Trois kilomètres sous terre

Trois kilomètres sous terre

« Avec la mécanisation des mines, on se croirait dans un jeu vidéo ! », plaisante Robert Marcoux, un ancien mineur de Val d’Or. Avec ses mains, il mime les joysticks qu’il utilisait il y a encore peu de temps pour guider ses foreuses. « Le mineur d’aujourd’hui, il creuse la roche avec une petite manette, à distance, dans sa cabine. Oubliez l’image du mineur à la pioche. »

Au Québec, ces nouveaux outils ont changé le rapport de l’homme à la mine. Désormais, plutôt que des physiques solides et des carrures imposantes, ce sont des qualités techniques qui sont recherchées lors du recrutement des mineurs. Il faut savoir faire corps avec les machines, pour les guider dans leur ballet incessant.

« Le mineur d’aujourd’hui, il creuse la roche avec sa petite manette, à distance. »

Robert Marcoux, ancien mineur

Pilotage automatique

Les étapes du minage n’ont pas changé. Mais depuis la mécanisation, elles demandent beaucoup moins de temps et d’énergie. C’est aussi un peu plus de confort pour les travailleurs, et une meilleure rentabilité : on extrait de la terre des quantités d’or de plus en plus importantes.

Mieux, on peut se permettre d’exploiter des gisements où le métal est présent en quantités infimes. « Sans mécanisation, ça coûterait trop cher à exploiter car on ne ferait pas assez de tonnage », confirme Robert Marcoux.

La question de la main d’œuvre

Si la technologie rend les mines plus rentables, elle rend aussi les mineurs moins essentiels. « C’est sûr que la mécanisation réduit aussi la main d’œuvre », estime André Racicot, travailleur des mines et syndicaliste. « Une des mines de la région a par exemple mis en place un ‘rail convoyeur’, une technologie importée d’Afrique du Sud. Cet appareil pour transporter le minerai est télé-opéré par une seule personne : cela revient à supprimer le job de vingt travailleurs. »

Mais même si les souterrains ont été progressivement envahis par des machines, plusieurs techniques anciennes subsistent. Avant d’emprunter la cage pour descendre sous terre, chaque employé de la mine doit placer sur un tableau blanc l’aimant qui porte son nom. En remontant à la surface, les mineurs repassent devant le tableau et ôtent leur nom.

« Ça permet de savoir où on en est : tant que tous les noms n’ont pas été retirés du tableau, on ne dynamite pas », explique Jacky, mineur et formateur à La Ronde. Si l’un des mineurs oublie d’enlever son aimant quand il remonte, il immobilise toutes les opérations et voit ses collègues se lancer à sa recherche. Une technique artisanale, un peu étonnante à l’heure de l’informatique !

En remontant à la surface, les mineurs retirent leurs noms du tableau de présence.