Un plan de « merde »

Un plan de "merde"

Il fait beau, il fait chaud, c’est le retour des beaux jours… Allez, et si pour une fois, on parlait d’autre chose que du Brexit aujourd’hui ? De Rolland Garros,  ou du mariage du prince Harry ?  Et si, pour une fois, on s’intéressait à des gens jeunes et beaux plutôt qu’à des gens relativement dégarnis qui n’arrivent à se mettre d’accord sur RIEN?

Et bah non ! Comme on est sur Arte, les négociations entre dégarnis, même le 2 juin, ça nous intéresse à fond et c’est de ça dont on va vous parler. Mais allez, vous avez déjà fait l’effort de venir sur cette page, restez quand même !

Oui, c'est bien pour parler d'eux qu'on vous détourne d'un apéro

Parce que pendant qu’on était occupés à regarder ailleurs, Theresa May était  en train d’essayer de faire passer un truc assez gros dans son pays : repousser, concrètement le Brexit en 2023.

Comme ça, instinctivement, ça fleure bon le plan de… merde ? Et bien c’est justement le nom choisi par l’équipe de communication de Theresa May afin de vendre son projet : “Customs and Regulation Alignment Plan” : en quatre lettres, ça donne : CRAP. Un synonyme un peu moins vulgaire de “bullshit” (=caca de taureau) pour les moins anglophones d’entre vous.  Acte manqué, mouvement de panique ? On sait pas trop.

CRAP PLAN, Mode D’EMPLOI

Le gros problème des partisans d’un Brexit dur, en ce moment, c’est la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

Petit topo rapide pour tous ceux qui ne connaissent pas très bien l’histoire de ces pays. Les autres, vous pouvez joyeusement zapper le prochain paragraphe :

L’Irlande, c’est l’Irlande, l’Irlande du Nord, c’est sur la même île, mais c’est le Royaume-Uni. Deux endroits qui portent le même nom mais qui ne font pas partie du même pays ??  Ça ne semble pas très logique. Et effectivement, c’est l’aboutissement de siècles de colonisation, guerres civiles, entre catholiques et protestants, indépendantistes et unionistes. Il y a eu du sang, de la violence, et au final, ce sont les pro-britanniques qui ont gagnés. Mais il y a toujours des nostalgiques de la belle époque qui souhaitent une réunification de l’île.

Or le Brexit, tel que Theresa May l’a promis à son peuple, ça signifie la sortie du Royaume-Uni de l’Union douanière européenne. Ce qui signifie le retour des frontières, et donc des “postes-frontières”. Si vous êtes jeunes et que vous avez grandi dans l’Union européenne, vous n’en avez peut-être jamais vu dans la vraie vie.

Mais un poste-frontière, c’est plus qu’une simple ligne de démarcation. Il y a des gens, des contrôles, des droits de douane, parfois même des barbelés. Ça se voit, ça se touche, ça se vit. C’est un peu impressionnant : même quand on est en règle, on se demande toujours si on va pouvoir passer de l’autre côté ou non. Bref, symboliquement, c’est assez fort.

Et ça, les négociateurs du Brexit n’en voulaient pas entre l’Irlande et l’Irlande du Nord : ils redoutent un regain de tensions sur le territoire. De la violence, voire même, des attentats. Un “Le vent se lève” en 2018. Sans la beauté de Cillian Murphy pour se consoler.  

 

D’autant plus que l’Irlande du Nord est majoritairement opposée au Brexit et à une sortie de l’Union douanière européenne. Donc pour éviter le retour des postes-frontières entre nos deux lignées d’Irlandais, Theresa May s’est retrouvée face à un casse-tête : soit, elle acceptait de revenir sur sa promesse de sortir le Royaume-Uni de l’Union douanière. Politiquement, ce serait un désastre pour elle . Soit, elle acceptait que l’Irlande du Nord reste dans l’Union douanière européenne, mais pas le reste du Royaume-Uni…  Et adieu l’Irlande du Nord ? 

 

LES MIRACLES DE LA TECHNOLOGIE à LA RESCOUSSE DU BREXIT ?

Et c’est là qu’arrive son plan de mer** : “On reste tous dans l’Union douanière européenne jusqu’en 2023… Le temps de mettre au point des frontières “invisibles” grâce à quelque chose qui a déjà bien révolutionné nos vies : la “technologie”. En gros, le gouvernement britannique attend son Steve Jobs de la barrière douanière. Le mec qui parviendra à trouver un moyen d’enregistrer des biens ou des gens qui traversent une frontière, sans checkpoint ni douanier.

Comment ? Le gouvernement britannique ne semble pas avoir les idées très au clair là-dessus. Mais il a commandé pour le Parlement européen une étude nous promettant une “smooth border experience”, soit une « expérience frontalière tout en douceur ». Et ça devrait arriver sur le marché d’ici à 2023, selon Theresa May. 
 
On attend ça avec plus d’impatience que le prochain Iphone.
 

Le Brexit, c'est technologique!

Sur ce, on vous laisse prendre l’apéro, faire du badmington, des galipettes dans l’herbe ou toute autre activité de votre choix pour célébrer le retour du soleil.