Des machines et des hommes

Chapitre 2

Des machines et des hommes

Chapitre 2

Le monde minier change, mais les entreprises ne peuvent pas encore se passer d’hommes sous terre. Le pourront-elles seulement un jour ? Quand ils évoquent leurs conditions de travail, les mineurs d’Abitibi se plaignent rarement. Au fond de la mine, ils ont pris l’habitude de ne pas s’épancher, de serrer les dents. Les récits des anciens sur la dureté du métier avant la mécanisation poussent les travailleurs à se considérer aujourd’hui comme bien lotis.

Mineur reste pourtant un métier risqué. Sous terre comme à la surface, le corps des hommes est quotidiennement malmené. Mais les salaires, incroyablement élevés, exigent des travailleurs qu’ils dépassent leurs douleurs…

Les mines ne peuvent pas encore se passer d’hommes sous terre.

Luc, Daniel, Patrick, Régent et Julie travaillent sous la surface de la terre. Un monde secret et mystérieux aux yeux des non-initiés. Leur profession, ils ont appris à l’apprivoiser : il a fallu s’adapter à cette vie souterraine, à la fois éprouvante et attirante.

Un corps mis à rude épreuve

Chaleur, humidité, poussière, bruit : même si la technologie facilite un peu leurs conditions de travail, le corps des mineurs reste très marqué par leur activité. Passez votre souris sur l’image ci-dessous pour en savoir plus.

« Avec la mécanisation, c’est sûr que c’est moins dur de travailler, physiquement, dans une mine. » André Racicot est salarié dans la mine de Westwood depuis trente-cinq ans. Responsable régional du syndicat des métallos, il a vu le métier évoluer rapidement. Très critique sur les conditions de travail sous et sur terre, il admet néanmoins que les progrès techniques sont souvent un bien pour la santé des travailleurs.

Malgré tout, le métier de mineur est encore pénible : « Les conditions restent très dures et la mécanisation n’a pas que du bon : il y a davantage de machines diesel, ce qui pollue et attaque les poumons, dans un environnement très confiné. »

“Dans les mines, les conditions restent très dures”, soutient André Racicot
La ventilation, "le principal défi"

Les mines tentent d’améliorer leur système de ventilation, pour réduire la température sous terre et évacuer les poussières. « C’est le défi principal des mines, aujourd’hui », assure sans hésiter Christian Quirion, de la mine La Ronde.

« Sans ventilation il ferait 30 à 35°C en permanence. Avec la ventilation, on est autour de 20°C à certains postes de travail. » En aparté, dans d’autres mines, certains racontent pourtant les évanouissements dus à la chaleur, et la déshydratation qui guette. Aller de plus en plus profond sous la terre : c’est le vœu des compagnies minières. Possible grâce aux avancées des machines, mais à quel prix pour les hommes ?

Rémunérés à hauteur des risques

Mineur : un métier à risque, mais très prisé de la population d’Abitibi-Témiscamingue. Qu’est-ce qui fait creuser les travailleurs souterrains ? « L’argent », répondent-ils en chœur. Après quelques années d’expérience, un mineur de fond empoche un salaire mensuel compris entre 7000 et 8000 dollars canadiens, soit près de 5000 euros. Une rémunération impressionnante, due aux primes de rendement.

 

"Des horaires mis en place pour que la mine ne s’arrête jamais"

Pour permettre un rendement optimal, les mines d’Abitibi fonctionnent en continu. Les mineurs alternent donc travail de jour et travail de nuit une semaine sur deux, à raison de dix heures de travail par jour. Mais comme leur travail est physique, les mines ont mis en place un système d’embauche par rotation. Le plus courant est le « 5-4-4-5 » : après avoir travaillé cinq jours consécutifs, les mineurs ont quatre jours de repos ; puis ils travaillent un cycle de quatre jours et font une pause de cinq jours. Un système qui plait à beaucoup de mineurs, qui profitent ainsi de longues plages de repos.

La syndicalisation : un tabou dans les mines québécoises

La solidarité a longtemps été de mise entre les travailleurs des mines, soumis à des conditions extrêmes. Pourtant, malgré les nombreux risques inhérents à la profession, peu de mines sont encore syndicalisées. Un constat qui agace André Racicot, du syndicat des Métallos : « Aujourd’hui, je pense que les mineurs sont plus individualistes. Ils ne comprennent pas que la solidarité entre mineurs a une grande importance », regrette-t-il.

Selon lui, certaines compagnies refusent toute syndicalisation : « Il y a une sélection à l’entrée des mines non syndiquées, ils regardent le caractère des mineurs, s’ils sont réfractaires, s’ils se revendiquent, etc. Si l’employé est docile, ils l’engagent. » Et il va même plus loin, rejoignant sur ce point d’autres syndicalistes des mines de la région : « Il y a des mines qui payent un peu plus leurs employés pour qu’en contrepartie, ils renoncent à se syndiquer. »

Des pratiques que récusent en bloc les responsables des mines non syndiquées, justifiant l’absence de syndicat… par le seul désintérêt de leurs travailleurs !

« Il y a des mines qui payent un peu plus leurs employés pour qu’ils renoncent à se syndiquer. »

André Racicot, du syndicat des Métallos