A l’école des mineurs

A l’école des mineurs

Apprendre sur le tas, en regardant faire les anciens de la mine. Sa seule bonne volonté en guise de diplôme, mimer les gestes, glaner les conseils… Un savoir qui se transmet d’homme à homme, sur plusieurs générations de mineurs : au Québec, c’était encore la norme il y a quelques années. Désormais, les postulants aux métiers de la mine le savent bien : s’ils veulent être embauchés sous terre, il leur faut pouvoir justifier d’une formation en extraction de minerai.

Retourner en classe, c’est le choix qu’ont fait Reavan, Michaël et Nicolas, en s’inscrivant au centre de formation professionnelle de Val d’Or. Dans les couloirs, on croise aussi de jeunes enfants : des portes ouvertes sont régulièrement organisées pour les écoles, afin de découvrir les métiers de la mine.

Une formation incontournable

Des maths, mais aussi des cours de gestion du stress et des travaux pratiques : l’enseignement minier s’est adapté aux exigences nouvelles des compagnies. Elles attendent désormais des mineurs prêts à l’emploi.

« Une demande de l’industrie, de plus en plus pressante depuis les années 1990 », résume Christiane Rivest, conseillère pédagogique au centre de formation de Val d’Or. Le mantra de la formation : santé et sécurité avant tout. Il faut prévenir les accidents, quitte à faire du matraquage. « Chacun est responsable de ce qui peut lui arriver sur le terrain » : le message est appris par cœur par les nouveaux mineurs.

Sélectionnés sur dossier, trois cents d’entre eux sont formés chaque année au centre de formation professionnelle de Val d’Or. La plupart seront embauchés avant la fin de leur apprentissage. « Les mines de la région ont un grand besoin de main-d’œuvre », explique Christiane Rivest.

C’est en classe, mais aussi sur le terrain, que les apprentis mineurs vont apprendre le métier.

En conditions réelles

En plus de la théorie, de nombreuses simulations habituent les étudiants à leur futur milieu de travail. « Et avec les mêmes horaires que les mines ! », précise la conseillère pédagogique.

C’est à la Cité de l’Or, dans une ancienne mine, visitée en été par les touristes, que de nombreux novices font leurs premiers pas sous terre. Pour valider leurs modules, les élèves doivent localiser les failles dans la roche et en déduire les risques d’effondrement, sous l’œil attentif d’anciens mineurs devenus formateurs. A la surface, pour ceux qui choisissent la filière de transformation du minerai, c’est dans une mini-usine de traitement que les étudiants s’entraînent à manier les machines et les produits chimiques.

Mais rien n’est encore acquis. Christiane Rivest prévient ses élèves : « Après la formation, la nouvelle génération a les bases pour évoluer dans les mines en sécurité. Mais c’est seulement par la suite, dans l’entreprise, qu’ils pourront se perfectionner. »

C’est lors d’un exercice pratique, sous terre, que les futurs mineurs valident leur formation.
Conflit de générations ?

Cette nouvelle formation, passage désormais obligé pour les postulants, a changé les rapports entre les travailleurs des mines. Selon André Racicot, président du syndicat de la mine Westwood, « il y a eu comme un choc culturel. En arrivant, les plus jeunes disent qu’ils savent, qu’ils ont appris à l’école. Les anciens, que ce qui est appris à l’école ne ressemble pas à la réalité. Le transfert des connaissances des plus anciens aux plus jeunes devient plus difficile. La première fois qu’ils mettent un pied dans la mine, les jeunes se sentent capables. Nous, les vieux, on leur dit d’y aller mollo, de ne pas travailler trop vite. Aller vite, c’est surtout augmenter ses chances de se blesser ! »