La loi de la mine

La loi de la mine

Quel est l’impact des mines sur la nature ? Pendant des décennies, la question ne s’est tout bonnement pas posée. Jusqu’à ce que certains effets collatéraux commencent à se faire sentir : lacs pollués, appauvrissement des sols, disparition de certaines espèces…

Les compagnies minières jurent avoir pris conscience de l’importance de sauvegarder l’environnement dont elles tirent leurs richesses. D’après elles, l’évolution technologique des mines permettrait de limiter les dégâts. Dans le même temps, des quantités de plus en plus impressionnantes de minerai sont extraites du sol. Au risque de mettre à sac les ressources naturelles de la région, d’après les associations écologistes.

Une mine au cœur de la ville

Les 3300 habitants de la ville de Malartic connaissent bien le problème. La ville héberge l’une des plus grandes mines à ciel ouvert du Canada, située… en plein centre-ville ! Autrefois souterraine, la mine a pu se développer à l’air libre grâce au développement des technologies et des infrastructures. Pour s’implanter, elle n’a pas hésité à déplacer une partie de la ville. Les maisons qui la gênaient ont été déménagées dans d’autres quartiers, et celles qui se trouvent encore à proximité endurent poussière, vibrations et explosions quotidiennes. Les habitants regrettent le développement de cette industrie, qui est néanmoins une source d’emploi importante pour la région.

Grâce à la mécanisation, les compagnies minières peuvent désormais exploiter des gisements où la concentration d’or est infime, en creusant toujours plus profond. Pour que ces exploitations soient rentables, il faut une productivité très importante et donc un rythme de traitement intense, qui n’est pas sans conséquences.

« On a évidemment un impact sur l’environnement, en tant qu’industrie lourde, mais nous tentons de tout faire pour la minimiser. Les mines deviennent de plus en plus vertes avec les nouvelles technologies », affirme-t-on chez Agnico Eagle, l’une des principales compagnies minières de la région. Mais même si les mines utilisent les progrès techniques pour limiter leur impact écologique, par exemple en filtrant davantage les eaux utilisées pour le traitement du minerai, les normes québécoises ne sont pas trop regardantes sur les taux de produits et de nitrates rejetés dans la nature.

Les compagnies minières prônent le dialogue et la transparence sur leurs activités, pour conserver des « rapports de bon voisinage » avec les habitants d’Abitibi-Témiscamingue. Elles organisent parfois des consultations, pour rencontrer les citoyens. Mais là aussi, la loi québécoise leur est favorable, et incite même au free mining (minage avec moins de contrôles), facilitant les expropriations sur les parcelles sous lesquelles se trouve le précieux métal.

« Le secteur minier a contribué à bâtir l’identité québécoise, il doit continuer d’être source de fierté. »

Loi sur les mines québécoise

La loi sur les mines

La loi sur les mines québécoise date de 1880, et établit le principe de distinction entre droit de mine et droit de surface : ce n’est pas parce qu’un individu est propriétaire d’une parcelle qu’il est propriétaire des ressources minières au sol, qui peuvent être acquises par des compagnies.

Bien que la loi ait subi de nombreuses réformes, elle favorise encore beaucoup le free mining et la productivité minière au détriment des droits des citoyens habitant à proximité, comme le souligne la coalition « Pour que le Québec ait meilleur mine » dans un rapport de 2009.

Une réforme, en 2013, a légèrement freiné le principe de free mining, mais ces avancées restent légères, la loi étant le fruit d’un douloureux compromis.

La vie après la mine

L’exploitation minière laisse des traces irrémédiables, visibles à l’œil nu. L’exploitation des mines ne dure qu’un temps : une fois tout l’or extrait, le site est abandonné. Avec la mécanisation, la durée de vie des mines est de plus en plus courte, et les sites se multiplient le long de la faille de Cadillac. Il arrive qu’une compagnie minière fasse faillite, et laisse un trou béant dans le paysage, comme c’est le cas aux abords de Val d’Or.

Auparavant, l’Etat québécois lui-même jouait les sauveurs de paysage et masquait les balafres. Depuis 2013, la loi oblige les compagnies minières à proposer un plan de restauration du site avant que l’Etat ne lui concède l’exploitation. La compagnie doit verser une garantie financière dès les premières années d’exploitation, pour garantir une vie au territoire après son passage.

Pourtant, à Val d’Or, la fosse est toujours là. « Ils nous avaient promis un lac avec des plages, et avaient même projeté une simulation avec des voiliers lors de leur présentation. Mais la mine a fermé il y a quelques années. Et depuis, on attend toujours », soupire un habitant, en contemplant un gigantesque amoncellement de pierres qui ne semble pas prêt de bouger.

« Sans cesse le progrès, roue au double engrenage, fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un. » Victor Hugo ne s’y trompait pas : les nouvelles technologies, si elles rendent les mines plus sûres et attirent toujours les jeunes travailleurs, ne sont pas exemptes de tout défaut, loin de là… Au Québec, fini les mines à faible rendement et les travailleurs munis de pioches. Place aux joysticks, aux études de productivité, et à des mines toujours plus profondes, plus grandes et compétitives. Avec les avantages et les risques que cela comporte…

« Ils nous avaient promis un lac avec des plages, et des voiliers. »

Un habitant de Val d’Or contemplant la fosse minière inactive depuis plusieurs années.

« Sans cesse le progrès, roue au double engrenage, fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un. »

Victor Hugo dans Les Contemplations (1856)

Dessins et animations

Victor Delattre

A propos de Mineurs du monde

Le programme Mineurs du Monde a été initié par la Région Nord-Pas de Calais en 2010 pour valoriser l’Histoire de son bassin minier et la mémoire de ses gueules noires, en résonance avec le temps présent des bassins miniers de France, d’Europe et du monde.

Mineurs du Monde, en partenariat avec l’École Supérieure de Journalisme de Lille et Sciences Po Lille, a lancé le dispositif « Bourses Reporters » qui propose chaque année aux étudiants du supérieur des bourses afin de réaliser un reportage multimédia sur un bassin minier du monde. Associé au projet, ARTE Reportage diffuse les travaux de trois groupes d’étudiants réalisés en 2015 : « Ijen, du soufre au selfie », « Pologne : le pays du charbon enterre ses mineurs » et « Mines du Québec, le futur est déjà là ».

© ARTE G.E.I.E 2018