subtilité, l’identité des séries britanniques par l’utilisation de flous dans les parties supérieures et inférieures de l’écran. Le casting laisse, lui, franchement à désirer et rappelle le pire de ce que la télévision, américaine cette fois-ci, est capable : à savoir en se préoccupant plus de la belle gueule de l’acteur ou de l’actrice que du reste.

 

Du fait de sa structure policière classique, et malgré quelques séquences flashback qui se déroulent dans le futur que Kiera a quitté, Continuum est une série au potentiel évident mais qui préfère viser la facilité pour ne pas repousser le public qui ne serait pas sensible à la science-fiction. Moralement, la série aura tout intérêt à également s’éclaircir car il est bien difficile de s’identifier à l’un des groupes de personnages. Surtout qu’une pointe humoristique et une certaine légèreté essaime le ton de la série, mais sans la maîtrise qu’elle requiert comme l’a démontré Breaking Bad à ses débuts. On fait donc face à une sorte de première saison de Fringe qui va devoir faire exploser ses principes pour apporter une quelconque nouveauté à ce genre.

Continuum (Showcase). Diffusé depuis le 27 mai 2012. La saison 1 se composera de 10 épisodes. Créée par Simon Barry.

Manuel Raynaud.

 

(1) L’intitulé secret et exclusif des autres groupes sera révélé dans des articles ultérieurs

Catégories : Critique · Drama · Série canadienne

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