Le référendum 2.0, est-ce qu’il faut y croire ?

Le référendum 2.0, est-ce qu’il faut y croire ?

ALORS CES NÉGOCIATIONS, ELLES AVANCENT?  Tandis qu’un nouveau round s’ouvre cette semaine à Bruxelles, la réponse est : PAS TANT QUE ÇA. Et pendant ce temps-là, une brochette de macronistes à la sauce Worcestershire se mettent en marche!©  pour faire machine arrière.

Un pas en avant, un pas en arrière… Les éditorialistes ne savent plus où donner de la tête. Dimanche soir, dans Les Echos :

Et, 15 heures plus tard…

On est lundi 5 janvier, et avant même que les négociations de la semaine aient commencé, on sait déjà que ça va être le bord**. Pour le ministre écossais du Brexit Michael Russell, on est en plein “délire idéologique”. Du côté de Bruxelles, on s’impatiente : faites votre choix, les mecs, il faut savoir ce que vous voulez. Theresa May serait-elle née sous une conjoncture astrale particulièrement capricieuse? Pour y comprendre quelque chose, mieux vaut revenir à ses bons vieux réflexes d’analyse politique : chercher du côté des jeux de pouvoir et des magouilles.

With or without l’union douanière

La première ministre a toujours dit que pour reprendre son destin en main, le Royaume-Uni devait sortir de l’union douanière européenne. Mais pour de nombreux entrepreneurs, l’initiative se heurte à un principe de philosophie politique quasiment biblique outre-manche : “business first”.

Sortir de l’union douanière, ça veut dire qu’il faut à nouveau banquer dès qu’on fait des exportations vers les marchés européens. En même temps, négocier une nouvelle union douanière avec l’UE, c’est s’interdire de faire des accords de libre-échange avec les autres pays. C’est comme en couple, lorsqu’on s’engage, c’est toujours plus compliqué pour aller voir ailleurs…

Michael Gove, Boris Johnson et Jacob Rees-Mogg

Pour ménager la chèvre et le chou, des députés de la majorité ont donc proposé le mois dernier un texte de loi ménageant la possibilité pour le Royaume-Uni de rester de facto intégré au sein de l’union douanière. Et pendant ce temps-là, Theresa May est allée faire les yeux doux à la Chine pour prouver que la Grande-Bretagne peut très bien se trouver de nouveaux copains avec qui développer des relations commerciales et plus si affinités… sans l’Union européenne.

Mais cela n’a pas calmé les ardeurs partisans d’un “hard Brexit”, qui voient actuellement le déroulement des négociations comme une grosse partie de Playmobil où les Anglais se retrouveraient dans le rôle des perdants qui doivent jurer allégeance au roi après avoir échoué à prendre d’assaut le château. Le week-end dernier, des députés conservateurs révèlent LE « complot » : Theresa May risque la destitution si elle ne renonce pas définitivement à l’union douanière avec l’UE. Avec, en line-up, une “dream team” de trois “Brexiteurs” stars prêts à renverser l’actuelle Première ministre  : le maire de Londres Boris Johnson, le ministre de l’Environnement Michael Gove et l’ultra-réac étoile montante des Tories, Jacob Rees-Mogg. Bof, niveau casting, le Royaume-Uni nous a habitués à mieux.

Le Brexit version Hotel California

Et c’est là qu’intervient la volte-face de Theresa May. Qui n’hésite pas à mettre l’accent sur sa “confiance” dans les négociations à venir avec Bruxelles- lalalaaa, on se bouche les oreilles et on fait diversion. Avec un objectif bien précis pour le nouveau round qui s’ouvre cette semaine : fixer un calendrier sur la “période de transition” jusqu’à ce que le divorce soit définitivement consommé au 31 décembre 2020. Vous trouvez que ce blabla manque de concret ? Vous n’êtes pas les seuls.

Le journaliste Anatole Kaletsky dressait dès cet hiver un scénario à la “Hotel California” pour le Brexit. On se fait plaisir, on se met la version des Gipsy Kings, et on essaye de comprendre le parallèle entre ce tube faisant subtilement allusion aux junkies en cure de désintox et la situation liant le Royaume-Uni à l’UE.

En clair, pour ce journaliste, le Brexit, c’est la mission impossible du gouvernement britannique. Parce que d’un côté, arriver aux élections de 2022 dans la foulée d’une rupture avec le marché unique et l’union douanière européens, ça peut clairement être l’angoisse. De l’autre, les Boris Johnson et autres ne voudront pas lâcher l’affaire tant que le cordon ombilical n’aura pas été clairement tranché. D’où une impasse menant selon lui potentiellement sur la démission de Theresa May et l’organisation d’un nouveau référendum- qui pourrait alors voir les pro-européens triompher. Du coup, comme dans Hotel California, à la fin, l’Union européenne, « on ne peut jamais vraiment en sortir »… Bon, on a un peu l’habitude de voir les éditorialistes prendre leurs désirs pour des réalités depuis le début de l’affaire, alors méfiance. Mais dans le bord** ambiant, après tout, why not?

Référendum, V2 ?

Une nouvelle consultation populaire ? Pour l’heure, il n’en est pas question. Les partis travaillistes et conservateurs sont formellement opposés à une nouvelle consultation populaire. Mais d’irréductibles pro-européens gardent espoir de faire machine arrière. Âgé de 54 ans, le lord et ancien premier ministre britannique Andrew Adonis mise sur… la jeunesse, peu mobilisée en 2016, pour changer la donne. Comparant la sortie de l’Union européenne à un « acte d’automutilation« , il entend donc logiquement soigner le référendum… par le référendum. 

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils maîtrisent les réseaux sociaux!
Lord Adonis espère entraîner avec lui la jeunesse

Et il n’est pas le seul sur ce créneau. Sur le modèle d’En marche, un nouveau parti vient de se lancer le week-end dernier avec un objectif clair : annuler le Brexit. Baptisé “Renew”, il dispose déjà de 220 candidats potentiels aux législatives de 2020, recrutés grâce aux réseaux sociaux. La “société civile” de 18 à 73 ans, comme dans les contes de fées. Bien implantée dans les grandes villes… mais peu présente dans le Nord industriel.

Est-ce grâce à sa maîtrise subtile de la langue de Shakespeare ? Macron a su parler au cœur de ces financiers, avocats et entrepreneurs qui lui rendent hommage à tout bout de champ- ils ont même copié le bouton “donnez!” de son site. Ils misent à fond sur l’optimisme et la pédagogie pour dépasser les clivages politiques traditionnels et s’imposer en un temps record.

Mais qui ça intéresse vraiment ?

A l’heure actuelle, pas tant de gens que ça. Depuis juin 2017, les opinions pro-européennes dépassent légèrement celles favorables à un divorce à un petit 51 contre 49%. Mais aucun mouvement général de regret n’est perceptible. Oui, 8 % des « leavers » veulent désormais rester dans l’UE. Mais 7 % des “remainers” ont changé d’avis dans l’autre sens. Quand on se fait larguer, on veut toujours croire que l’amour peut revenir. Mais parfois, il vaut mieux juste passer à autre chose….