Moonwalk Brexit : horizon 2020

Moonwalk Brexit : horizon 2020

 

Les plus fins observateurs auront remarqué que nous sommes en mars 2018. Une année s’est donc écoulée depuis le fameux « déclenchement de l’article 50 » du traité sur l’Union européenne. Vous vous souvenez ? Celui-là même qui devait enfin donner le « coup d’envoi » du Brexit…

« Pas de retour en arrière possible !» martelait Theresa May après avoir appuyé sur la gâchette en mars 2017. Pourtant, l’année qui a suivi a été marquée par des négociations pour le moins compliquées, comme on vous l’expliquait juste là

Certains irréductibles « Remainers » ont vu là le signe que tout n’était pas perdu, qu’il y avait encore moyen de moyenner : ils se sont engouffrés dans la brèche pour fonder leur mouvement, « Renew », militant pour l’annulation du Brexit.

Hélas pour eux, à ce stade voici la réponse la plus réaliste.

Alors pour marquer le coup ce lundi 19 mars 2018, il fallait à tout prix montrer que l’U.E et le Royaume-Uni font avancer le schmilblick. C’est ce qu’ont essayé de faire David Davis, le « monsieur Brexit » du gouvernement britannique, et Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne, en signant un premier compromis.

Et sur quoi sont-ils tombés d’accord ? Principalement sur la « période de transition » pendant laquelle le Royaume-Uni continuera à bénéficier de certains avantages de l’Union européenne après en être sorti. Grosso modo : une période de rab’. 

L’homme aura-t-il mis le pied sur mars avant le « vrai Brexit » ?

C’est une vraie question.

Un petit rappel des dates et des échéances s’impose – et là, autant vous dire qu’il faut s’accrocher :

Les Brits ont voté « Leave » le 23 juin 2016.

Le Royaume-Uni a « enclenché » le Brexit en mars 2017, donc neuf mois après le vote, -le temps d’un bébé-, s’engageant à sortir de l’UE deux ans plus tard. Ce qui nous amène… en mars 2019.

MAIS c’est là qu’intervient la période de rab’ négociée entre Bruxelles et Londres : pendant 21 mois à partir de mars 2019, le Royaume-Uni pourra continuer à profiter des avantages du marché unique. Pas pendant un an, ni pendant deux ans, mais précisément 21 mois. Londres devra continuer pendant cette période à respecter le droit européen et à contribuer au budget de l’UE.

CE QUE ÇA VEUT DIRE :

Le Brexit sera réellement acté en décembre 2020. Soit plus de quatre ans après le vote des Brits. D’ici là, si on écoute Elon Musk, on aura déjà commencé à envoyer des vaisseaux sur la planète Mars et on construira des fusées permettant de faire Paris–New York en 30 minutes. 30 MINUTES !!! 

Pas de bras, pas de chocolat !

Si le « vrai Brexit » est repoussé de 21 mois, le Royaume-Uni a tout de même dû renoncer à pas mal de trucs. Par exemple, l’UE n’a pas voulu entendre parler du « droit de véto » que demandait Londres sur toutes les décisions prises par l’Union européenne pendant la période de transition. Même pas en rêve.

 

D’ailleurs, le Royaume-Uni n’aura carrément plus le moindre pouvoir de décision pendant ces 21 mois : aucun de ses ministres ne sera invité aux réunions à Bruxelles, il n’y aura plus de députés britanniques au Parlement… Bref : pas de bras, pas de chocolat.

 

Et encore, on ne vous dit pas tout. Si l’Union européenne avait cédé aux demandes du gouvernement britannique, la période de transition aurait continué jusqu’en mars 2021. Ça, c’est ce qui s’appelle « sortir en moonwalk » où on ne s’y connait pas.

(S’ils avaient dit oui, la période de rab’ aurait été de 24 mois -soit deux ans, pour les plus doués en maths. Finalement, pourquoi pas cinq ? On est plus tellement à ça près…)

EU be like...

Bruxelles avait carrément envisagé la mise en place d’une « clause guillotine ».

GROSSE AMBIANCE.

L’idée : au moindre écart du Royaume-Uni par rapport aux lois européennes ou aux décisions de la Cour de justice, CLAC ! Plus d’accès au marché intérieur. Finalement, cette clause ne figure pas dans l’accord signé le 19 mars. Mais ça donne une idée de l’atmosphère printanière, sympatoche, bon enfant qui plane sur les négociations.

Bon, et sinon : on fait quoi avec la frontière irlandaise…?

À part le fait que Michel Barnier et David Davis semblent être devenus une seule et même personne (cf ci-dessous), un autre point saute aux yeux dans cet accord trouvé le 19 mars : la question de la frontière entre les deux Irlandes reste très, très compliquée.

Élus meilleurs sosies de l'année 2018

On tente un petit résumé, mais s’il vous plaît ne partez pas en courant :

  • L’Irlande du nord fait partie du Royaume-Uni, donc elle sort de l’UE.
  • La République d’Irlande, elle, reste avec nous.

Sur le papier, Londres et Bruxelles semblent au moins d’accord sur un point : il ne faut pas pour autant installer une frontière « dure » entre les deux territoires, qui se sont violemment affrontés par le passé. Pour comprendre les traumatismes encore très ancrés le long de cette frontière, on vous conseille d’aller jeter un œil à la série « Borderland » ,tout à fait par hasard, comme ça, et pas du tout parce que c’est sur Arte. Rien à voir. 

L’UE propose que l’Irlande du nord reste dans le marché unique et dans l’Union douanière, pour un meilleur « alignement » entre les deux territoires. Et ça, c’est vraiment la dernière chose que souhaite Theresa May : de son point de vue, ça reviendrait peu ou prou à dire que l’Irlande du nord ne sort pas de l’Union. Et donc que le Royaume-Uni « perd » une partie de son territoire.

Alors pour l’instant, Londres et Bruxelles n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Ils ont fait ce qu’ils savent faire de mieux, à savoir… repousser l’échéance. Rendez-vous en 2019 pour la suite des péripéties.

On se quitte quand même avec une petite compil’ de tweets de nos voisins d’Outre-Manche, qui n’ont rien perdu de leur humour :

(@SpenceLivermore) 16 mars 2018
"Le Brexit vers lequel vous croyiez aller vs. Celui que vous allez vraiment avoir"
La nouvelle place du Royaume-Uni dans les négociations internationales.
La météo des 20 prochaines années : "Alors pour résumer... Si vous vivez en dehors de la zone en bleu, vous êtes complètement niqués."
TOUTE L’HISTOIRE DE LA RELATION UE-UK RÉSUMÉE EN UN DIALOGUE

UK : Nous voulons un débat sur notre contribution financière
UE : OK
UK: Nous ne voulons pas être dans la zone euro
UE : OK
UK : Nous ne voulons pas être dans l’espace Schengen
UE : OK (…)
UK : Nous voulons des tas de traitements privilégiés par rapport aux autres pays
UE : Arf… On ne peut pas trop faire ça sans avoir l’accord de tout le monde…
UK : Refusez de nous donner ce qu’on demande, et on partira.
UE : C’est un peu disproportionné comme réaction, mais c’est votre choix UK : OK on se casse
UE : Au revoir, alors
UK : Maintenant qu’on sort, on voudrait garder tous les avantages qu’on avait avant
UE : Arf… Non, ça ne marche pas comme ça
UK : Refusez de nous donner ce qu’on demande, et on s’en ira sans rien
UE : (Se gratte la tête) Ok, euh… Ouais, ok
UK : On ne rigole pas, on va partir sans rien pour vous donner une leçon
UE : Au revoir (encore).