Brexit : journal subjectif

Comment le Royaume sort de l’Union

Un blog d'Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard

Brexit : journal subjectif

Comment le Royaume sort de l’Union

Un blog d'Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard

“Okay, les mecs, et maintenant on fait quoi ?”

Coup de tonnerre en Europe, le Royaume-Uni a voté pour sa sortie de l’UE le 24 juin dernier. Entraînant démissions, crash boursier, et remises en question, l’application de ce vote va prendre du temps. Heureusement, on est là pour vous résumer les péripéties post-Brexit à base d’anecdotes, d’illustrations et de gifs.

Bref, dans ce blog, Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard vous racontent la rébarbative histoire du Brexit, en version 2.0 un poil fun !

Besoin d’une séance de rattrage ? Les épisodes précédents, c’est par ici :

Épisode 19

Sortira, sortira pas ?

 

Fini de se déhancher sur les tubes suédois des années 1970. Pour Theresa May, a.k.a Dancing Queen, les choses se compliquent. Britanniques et Européens sont parvenus à conclure un accord de sortie, mais depuis rien ne va plus. Westminster est sens dessus dessous, Theresa May n’est pas passée loin de la catastrophe… même Paris se prépare au choc.

 

IT’S A DEAL !

Le 13 novembre – soit 874 jours après le vote des Britanniques pour le Brexit et dix-sept longs mois après le début des négociations – Theresa May a annoncé qu’un accord sur la sortie du Royaume-Uni avait été conclu : il fait 585 pages, 185 articles, 3 protocoles et se porte bien.

Circulation des personnes, contribution financière, accès au marché européen, pêche, navigation spatiale… Il y est question d’une foule de choses passionnantes !

S’il y en a deux que vous devez vraiment retenir, c’est que :

cet accord confirme la période de transition réclamée par les Britanniques pour éviter une sortie trop brutale. Le 29 mars 2019, quand sonnera l’heure du Brexit, le Royaume-Uni sera donc dehors mais pas trop. Jusqu’au 31 décembre 2020, voire plus s’il le souhaite, il continuera à appliquer le droit européen (et à contribuer au budget commun, tant qu’à faire), le temps de régler une ou deux bricoles.

cet accord acte le backstop, ou « filet de sécurité ». Une solution qui permettrait d’éviter le retour d’une frontière physique entre la République d’Irlande – qui reste dans l’UE – et l’Irlande du Nord – qui s’en va avec le reste du Royaume. Personne ne veut de cette frontière qui pourrait raviver des tensions passées. Le problème c’est que personne, du moins parmi les ultra-brexiters, ne veut non plus de ce backstop. Il porterait atteinte à l’intégrité du Royaume-Uni, estiment les ultras. Donc forcément, ça coince.

 

Et si vous n’êtes pas complètement au point sur la question irlandaise, allez donc jeter un oeil à l’épisode 17, juste en dessous, ou bien au compte Twitter de la frontière irlandaise.

 

Parce que oui, la frontière aussi a un compte Twitter et il est plutôt rigolo.

PAS CONTENTS, PAS CONTENTS

 

Un accord c’est bien. Un accord ratifié, c’est mieux. Le texte doit maintenant obtenir le feu vert des parlementaires britanniques et des eurodéputés. Le tout avant le 29 mars 2019. Et c’est là que ça se complique.

 

Côté européen, ça va.

Le 25 novembre, à l’occasion d’un sommet extraordinaire sur le Brexit, les dirigeants des vingt-sept pays de l’Union ont approuvé l’accord de divorce. Reste plus que la case Parlement : les députés européens se prononceront – sans doute tout aussi favorablement – en janvier 2019.

Côté britannique, c’est un poil plus tendu.

Le projet d’accord a d’abord déclenché une vague de démission au sein du gouvernement. Six ministres ont quitté leur fonction. Parmi eux, le ministre du Brexit en personne : Dominic Raab, eurosceptique et ceinture noire de karaté. Maintenant c’est le Parlement qui fait des siennes : l’accord ne plaît pas du tout aux députés. Ils devaient se prononcer lors d’un vote le 11 décembre, mais la Première ministre a préféré tout reporter de peur de voir son texte rejeté. Theresa n’en est plus à un camouflet près, c’est vrai. Mais un rejet du texte en l’état risquerait d’être vraiment enquiquinant. Cela conduirait très probablement à une sortie du Royaume-Uni sans accord en mars 2019 ou, pire encore, à la tenue d’un nouveau référendum. Référendum qui pourrait se solder par une victoire du Remain.

Et comme si ça ne suffisait pas, Theresa est passée à un cheveu de se faire renverser. Les députés de son propre parti ont organisé un vote de défiance. La Première ministre a survécu mais a annoncé qu’elle quitterait son poste à la tête du gouvernement avant les prochaines élections, en 2022… Si elle tient jusque-là. Le parti travailliste prévoit lui aussi de recourir à une motion de censure si Theresa échoue à faire adopter son accord. Bam, grosse ambiance à Westminster.

Avez-vous déjà vu… Un député pas content ?

 

Episode 18

Le radeau de la méduse

Que préférez-vous : être prisonnier d’une cage remplie de mygales géantes ou être attaché sur le dos d’une antilope fuyant une meute de lions déchaînés ? Être Theresa May présentant son « plan de Chequers » sur les futures relations économiques entre la Grande-Bretagne et l’UE aux Vingt-Sept (ou plutôt Vingt-Six) à Salzbourg ou être cette même Première ministre défendant ses propositions sur le Brexit au congrès de son parti conservateur, avec un Boris Johnson prêt à lui sauter à la gorge ? Si, comme nous, vous tenez à votre intégrité physique et mentale, vous répondrez sans doute : ni l’un, ni l’autre. Et vous aurez bien raison.

C’est la teuf chez les Tories

Reprenons le fil. Dans l’épisode précédent, début juin, nous avions laissé une Theresa May qui proposait un plan de mer** et rêvait d’innovations technologiques destinées à adoucir le passage de la frontière entre les deux Irlande, si elle était rétablie. Nous la retrouvons à un congrès où elle va tenter de sauver sa peau. Les Tories tiennent leur grand-messe annuelle de dimanche 30 septembre à mercredi 3 octobre dans une ambiance à couteaux tirés et la sortie du Royaume-Uni de l’UE est au cœur de leurs préoccupations.

À ma droite, l’ex-ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, le député Jacob Rees-Mogg et les partisans d’un hard Brexit, qui accusent la cheffe du gouvernement d’être trop coulante avec l’Union européenne et d’avoir trahi le résultat du référendum de 2016. Le sosie britannique de Donald Trump tente de se positionner comme son potentiel successeur au 10, Downing street – mais pas dans l’immédiat, car personne ne semble désireux d’accéder à la tête du pays dans une période aussi turbulente. La preuve : lors de son intervention mardi 2 octobre au congrès, BoJo est resté mesuré (ce qui n’est pas son style) vis-à-vis de son ancienne patronne. Il a appelé à la « soutenir », mais s’est lâché sur ses propositions : « Il faut balancer Chequers à la poubelle ! ». Quelques jours plus tôt, il avait déjà clamé dans le Sunday Telegraph qu’elles étaient « une humiliation morale et intellectuelle pour ce pays » et évoqué « un effondrement de la volonté de l’establishment britannique d’exécuter le mandat du peuple ». Ambiance.

À ma gauche : les demandeurs d’un nouveau référendum, comme Simon Allison, qui dirige le groupe « Conservatives for a People’s Vote » (les conservateurs pour un vote du peuple) et est membre des « Tories against Brexit » (les Tories contre le Brexit). Leur credo : « Tous ces votants [du référendum de 2016 sur le Brexit] ont été trahis par une classe politique qui semble croire que leur survie personnelle est plus importante que leur devoir envers leur pays ». Dimanche, ils ont manifesté avec des partisans d’un second référendum d’autres partis, y compris du Labour. Un petit rassemblement – 200 personnes seulement, mais qui reflète bien la fracture des conservateurs.

Et au milieu, Theresa May, dont les propositions et les négociations avec l’UE ne satisfont personne.

Négociations avec l’UE : pression, vous avez dit pression ?

Deux semaines plus tôt, la Première ministre a fait un aller-retour à Salzbourg. C’est dans ce cadre so chic et so bucolique – Alpes autrichiennes, ville natale de Mozart, festival d’opéra – qu’elle a présenté aux chefs d’État et de gouvernement européens (formant le Conseil européen) son plan de Chequers, destiné à définir les relations économiques entre Londres et l’UE, une fois que le divorce sera consommé.

Mais ses homologues, Emmanuel Macron en tête, lui ont demandé de revoir sa copie. On pourrait expliquer les raisons de ce refus de manière assez crue : les Européens estiment que Theresa May veut le beurre et l’argent du beurre.

On vous résume ce fameux plan, histoire que vous puissiez vous faire votre propre opinion :

Le principe : garder des liens commerciaux étroits avec l’UE, sans rétablir la frontière et les contrôles entre les deux Irlande qui, on le sait, risqueraient de raviver tensions et mauvais souvenirs. Cela passe par la création d’une « zone de libre-échange pour les marchandises », mais sans faire partie du marché commun européen, et donc sans en appliquer les règles en matière de concurrence. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, cité dans un document interne révélé par l’agence Reuters, juge que le plan de Chequers « avantagerait injustement le Royaume-Uni en matière de concurrence ».

En prenant en compte la volonté de Londres de quitter le marché commun et l’union douanière, ce document suggère plutôt un accord de libre-échange sur le modèle du Ceta (entre l’UE et le Canada) et du traité entre l’UE et le Japon signé en juillet.

Emmanuel Macron a posé un ultimatum à Theresa May : « C’est aujourd’hui l’heure de vérité. Nous attendons une nouvelle proposition britannique en octobre [un Conseil européen est prévu les 18 et 19 octobre] tout particulièrement sur l’accord de retrait ».

Et maintenant ? La dirigeante doit s’accorder avec ses collègues européens à la fois sur un accord de retrait de l’UE – qui devra être validé par le Parlement britannique – et sur une déclaration à propos des futures relations de son pays avec les Vingt-Six. Tout en se préparant au pire : pas d’accord, si Londres ne parvient à s’entendre avec l’UE ou si ses parlementaires se rebellent. Et le retour de la frontière entre les deux Irlande.

Je me permettrai donc une suggestion très européenne – et même très française – à Theresa May, facile à appliquer pour garder le moral quand tout fout le camp : Theresa, si tu lis ce blog, je t’invite à une raclette à la maison. See you soon!

"Stop Brexit", un périple en van pour l'UE

Selon un sondage paru le 27 juillet, 42% des Britanniques sont favorables à la tenue d’un nouveau référendum et 40% contre. Mais cette éventualité a été fermement repoussée par leur gouvernement. ARTE Journal a rencontré l’un d’entre eux : Andy Pardy, qui s’est dans un long voyage en van à travers le continent.

Calendrier du Brexit
  • 18-19 octobre : Conseil européen
  • 29 mars 2019 : sortie du Royaume-Uni de l’UE
  • Janvier 2021 : sortie effective du Royaume-Uni de l’UE, au terme d’une période pendant laquelle Londres continuera à bénéficier des avantages du marché commun.
Episode 17 :

Un plan de « merde »

Un plan de "merde"

Il fait beau, il fait chaud, c’est le retour des beaux jours… Allez, et si pour une fois, on parlait d’autre chose que du Brexit aujourd’hui ? De Rolland Garros,  ou du mariage du prince Harry ?  Et si, pour une fois, on s’intéressait à des gens jeunes et beaux plutôt qu’à des gens relativement dégarnis qui n’arrivent à se mettre d’accord sur RIEN?

Et bah non ! Comme on est sur Arte, les négociations entre dégarnis, même le 2 juin, ça nous intéresse à fond et c’est de ça dont on va vous parler. Mais allez, vous avez déjà fait l’effort de venir sur cette page, restez quand même !

Oui, c'est bien pour parler d'eux qu'on vous détourne d'un apéro

Parce que pendant qu’on était occupés à regarder ailleurs, Theresa May était  en train d’essayer de faire passer un truc assez gros dans son pays : repousser, concrètement le Brexit en 2023.

Comme ça, instinctivement, ça fleure bon le plan de… merde ? Et bien c’est justement le nom choisi par l’équipe de communication de Theresa May afin de vendre son projet : “Customs and Regulation Alignment Plan” : en quatre lettres, ça donne : CRAP. Un synonyme un peu moins vulgaire de “bullshit” (=caca de taureau) pour les moins anglophones d’entre vous.  Acte manqué, mouvement de panique ? On sait pas trop.

CRAP PLAN, Mode D’EMPLOI

Le gros problème des partisans d’un Brexit dur, en ce moment, c’est la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

Petit topo rapide pour tous ceux qui ne connaissent pas très bien l’histoire de ces pays. Les autres, vous pouvez joyeusement zapper le prochain paragraphe :

L’Irlande, c’est l’Irlande, l’Irlande du Nord, c’est sur la même île, mais c’est le Royaume-Uni. Deux endroits qui portent le même nom mais qui ne font pas partie du même pays ??  Ça ne semble pas très logique. Et effectivement, c’est l’aboutissement de siècles de colonisation, guerres civiles, entre catholiques et protestants, indépendantistes et unionistes. Il y a eu du sang, de la violence, et au final, ce sont les pro-britanniques qui ont gagnés. Mais il y a toujours des nostalgiques de la belle époque qui souhaitent une réunification de l’île.

Or le Brexit, tel que Theresa May l’a promis à son peuple, ça signifie la sortie du Royaume-Uni de l’Union douanière européenne. Ce qui signifie le retour des frontières, et donc des “postes-frontières”. Si vous êtes jeunes et que vous avez grandi dans l’Union européenne, vous n’en avez peut-être jamais vu dans la vraie vie.

Mais un poste-frontière, c’est plus qu’une simple ligne de démarcation. Il y a des gens, des contrôles, des droits de douane, parfois même des barbelés. Ça se voit, ça se touche, ça se vit. C’est un peu impressionnant : même quand on est en règle, on se demande toujours si on va pouvoir passer de l’autre côté ou non. Bref, symboliquement, c’est assez fort.

Et ça, les négociateurs du Brexit n’en voulaient pas entre l’Irlande et l’Irlande du Nord : ils redoutent un regain de tensions sur le territoire. De la violence, voire même, des attentats. Un “Le vent se lève” en 2018. Sans la beauté de Cillian Murphy pour se consoler.  

 

D’autant plus que l’Irlande du Nord est majoritairement opposée au Brexit et à une sortie de l’Union douanière européenne. Donc pour éviter le retour des postes-frontières entre nos deux lignées d’Irlandais, Theresa May s’est retrouvée face à un casse-tête : soit, elle acceptait de revenir sur sa promesse de sortir le Royaume-Uni de l’Union douanière. Politiquement, ce serait un désastre pour elle . Soit, elle acceptait que l’Irlande du Nord reste dans l’Union douanière européenne, mais pas le reste du Royaume-Uni…  Et adieu l’Irlande du Nord ? 

 

LES MIRACLES DE LA TECHNOLOGIE à LA RESCOUSSE DU BREXIT ?

Et c’est là qu’arrive son plan de mer** : “On reste tous dans l’Union douanière européenne jusqu’en 2023… Le temps de mettre au point des frontières “invisibles” grâce à quelque chose qui a déjà bien révolutionné nos vies : la “technologie”. En gros, le gouvernement britannique attend son Steve Jobs de la barrière douanière. Le mec qui parviendra à trouver un moyen d’enregistrer des biens ou des gens qui traversent une frontière, sans checkpoint ni douanier.

Comment ? Le gouvernement britannique ne semble pas avoir les idées très au clair là-dessus. Mais il a commandé pour le Parlement européen une étude nous promettant une “smooth border experience”, soit une « expérience frontalière tout en douceur ». Et ça devrait arriver sur le marché d’ici à 2023, selon Theresa May. 
 
On attend ça avec plus d’impatience que le prochain Iphone.
 

Le Brexit, c'est technologique!

Sur ce, on vous laisse prendre l’apéro, faire du badmington, des galipettes dans l’herbe ou toute autre activité de votre choix pour célébrer le retour du soleil.

Episode 16

Moonwalk Brexit : horizon 2020

 

Les plus fins observateurs auront remarqué que nous sommes en mars 2018. Une année s’est donc écoulée depuis le fameux « déclenchement de l’article 50 » du traité sur l’Union européenne. Vous vous souvenez ? Celui-là même qui devait enfin donner le « coup d’envoi » du Brexit…

« Pas de retour en arrière possible !» martelait Theresa May après avoir appuyé sur la gâchette en mars 2017. Pourtant, l’année qui a suivi a été marquée par des négociations pour le moins compliquées, comme on vous l’expliquait juste là

Certains irréductibles « Remainers » ont vu là le signe que tout n’était pas perdu, qu’il y avait encore moyen de moyenner : ils se sont engouffrés dans la brèche pour fonder leur mouvement, « Renew », militant pour l’annulation du Brexit.

Hélas pour eux, à ce stade voici la réponse la plus réaliste.

Alors pour marquer le coup ce lundi 19 mars 2018, il fallait à tout prix montrer que l’U.E et le Royaume-Uni font avancer le schmilblick. C’est ce qu’ont essayé de faire David Davis, le « monsieur Brexit » du gouvernement britannique, et Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne, en signant un premier compromis.

Et sur quoi sont-ils tombés d’accord ? Principalement sur la « période de transition » pendant laquelle le Royaume-Uni continuera à bénéficier de certains avantages de l’Union européenne après en être sorti. Grosso modo : une période de rab’. 

L’homme aura-t-il mis le pied sur mars avant le « vrai Brexit » ?

C’est une vraie question.

Un petit rappel des dates et des échéances s’impose – et là, autant vous dire qu’il faut s’accrocher :

Les Brits ont voté « Leave » le 23 juin 2016.

Le Royaume-Uni a « enclenché » le Brexit en mars 2017, donc neuf mois après le vote, -le temps d’un bébé-, s’engageant à sortir de l’UE deux ans plus tard. Ce qui nous amène… en mars 2019.

MAIS c’est là qu’intervient la période de rab’ négociée entre Bruxelles et Londres : pendant 21 mois à partir de mars 2019, le Royaume-Uni pourra continuer à profiter des avantages du marché unique. Pas pendant un an, ni pendant deux ans, mais précisément 21 mois. Londres devra continuer pendant cette période à respecter le droit européen et à contribuer au budget de l’UE.

CE QUE ÇA VEUT DIRE :

Le Brexit sera réellement acté en décembre 2020. Soit plus de quatre ans après le vote des Brits. D’ici là, si on écoute Elon Musk, on aura déjà commencé à envoyer des vaisseaux sur la planète Mars et on construira des fusées permettant de faire Paris–New York en 30 minutes. 30 MINUTES !!! 

Pas de bras, pas de chocolat !

Si le « vrai Brexit » est repoussé de 21 mois, le Royaume-Uni a tout de même dû renoncer à pas mal de trucs. Par exemple, l’UE n’a pas voulu entendre parler du « droit de véto » que demandait Londres sur toutes les décisions prises par l’Union européenne pendant la période de transition. Même pas en rêve.

 

D’ailleurs, le Royaume-Uni n’aura carrément plus le moindre pouvoir de décision pendant ces 21 mois : aucun de ses ministres ne sera invité aux réunions à Bruxelles, il n’y aura plus de députés britanniques au Parlement… Bref : pas de bras, pas de chocolat.

 

Et encore, on ne vous dit pas tout. Si l’Union européenne avait cédé aux demandes du gouvernement britannique, la période de transition aurait continué jusqu’en mars 2021. Ça, c’est ce qui s’appelle « sortir en moonwalk » où on ne s’y connait pas.

(S’ils avaient dit oui, la période de rab’ aurait été de 24 mois -soit deux ans, pour les plus doués en maths. Finalement, pourquoi pas cinq ? On est plus tellement à ça près…)

EU be like...

Bruxelles avait carrément envisagé la mise en place d’une « clause guillotine ».

GROSSE AMBIANCE.

L’idée : au moindre écart du Royaume-Uni par rapport aux lois européennes ou aux décisions de la Cour de justice, CLAC ! Plus d’accès au marché intérieur. Finalement, cette clause ne figure pas dans l’accord signé le 19 mars. Mais ça donne une idée de l’atmosphère printanière, sympatoche, bon enfant qui plane sur les négociations.

Bon, et sinon : on fait quoi avec la frontière irlandaise…?

À part le fait que Michel Barnier et David Davis semblent être devenus une seule et même personne (cf ci-dessous), un autre point saute aux yeux dans cet accord trouvé le 19 mars : la question de la frontière entre les deux Irlandes reste très, très compliquée.

Élus meilleurs sosies de l'année 2018

On tente un petit résumé, mais s’il vous plaît ne partez pas en courant :

  • L’Irlande du nord fait partie du Royaume-Uni, donc elle sort de l’UE.
  • La République d’Irlande, elle, reste avec nous.

Sur le papier, Londres et Bruxelles semblent au moins d’accord sur un point : il ne faut pas pour autant installer une frontière « dure » entre les deux territoires, qui se sont violemment affrontés par le passé. Pour comprendre les traumatismes encore très ancrés le long de cette frontière, on vous conseille d’aller jeter un œil à la série « Borderland » ,tout à fait par hasard, comme ça, et pas du tout parce que c’est sur Arte. Rien à voir. 

L’UE propose que l’Irlande du nord reste dans le marché unique et dans l’Union douanière, pour un meilleur « alignement » entre les deux territoires. Et ça, c’est vraiment la dernière chose que souhaite Theresa May : de son point de vue, ça reviendrait peu ou prou à dire que l’Irlande du nord ne sort pas de l’Union. Et donc que le Royaume-Uni « perd » une partie de son territoire.

Alors pour l’instant, Londres et Bruxelles n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Ils ont fait ce qu’ils savent faire de mieux, à savoir… repousser l’échéance. Rendez-vous en 2019 pour la suite des péripéties.

On se quitte quand même avec une petite compil’ de tweets de nos voisins d’Outre-Manche, qui n’ont rien perdu de leur humour :

(@SpenceLivermore) 16 mars 2018
"Le Brexit vers lequel vous croyiez aller vs. Celui que vous allez vraiment avoir"
La nouvelle place du Royaume-Uni dans les négociations internationales.
La météo des 20 prochaines années : "Alors pour résumer... Si vous vivez en dehors de la zone en bleu, vous êtes complètement niqués."
TOUTE L’HISTOIRE DE LA RELATION UE-UK RÉSUMÉE EN UN DIALOGUE

UK : Nous voulons un débat sur notre contribution financière
UE : OK
UK: Nous ne voulons pas être dans la zone euro
UE : OK
UK : Nous ne voulons pas être dans l’espace Schengen
UE : OK (…)
UK : Nous voulons des tas de traitements privilégiés par rapport aux autres pays
UE : Arf… On ne peut pas trop faire ça sans avoir l’accord de tout le monde…
UK : Refusez de nous donner ce qu’on demande, et on partira.
UE : C’est un peu disproportionné comme réaction, mais c’est votre choix UK : OK on se casse
UE : Au revoir, alors
UK : Maintenant qu’on sort, on voudrait garder tous les avantages qu’on avait avant
UE : Arf… Non, ça ne marche pas comme ça
UK : Refusez de nous donner ce qu’on demande, et on s’en ira sans rien
UE : (Se gratte la tête) Ok, euh… Ouais, ok
UK : On ne rigole pas, on va partir sans rien pour vous donner une leçon
UE : Au revoir (encore).

Episode 15

Le référendum 2.0, est-ce qu’il faut y croire ?

ALORS CES NÉGOCIATIONS, ELLES AVANCENT?  Tandis qu’un nouveau round s’ouvre cette semaine à Bruxelles, la réponse est : PAS TANT QUE ÇA. Et pendant ce temps-là, une brochette de macronistes à la sauce Worcestershire se mettent en marche!©  pour faire machine arrière.

Un pas en avant, un pas en arrière… Les éditorialistes ne savent plus où donner de la tête. Dimanche soir, dans Les Echos :

Et, 15 heures plus tard…

On est lundi 5 janvier, et avant même que les négociations de la semaine aient commencé, on sait déjà que ça va être le bord**. Pour le ministre écossais du Brexit Michael Russell, on est en plein “délire idéologique”. Du côté de Bruxelles, on s’impatiente : faites votre choix, les mecs, il faut savoir ce que vous voulez. Theresa May serait-elle née sous une conjoncture astrale particulièrement capricieuse? Pour y comprendre quelque chose, mieux vaut revenir à ses bons vieux réflexes d’analyse politique : chercher du côté des jeux de pouvoir et des magouilles.

With or without l’union douanière

La première ministre a toujours dit que pour reprendre son destin en main, le Royaume-Uni devait sortir de l’union douanière européenne. Mais pour de nombreux entrepreneurs, l’initiative se heurte à un principe de philosophie politique quasiment biblique outre-manche : “business first”.

Sortir de l’union douanière, ça veut dire qu’il faut à nouveau banquer dès qu’on fait des exportations vers les marchés européens. En même temps, négocier une nouvelle union douanière avec l’UE, c’est s’interdire de faire des accords de libre-échange avec les autres pays. C’est comme en couple, lorsqu’on s’engage, c’est toujours plus compliqué pour aller voir ailleurs…

Michael Gove, Boris Johnson et Jacob Rees-Mogg

Pour ménager la chèvre et le chou, des députés de la majorité ont donc proposé le mois dernier un texte de loi ménageant la possibilité pour le Royaume-Uni de rester de facto intégré au sein de l’union douanière. Et pendant ce temps-là, Theresa May est allée faire les yeux doux à la Chine pour prouver que la Grande-Bretagne peut très bien se trouver de nouveaux copains avec qui développer des relations commerciales et plus si affinités… sans l’Union européenne.

Mais cela n’a pas calmé les ardeurs partisans d’un “hard Brexit”, qui voient actuellement le déroulement des négociations comme une grosse partie de Playmobil où les Anglais se retrouveraient dans le rôle des perdants qui doivent jurer allégeance au roi après avoir échoué à prendre d’assaut le château. Le week-end dernier, des députés conservateurs révèlent LE « complot » : Theresa May risque la destitution si elle ne renonce pas définitivement à l’union douanière avec l’UE. Avec, en line-up, une “dream team” de trois “Brexiteurs” stars prêts à renverser l’actuelle Première ministre  : le maire de Londres Boris Johnson, le ministre de l’Environnement Michael Gove et l’ultra-réac étoile montante des Tories, Jacob Rees-Mogg. Bof, niveau casting, le Royaume-Uni nous a habitués à mieux.

Le Brexit version Hotel California

Et c’est là qu’intervient la volte-face de Theresa May. Qui n’hésite pas à mettre l’accent sur sa “confiance” dans les négociations à venir avec Bruxelles- lalalaaa, on se bouche les oreilles et on fait diversion. Avec un objectif bien précis pour le nouveau round qui s’ouvre cette semaine : fixer un calendrier sur la “période de transition” jusqu’à ce que le divorce soit définitivement consommé au 31 décembre 2020. Vous trouvez que ce blabla manque de concret ? Vous n’êtes pas les seuls.

Le journaliste Anatole Kaletsky dressait dès cet hiver un scénario à la “Hotel California” pour le Brexit. On se fait plaisir, on se met la version des Gipsy Kings, et on essaye de comprendre le parallèle entre ce tube faisant subtilement allusion aux junkies en cure de désintox et la situation liant le Royaume-Uni à l’UE.

En clair, pour ce journaliste, le Brexit, c’est la mission impossible du gouvernement britannique. Parce que d’un côté, arriver aux élections de 2022 dans la foulée d’une rupture avec le marché unique et l’union douanière européens, ça peut clairement être l’angoisse. De l’autre, les Boris Johnson et autres ne voudront pas lâcher l’affaire tant que le cordon ombilical n’aura pas été clairement tranché. D’où une impasse menant selon lui potentiellement sur la démission de Theresa May et l’organisation d’un nouveau référendum- qui pourrait alors voir les pro-européens triompher. Du coup, comme dans Hotel California, à la fin, l’Union européenne, « on ne peut jamais vraiment en sortir »… Bon, on a un peu l’habitude de voir les éditorialistes prendre leurs désirs pour des réalités depuis le début de l’affaire, alors méfiance. Mais dans le bord** ambiant, après tout, why not?

Référendum, V2 ?

Une nouvelle consultation populaire ? Pour l’heure, il n’en est pas question. Les partis travaillistes et conservateurs sont formellement opposés à une nouvelle consultation populaire. Mais d’irréductibles pro-européens gardent espoir de faire machine arrière. Âgé de 54 ans, le lord et ancien premier ministre britannique Andrew Adonis mise sur… la jeunesse, peu mobilisée en 2016, pour changer la donne. Comparant la sortie de l’Union européenne à un « acte d’automutilation« , il entend donc logiquement soigner le référendum… par le référendum. 

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils maîtrisent les réseaux sociaux!
Lord Adonis espère entraîner avec lui la jeunesse

Et il n’est pas le seul sur ce créneau. Sur le modèle d’En marche, un nouveau parti vient de se lancer le week-end dernier avec un objectif clair : annuler le Brexit. Baptisé “Renew”, il dispose déjà de 220 candidats potentiels aux législatives de 2020, recrutés grâce aux réseaux sociaux. La “société civile” de 18 à 73 ans, comme dans les contes de fées. Bien implantée dans les grandes villes… mais peu présente dans le Nord industriel.

Est-ce grâce à sa maîtrise subtile de la langue de Shakespeare ? Macron a su parler au cœur de ces financiers, avocats et entrepreneurs qui lui rendent hommage à tout bout de champ- ils ont même copié le bouton “donnez!” de son site. Ils misent à fond sur l’optimisme et la pédagogie pour dépasser les clivages politiques traditionnels et s’imposer en un temps record.

Mais qui ça intéresse vraiment ?

A l’heure actuelle, pas tant de gens que ça. Depuis juin 2017, les opinions pro-européennes dépassent légèrement celles favorables à un divorce à un petit 51 contre 49%. Mais aucun mouvement général de regret n’est perceptible. Oui, 8 % des « leavers » veulent désormais rester dans l’UE. Mais 7 % des “remainers” ont changé d’avis dans l’autre sens. Quand on se fait larguer, on veut toujours croire que l’amour peut revenir. Mais parfois, il vaut mieux juste passer à autre chose….

Episode 14

Winter is coming

 

 

Depuis que les Britanniques ont voté « Leave », la terre a déjà eu le temps de tourner une fois autour du soleil, Emmanuel Macron de passer du statut d’inconnu juvénile à celui de président de la République française, et Donald Trump de saboter d’une pichenette tous les efforts des autres pays du monde pour lutter contre le réchauffement climatique. Bref, il s’en est passé des trucs. Pourtant, la véritable bataille du Brexit n’a pas encore vraiment commencé. Ça fait des mois que chaque camp affûte ses armes, prépare ses munitions, aiguise ses arguments en vue des négociations. Et cette semaine, ça y est : WINTER IS COMING ! En tout cas, c’est ce que veulent croire les négociateurs du Brexit, qui se sont retrouvés ce lundi à Bruxelles pour une semaine de discussions. Et cette fois-ci, ils devraient -enfin- entrer dans le vif du sujet.

Mais avant de continuer à filer la métaphore « Game of Thrones », qui ne vous aura certainement pas échappé si vous êtes quelqu’un de bien, parlons un peu du président des Etats-Unis, c’est toujours un plaisir.

Trump, l’ami qui leur veut du bien

Au début du mois de juillet, la ville de Hambourg a accueilli le G20, sommet qui réunit les dix-neuf pays les plus industrialisés du monde + l’Union européenne. Autrement dit, les Etats qui pèsent dans le game. Et c’était peut-être bien la dernière fois que le Royaume-Uni était de la partie, quand on y pense…

Les Britanniques avaient de grandes attentes : ils espéraient que leur Première ministre profiterait de ce sommet pour porter ses ovaires et toucher deux mots au « POTUS » à propos du climat. Déjà, ils l’avaient mauvaise en juin quand Theresa May s’était défilée : elle s’était abstenue de signer un communiqué dénonçant le retrait de l’accord de Paris sur le climat décidé par Trump, alors que la France, l’Italie et l’Allemagne avaient unanimement condamné cette reculade.

Enfin, cerise sur le gâteau, Donald Trump a profité de cette rencontre fructueuse avec Mrs. May pour annoncer qu’il voulait se fendre d’une visite officielle au Royaume-Uni. Mais il existe un protocole bien établi : si sa venue est estampillée « visite d’Etat », alors il doit obligatoirement être reçu par la reine d’Angleterre. Et ça, les Britanniques ne l’entendent pas de cette oreille. Une pétition a été signée par plus d’1,8 million de personnes pour épargner à la souveraine le désagrément d’un tête-à-tête avec le grossier personnage. Et en même temps, on est un poil déçus : ça aurait pu être très, très cocasse comme rencontre…

Theresa May avait alors été traitée de « mauviette », « trouillarde », et bien d’autres noms d’oiseaux par les journaux british. Là, autant vous dire qu’ils l’attendaient au tournant pour qu’elle aborde la question qui fâche. Finalement, surprise… Elle n’a « pas eu le temps » d’évoquer le sujet. Aha.

Par contre, ils ont eu tout le temps nécessaire pour discuter d’un futur accord commercial entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni ! Là, pas de souci. Trump a même lâché :

« Nous travaillons à un accord commercial qui sera très important, très vaste et formidable pour les deux pays. Je pense que nous y parviendrons très, très vite ».

Il vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué, parce que ça ne sera pas possible tant que le Royaume-Uni fait partie de l’Union européenne. Mais Donald n’est pas homme à s’arrêter à ce genre de détails insignifiants.

L’hiver arrive

Maintenant qu’on a fermé la parenthèse Trump, revenons-en à nos moutons. Ce lundi 17 juillet, il se trame quelque chose. Quelque chose d’autre que le lancement de la septième saison de “Game of Thrones”. Et quelque chose d’autre aussi que la « journée mondiale de l’emoji«  (si si, c’est aujourd’hui, si vous aviez raté l’information).

Les Vingt-Sept + 1 recommencent les négociations liées au processus de sortie du Royaume-Uni. Une bataille qu’ils préparent maintenant depuis des mois. Parmi les enjeux majeurs qui seront débattus : la facture que devra régler le Royaume-Uni avant de quitter l’Union. Comme on vous le racontait ici, les rumeurs les plus folles ont circulé à propos du montant de l’addition. Mais à la veille du sommet, dimanche 16 juillet, le ministre des Finances britannique Philipp Hammond a fait une déclaration digne du clan Lannister.

« Nous ne sommes pas un pays qui fuit ses dettes », a-t-il solennellement clamé.

Ca ne vous rappelle rien ?

"Un Lannister paie toujours ses dettes", devise de la famille des blondinets au pouvoir depuis le début de la série Game of Thrones.

 

Notons aussi qu’en coulisses, le jeu de trônes et de poignards dans le dos continue. Un « mémo secret » dévoilé dimanche par le Mail  accuse la France de vouloir profiter du Brexit pour affaiblir Londres et son économie. Prenons tout de même cette « révélation choc » du tabloïd anglais avec des pincettes: le « mémo secret » n’est autre qu’un document rédigé par Jeremy Browne, député libéral-démocrate et ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur, dans lequel il… donne son avis. Loin de moi l’idée de décrédibiliser ce monsieur, mais bon, si on devait faire un « breaking news » à chaque fois qu’un député français donnait son petit point de vue sur quelque chose… On serait relativement mal barrés.

Le député a rencontré début juillet plusieurs négociateurs, ainsi que le gouverneur de la banque de France, et affirme que Paris « cherche activement à détruire le secteur financier » du Royaume-Uni. Rien que ça. Et la France aurait selon lui durci le ton depuis l’élection d’Emmanuel Macron, au cœur du complot.

Grosse ambiance.

Et pour finir, trois petites infos que vous aurez oubliées demain

Dans la catégorie « on nous prend vraiment pour des jambons » :

Vous ne connaissez probablement pas Dominic Cummings, et pourtant c’est l’un des « cerveaux du Brexit », qui travaillait pour la campagne du « Leave ». L’homme n’est pas à une contradiction près : début juillet, il a déclaré qu’avec le recul le référendum était « une idée stupide » et que la sortie de l’Union européenne pourrait être « une erreur » pour le Royaume-Uni. Fallait peut-être y penser avant, nan ?!!

Quand on sait que Mr. Cummings est à l’origine du slogan mensonger affiché sur les bus anglais affirmant que le Royaume-Uni envoyait 350 millions de livres chaque semaine à l’UE… On se dit qu’il y a quelques claques qui se perdent !

BoJo tout en finesse

Le très diplomate ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, est rarement du même avis que son collègue des Finances. Et cette règle s’est récemment confirmée : à propos de la facture dont Londres devra s’acquitter avant de sortir de l’Union, il a déclaré, deux-points-ouvrez-les-guillemets : « Ils peuvent toujours courir ». Ok Boris. Bisous !

EasyJet s’envole en Autriche

EasyJet a senti le vent tourner (ha-ha-ha.) La compagnie aérienne britannique va ouvrir une nouvelle société basée en Autriche pour limiter les pertes causées par le Brexit. En effet, environ 30% de ses vols low cost décollent de pays de l’U.E. Après le Brexit, il lui aurait fallu une dérogation pour continuer à les assurer. Mais EasyJet prend les devants et « s’européise » -si un tel mot est autorisé par la loi.

Épisode 13

Brexit blog: birthday party

Sortez les cotillons, les seaux à champagne et les vuvuzélas : ce vendredi 23 juin on fête… Le premier anniversaire du Brexit ! Rappelez-vous: il y a un an jour pour jour, le monde se réveillait dans la stupeur en découvrant le résultat du référendum britannique. « Oh les cons, ils l’ont fait… » Personne n’y croyait, et pourtant c’est arrivé. Ces douze derniers mois ont été riches en émotions et en actualités toutes plus « what the fuck » les unes que les autres. À l’occasion de cet anniversaire, on a résumé pour vous les temps forts post-Brexit en vidéo. 

Graphisme : Mikaël Cuchard. Montage : Sebastian Scheffel. Rédaction : Aliénor Carrière et Mélanie Chenouard. 

Episode 12

Beaucoup de bruit pour rien

Dix jours d’avant d’aller négocier les conditions du Brexit avec les Européens, Theresa May gagne-mais-perd les législatives anticipées qu’elle était si fière d’organiser.

C’est ce qu’on appelle une belle baffe politique…

*outch*
Theresa Chirac

Merci à Guillaume TC, le roi des « croisons-les ».

Try agaaaain

Elle nous a presque fait une Chirac ! Ah ils sont conteeeents les éditorialistes politiques français. Vingt ans après, ils peuvent enfin comparer l’erreur de la droite française et celle du conservatisme britannique.

Suite aux législatives anticipées du 8 juin 2017, les travaillistes gagnent 30 sièges au Parlement, tandis que May et son équipe en perdent 13.

Theresa May espérait faire un carton plein… mais après une campagne compliquée, le score des Tories s’effondre. Tout ça pour ça…

Finalement, sans rentrer dans la comparaison internationale, May aurait dû revoir ses cours sur l’histoire politique britannique. En 1974, les conservateurs avaient déjà tenté l’expérience, avant de voir le Labour gagner les élections.

Tout n’est pas perdu. Les conservateurs sont à 318 sièges, contre 262 pour leurs principaux concurrents travaillistes. Là où ce graphique est intéressant : il donne le score du DUP (Parti unioniste démocrate d’Irlande du Nord, sombres inconnus pour nous, Français et Allemands) les nouveaux alliés de May avec leurs dix députés, qui lui permettent de quitter les Lib-Dem avec qui ça commençait à sentir le roussi.

Arlene Foster, nouvelle alliée de Theresa May (leader du DUP)
Theresa May aurait-elle conclu un pacte avec le diable ?

Le DUP (pour Democratic Unionist Party) est le parti le plus conservateur de Grande-Bretagne, ses députés ont posé des vetos sur des lois pro-LGBT, et se refusent à légitimer l’avortement (encore majoritairement interdit en Irlande du Nord). Concernant le Brexit, la leader du DUP et dirigeante de l’Irlande du Nord, Arlene Foster a été claire : « Personne ne veut d’un Brexit dur !« . Son parti était cependant pro-Leave l’an passé, même si les Nord-Irlandais auraient préféré rester dans l’UE à 56%.

 

A lire ailleurs (si vous voulez vous faire peur)

Quelles sont les positions politiques (extrêmes) du DUP dans The Independant

Chez les conservateurs, on joue au lancer de couteaux. « Theresa May a raté sa campagne et encore je suis gentille. Le message véhiculé a été consternant et le revirement sur les soins aux personnes âgées une catastrophe », commente la députée conservatrice Ann Soubry, elle-même réélue de justesse. Autant dire que les copains Tories commencent à lui en vouloir sérieusement…

Les vieux Britanniques face à la "Dementia Tax"
AAAAAAAAAAH !
Polémique de campagne

Ce qui aurait coulé Theresa May, c’est son revirement sur une mesure de sa campagne : elle voulait (avant de se rétracter) que les personnes âgées qui sont propriétaires financent davantage leur assurance maladie. La « taxe sur la démence » a fait grincer des dents, même de ceux qui n’en n’avaient plus… c’est con, c’est son électorat.

Pendant la campagne, Theresa May en avait vu de toutes les couleurs dans la presse. « Vantarde qui détale au premier coup de feu » pour certains, elle aurait pour d’autres « la chaleur, l’humour, l’agilité oratoire et le charme d’un congélateur [de la marque] Indesit mal branché […] rempli de crêpes croustillantes de chez Findus en état de décomposition ». WOW. Ils aiment bien les métaphores scabreuses les journalistes anglais, ça me plaît bien. Et ils ont tendance à s’acharner, comme le montre cette interview par le journaliste Jeremy Paxman.

 

 

Interviewé sur Europe 1, un habitant londonien ose une proposition : « Ce désastre c’est celui de Theresa May, elle n’avait pas besoin de convoquer une élection, elle s’est trompée sur tous les plans, c’est une erreur terrible. Il faut que le parti reprenne la main. Le meilleur ce serait Boris Johnson, c’est notre meilleur espoir« . Déprimant ce Monsieur, donnez-lui un Xanax sur-le-champ !

Oh wait… alors, oui, please, let BoJo be Prime Minister ! Ça nous fera du grain à moudre, ici au Brexit blog. 

On rembobine

Okay, comment on en est arrivé là ? C’est simple comme une courbe de sondage qui fait le grand huit. Au début, May est confiante. Elle se dit que pour asseoir son autorité face aux Européens, elle doit montrer que son peuple la soutient à 200%.

BIM, le 18 avril, elle balance la bombe : législatives anticipées !

Le sondage de la mort

Il sort le 26 mai et c’est la douche froide pour les conservateurs. L’institut YouGov prédit dans le Times une montée vertigineuse du Labour de Corbyn, et une éventuelle perte de la majorité absolue des Tories. La Première Ministre a beau se réfugier derrière un très politique « le seul sondage qui compte est celui qui va se tenir le 8 juin », dans son camp, ils flippent tous leur race.

Dans le fond, Theresa May n’a pas mal choisi son moment…

 Parce que jusqu’ici tout va bien, à vrai dire, les Anglais ne se rendent pas vraiment compte de ce que le Brexit peut changer dans leurs vies. L’article 50 a tout juste été déclenché, et son parti est crédité d’une avance de vingt points face au Labour, début mai, juste après l’annonce des législatives anticipées. Tout lui paraît easy !

Elle repousse ainsi les prochaines législatives en 2022 – et non en 2020 comme elles étaient prévues initialement. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour May ça veut dire beaucoup : dans les trois prochaines années, les conséquences du Brexit vont sérieusement se faire ressentir en Grande-Bretagne, de quoi donner envie aux électeurs de bouder les conservateurs. En se donnant deux ans de marge, elle peut sauver les meubles en 2022. Who knows…

Et aussi en appelant à des législatives anticipées mi-avril, elle parvient à sauver certains de ses copains députés, dont l’élection aurait pu être invalidée : en 2015, une quinzaine de conservateurs sont élus mais sont visés par des poursuites judiciaires pour avoir trop dépensé pendant leurs campagnes (eh oui, ça n’arrive pas qu’en France, visiblement …). Or quinze postes de députés en jeu, sur une majorité fragile, ça peut changer beauuucoup de choses pour Theresa May.

Finalement le procureur de la Couronne va reculer le 10 mai, et décider de ne pas les poursuivre dans la grosse majorité des cas… Theresa May n’aura plus qu’à mieux surveiller ses troupes, après ce premier avertissement de la justice.

Elle veut gagner une large majorité pour diriger seule, avant d’entamer les négociations… le tout sans être déstabilisée au Parlement par le Labour, le SNP (Parti national écossais) et les Lib Dems (ses alliés de coalition d’alors, beaucoup trop pro-Remain à son goût).

A lire ailleurs

Pourquoi Theresa May a loupé son pari, dans La Croix.

EPIC FAIL 

Bon, ça a capoté. Mais pourquoi ? Si on synthétise, ce serait parce que :

– Sa position intransigeante sur le Brexit n’aurait pas plu à une partie de son électorat traditionnel.

– Theresa May a réduit le nombre de policiers alors qu’elle était ministre de l’intérieur. Or il y a eu trois attentats en trois mois au Royaume-Uni, for-cé-ment, ça fait mauvaise figure, même si les deux ne sont pas systématiquement liés.

– Et parce qu’elle ne s’est pas pointée au débat entre les candidats. Sa réponse : « pas le time, les mecs, j’suis sur le ground avec les vrais gens, moi, sorry, kisses ».
Idéal pour passer pour la snobinarde de service.

Et accessoirement, les réseaux sociaux l’ont allumée avec une chanson bien particulière, interdite de diffusion sur les radios nationales.                      

 

 

Une campagne résumée à un affrontement Corbyn – May

Il y a eu un débat et des engueulades annexes. Rien d’illogique, on est en politique, me direz-vous. Bon, les tacles auraient pu être un poil plus fun. Theresa a dit de Jeremy, que s’il devenait Premier ministre, il se retrouverait « tout seul et tout nu dans la salle de négociations de l’Union européenne ». C’est limite mignon comme attaque, non ?

Ce à quoi Corbyn a répondu : « C’est inapproprié d’imaginer quelqu’un nu – même moi ». Okay les mecs, on vous laisse prendre un thé entre vous, pour en débattre, poliment.

 

 

Même si à la fin, c’est May qui reste Première ministre, Jeremy Corbyn a marqué des points.

 

Ah, il est content Jeremy ! Il a à la fois fait la nique à :

– Tous les conservateurs qui trouvaient que c’était un loser.

– Tous les Brexiteurs qui le pensent mou.

– Et même dans son propre camp : il a fait une percée inespérée, dépassant, avec ses 40%, les scores de Tony Blair, Gordon Brown et Ed Milliband depuis 2005.

 

Dans un électorat déçu par les travaillistes convertis au néolibéralisme (via Tony Blair et Gordon Brown, en particulier), son programme anti-austérité et pro-justice sociale, intitulé « Pour le plus grand nombre, pas quelques-uns », a manifestement été plébiscité auprès des jeunes notamment. C’est peut-être ça, le premier critère du politicien dit « cool » : Corbyn disposait de 44 points d’avance sur sa rivale conservatrice chez les 18-24 ans, en promettant par exemple la suppression des frais d’université ou la défense du système de santé public, le NHS.

Dans le métro londonien, les campagnes sont explicites.

VU DANS LE METRO – « Voulez-vous la suppression du système de santé ? » OUI : je vote Tory NON : je vote Labour. Ça a le mérite d’être explicite.

 

Les trolls du web ont aimé pour vous…

Mais finalement, à force de vouloir avoir l’air cool, on se retrouve à faire des bourdes… comme avec l’une de ses collègues du parti travailliste le soir de la victoire… et là c’est le drame : Jeremy loupe magistralement son high five devant les caméras du monde entier. 

 

Ska - Liar liar

Ce titre, qui critique la Première ministre britannique Theresa May, cartonne au Royaume-Uni. Mise en ligne le 25 mai, la vidéo cumule quelque 2 800 000 vues sur YouTube.

On sort les gros muscles

Ground control to Major Jeremy

(faudrait pas qu'il prenne la grosse tête, avec tout ça)

He's baaaaack
A lire ailleurs

Et un comeback pourrait l’occuper… surtout pendant que le FBI s’intéresse à lui dans le cadre d’une enquête sur d’éventuels liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Une info what-the-fuck à lire sur le Monde.fr.

MAIS AU FAIT comment va Nigel Farage ?

C’est vrai ça, ça fait un moment qu’on ne l’a pas entendu ! Alors, il n’a pas vraiment commenté le fait que UKIP ait perdu son seul et unique député au Parlement… nooon ça, il ne l’a pas mis en avant. Par contre, il a réussi à s’exprimer du fin fond de sa retraite : il a peur. De l’extrémisme, du manque de sécurité et… des méchants Européens. La victoire de May risque de ne pas conduire à un Brexit fort, comme il l’espérait. Logique, ce Nigel, toujours très logique. Et la politique, il l’a dans la peau. Il envisage même de se représenter à la tête de son futur ex-parti, UKIP. Paul Nuttall, jusqu’ici leader du parti eurosceptique, a démissionné après la raclée du 8 juin. D’autres sources nous soufflent à l’oreille que Nigel pourrait revenir en tant que… négociateur du Brexit, et ce serait les Nord-Irlandais du DUP qui lui auraient demandé de rappliquer en vitesse. Si ça confirme, la suite promet d’être encore plus fun…

Well … et maintenant ?

Maintenant, la Première ministre reste en poste, mais change de potes pour gouverner.

Qu’est-ce que ça change pour le Brexit ?

La position de la Grande-Bretagne devient soudain … difficilement lisible. Du Brexit « dur », les Tories vont devoir se passer. Mais resteront-ils d’une façon ou d’une autre dans le marché commun ? Sous quelles conditions ? Déjà avec l’élection en France d’Emmanuel Macron, les Britanniques avaient perdu des points, le nouveau président français très europhile ayant été clair : hors de question qu’un pays tiers dispose des mêmes droits que les Etats membres.

Jean-Claude Juncker et Michel Barnier attendent les Britanniques à table, en se frottant les mains.

Ces prochaines semaines, les discussions devraient commencer, elles doivent durer entre quatorze et dix-huit mois, on a le temps d’en reparler. Vous pouvez compter sur nous pour vous en décrire chaque soubresaut… et chaque bourde, évidemment !

Episode 10

Brexit pour tous, tous pour le Brexit ?

 

C’est encore une semaine riche en émotions que vient de traverser le Royaume-de-plus-en-plus-désuni. Après moultes péripéties, (que vous pouvez rattraper ici), le Parlement a fini par autoriser, lundi 13 mars, le déclenchement du Brexit. L’accord de Westminster est tombé pile-poil : deux semaines de plus, et la promesse Theresa May arrivait à expiration. En effet, elle s’était engagée à lancer le processus de sortie avant la fin du mois. Si elle a réussi son pari de justesse, la Première ministre a aussi essuyé le même jour un revers inattendu…

La revanche du kilt

Le coup est venu d’Edimbourg. Nicola Sturgeon n’a pas hésité à tirer sur l’ambulance. Lundi 13 mars au matin, la cheffe du gouvernement écossais a annoncé la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de son pays.

« Je vais faire le nécessaire pour garantir à l’Ecosse la possibilité d’avoir son mot à dire à la fin du processus. D’avoir le choix de suivre le Royaume-Uni dans la voie d’un Hard Brexit, ou celui de devenir un pays indépendant. (…) Depuis le mois de juin dernier, ma priorité a été d’essayer de trouver un accord avec le gouvernement du Royaume-Uni, qui réconcilierait le voeu de Londres de quitter l’Union européenne, et la volonté écossaise d’y rester. (…) Mais aujourd’hui, alors que le processus de sortie permis par l’article 50 a été enclenché, le gouvernement du Royaume-Uni n’a pas bougé d’un iota en faveur d’un compromis. (…) La voix et les intérêts de l’Ecosse ne peuvent pas être ignorés. »

Un discours ferme, plein d’assurance et de “r” roulés, que vous pouvez écouter en anglais ci-dessus.

Un référendum, encore ?

Pour ceux qui ont une légère impression de déjà vu, non vous ne rêvez pas : la dernière fois que les électeurs écossais ont été appelés aux urnes pour décider s’ils voulaient naviguer en solo ne remonte pas à si longtemps que ça. En septembre 2014, 55% des Ecossais ont répondu “non” à leur gouvernement, qui leur proposait le divorce avec Londres.

Notons tout de même que la situation a considérablement changé depuis. Au moment où les Ecossais ont voté en faveur de leur maintien dans le Royaume-Uni, ils ne pouvaient pas se douter que Londres déciderait deux ans plus tard de tourner le dos au reste de l’Europe. Surtout que les Ecossais, eux, n’ont pas été hyper emballés par le Brexit. Pour rappel, une très large majorité d’entre eux (62%), ont voté pour le “Remain”. Les boules.

L’idée de mener un second référendum ne sort pas tout droit du chapeau de Nicola Sturgeon, donc. D’autant plus que les vélléités nationalistes des Ecossais n’ont jamais été aussi hautes, comme l’a relevé la BBC.

En tout cas, l’annonce de la cheffe du gouvernement écossais a déclenché des torrents de réactions sur les réseaux sociaux, à grand renfort de hashtag (#indyref2, #scotref). Pour le meilleur et pour le pire. (Voir le tweet à droite).

 

“L’Indyref2 a été annoncé seulement mardi et mon fil d’actualité est déjà rempli de tentatives Photoshop légèrement terrifiantes”.

Si Sir Arthur Dayne de "Game of Thrones" existait dans la vraie vie, c'est très certainement à Theresa May qu'il se serait adressé en ces termes.

Ce qui est sûr, c’est que Theresa May n’est pas au bout de ses peines pour les deux années à venir : à la bataille du Brexit va s’ajouter celle de l’indépendance scottish. On lui souhaite bon courage !

Opération séduction pour la royale famille

Après l’annonce du début du processus de Brexit, le Royaume-Uni a réfléchi à une stratégie pour adoucir l’opinion de l’Europe à son égard. Londres a eu une idée de génie : envoyer en France tout ce qui se fait plus charming, délicat, la crème de la crème du glamour et du raffinement british, j’ai nommé : Kate et William. Cette manoeuvre politique n’a pas échappé au magazine Gala, qui souligne, toujours la plume dans la plaie, la “carte glamour pour faire oublier le Brexit”. On ne peut rien leur cacher.

Nous avons reconstitué pour vous le dialogue entre la duchesse de Cambridge et son époux lorsqu’ils ont appris qu’on les parachutait sur le Vieux Continent. Une scène à elle seule emblématique de l’épuisement psychologique du couple. (Voir le gif ci-dessous).

Kate, les dents serrées :

“- Darling, mes courbatures aux zygomatiques me font souffrir le martyre, et le petit en a sa claque d’être trimballé partout”.

William, tendu comme une crampe :

“- Chérie, please, encore un petit effort… L’Europe entière s’apprête à nous haïr pour le restant de nos jours. Il en va de l’image de notre glorieuse nation.”

 

Vendredi 17 mars, le duc et la duchesse de Cambridge sont donc arrivés à Paris pour rencontrer François Hollande, sourire et adresser à la foule admirative tout ce qu’ils peuvent de signes élégants de la main. Bon les gars, on salue l’effort, mais pas sûr que les visites de la famille royale suffisent à rabibocher Londres avec le reste des Vingt-Sept. Il faudra au minimum nous envoyer Emma Watson, Jude Law, Hugh Grant, Daniel Craig et Kate Moss pour espérer une embellie. Vous pouvez garder James Blunt, on ne vous en tiendra pas rigueur.

Episode 9

Westminster s’en mêle

 

Depuis que les britanniques ont voté “Leave” le 23 juin dernier, l’actualité du Royaume-Uni se rapproche chaque jour un peu plus du scénario d’une telenovela : quelques jours d’inattention et voilà qu’on a loupé les derniers rebondissements. Petit rattrapage du mois de janvier chez les rosbifs, qui a été particulièrement riche en émotions. Il s’en est passé des trucs, pendant que le monde entier comptait avec angoisse les dernières heures de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis…!

On a même dérangé les 11 juges de la Cour suprême en plein essayage de robes de chambres dorées.

 

Précédemment dans « Brexit : journal subjectif »,  on vous parlait de Gina Miller, cette femme d’affaire au caractère bien trempé qui tentait avec sa team de faire rentrer le Parlement dans la bataille du Brexit. L’idée était de rappeler à la justice britannique le principe de “souveraineté parlementaire”, en lui démontrant que la sortie de l’Union européenne était typiquement le genre de transformations majeures pour le pays qui nécessitent un vote du parlement.

Of course, les irréductibles Brexiteurs ont crié au scandale, certains allant jusqu’à calomnier, insulter et menacer Gina Miller. Theresa May et le gouvernement, de leur côté, ont passé les dernières semaines à croiser les doigts très fort pour pouvoir enclencher le processus de sortie de l’Union avant fin mars 2017, comme prévu. Et bien figurez-vous (roulement de tambours) que Gina Miller a fini par obtenir gain de cause.

Le Parlement arrive sur le ring

Londres, 24 janvier 2017, 9h30 tapantes. Après plusieurs mois de bataille juridique, le président de la Cour suprême David Neuberger a fait une annonce qui a dû provoquer un énorme « facepalm » collectif au sein du gouvernement May. Un truc un peu comme ça :

« Une loi votée par le Parlement est indispensable pour autoriser le gouvernement à notifier la décision du Royaume-Uni de se retirer de l’Union européenne ». C’est ce qu’on pourrait appeler un nouveau caillou dans la chaussure de Theresa May (et à ce rythme-là, elle doit carrément marcher sur un tapis de gravillons). 

Mais Mrs. May ne s’est pas laissée abattre et a dégainé plus vite que son ombre : le 26 janvier, deux jours seulement après la décision de la Cour suprême, elle a présenté le projet de loi qui demande aux parlementaires de la laisser brexiter tranquille. Jeremy Corbyn, le chef du Labour, a promis que son parti respectera « le résultat du référendum (…) et ne contrecarrera pas la procédure de l’article 50 ».
« Simple », très court et presque expéditif, ce texte de 137 mots sera examiné dès le mardi 31 janvier par la chambre des Communes. Il devra ensuite faire un petit tour par la Chambre des Lords, avant d’être validé en dernier recours par la reine. L’objectif : avoir l’assentiment de sa royale majesté avant le 31 mars.​

C’est probablement pour ça que Davis Davis, le Mr. Brexit du gouvernement May, n’a pas manqué de mettre un petit coup de pression aux parlementaires. « Je fais confiance au parlement, qui a voté en faveur du référendum par six contre un, pour respecter la décision prise par le peuple britannique et pour valider rapidement ce projet de loi », leur a-t-il rappelé, probablement d’un ton menaçant et avec un doigt accusateur. 

Autre décision de la Cour suprême annoncée ce mardi 24 janvier : les assemblées régionales ne pourront pas avoir de droit de veto sur la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne. Seul la décision du Parlement britannique sera prise en compte.

L’Irlande, le Pays de Galles et l’Ecosse avaient essayé de placer leurs pions en demandant à ce que leur avis soient aussi consultés. Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise, voulait en profiter pour faire entendre l’avis de sa population, opposée au Brexit à 62%. Londres n’a rien voulu savoir. 

« Theresa Maybe », c’est fini ?

Quelques jours plus tôt, la Première ministre a détaillé sa vision du Brexit et de l’avenir de son pays, mettant fin (du moins provisoirement) à des mois de railleries sur son indécision et le flou artistique entretenu autour de son plan d’action. Il était temps, parce qu’elle devait avoir sacrément les oreilles qui sifflent. Et puis il faut tout de même le signaler, les jeux de mots sur son nom de famille commençaient à se faire de plus en plus lourdingues. La palme d’or de la vanne la plus facile est attribuée à The Economist, pour son super titre sur « Theresa Maybe« .

Un peu comme si les journaux français avaient… oh wait, je crois qu’ils ont déjà tenté ce genre de blagues subtiles.

 

 

Toujours est-il que Mrs. May a expliqué les grandes lignes de son plan de sortie. Il pourrait se résumer aux paroles d’une célèbre chanson de Queen : « I want to break free !«  (Qu’on vous invite à réécouter à l’occasion, ça ne peut pas faire de mal). Le principal effet d’annonce de la Brexiteuse-en-chef concerne le marché unique, c’est-à-dire l’accord de libre-échange qui permet aux pays de l’U.E. de faire du commerce sans taxes, en gros. Il garantit la libre circulation des marchandises, mais aussi des personnes.

Theresa May a déclaré que le Royaume-Uni sortirait de ce marché commun mais se battrait pour y avoir accès de la manière la plus large possible. Traduction : “On veut renforcer le contrôle aux frontières et en finir avec la libre-circulation des personnes, mais par contre on aimerait pouvoir continuer à exporter dans les pays de l’U.E. les gars…” Oui, parce que le hic, c’est que 44% des marchandises exportées par Royaume-Uni en 2015 ont atterri… dans les pays de l’U.E. Économiquement, il risque d’y avoir un petit trou dans la raquette.

Globalement, Theresa May a tenu un discours ferme allant dans le sens du “hard Brexit” pressenti ces derniers mois. La preuve, le très conservateur Daily Mail a salué “la nouvelle Grande-Bretagne libre de Theresa May”. Si même le Daily Mail est satisfait…

Pour finir, voici une petite liste non-exhaustive des choses les plus farfelues qu’on a apprises ces dernières semaines.

A la demande de l’opposition travailliste, Theresa May a rendu public le « Livre Blanc » du Brexit censé clarifier sa stratégie pour guider le vote des parlementaires. Ces derniers doivent donner leur feu vert avant le début du processus de sortie de l’U.E. Dans ces 77 pages, le gouvernement revient sur les grands points déjà annoncés : on peut par exemple y lire que le Royaume-Uni entend se retirer de la Cour européenne de Justice et du marché unique.


Dès sa publication, ce fameux Livre Blanc s’est attiré une pluie de railleries. Le Guardian le décrit par exemple comme « une liste de souhaits déguisée en stratégie« . Pour mettre en évidence la faiblesse des engagements, le quotidien se livre à une petite démonstration sémantique : 
« Pour démontrer que ces ambitions sont vides de sens, on peut appliquer une technique très prisée par les éditeurs lorsqu’ils cherchent à couper les bavardages inutiles d’un texte. Si vous inversez une affirmation et qu’elle ne veut plus rien dire, il y a une forte probabilité pour que l’assertion originale soit creuse également ».


Et le Guardian de continuer le raisonnement, implacable : « 
Le gouvernement mettra un point d’honneur à assurer l’accord commercial le plus libre et le moins conflictuel possible concernant les biens et les services’, peut-on lire dans le rapport. Il est difficile d’imaginer qu’un gouvernement veuille enlever l’accord commercial de ses priorités et faire en sorte qu’il soit le plus difficile et le plus fastidieux possible ». C’est sûr que vu comme ça… 

Le point de non-retour 

 

Mardi 7 février, le Parlement écossais vote à écrasante majorité contre le projet de démarrage du Brexit. Bon, le seul souci, c’est qu’il s’agit d’un vote uniquement symbolique : comme c’est expliqué plus haut, seul la décision du Parlement britannique entre en compte.

Le même jour, pendant l’examen du projet de loi à la Chambre des Communes, Theresa May est confrontée à une tentative de rébellion au sein de son propre camp. Vingt-sept députés conservateurs menacent de voter en faveur d’un amendement déposé par Chris Leslie, membre du parti travailliste. Le Labour et le SNP (parti national écossais) demandent via cet amendement un second vote du Parlement sur le Brexit à la fin des deux ans de négociation, qui permettrait de rejeter le projet final du Brexit s’il était jugé inadapté.

La réponse à la requête de Chris Leslie résumé en un gif.

Mercredi 8 février, la tension monte encore d’un cran : c’est le dernier jour avant le vote final de la chambre des Communes. Le point de non-retour, en quelque sorte. Et sans réelle surprise, la chambre des Communes a largement approuvé le texte du gouvernement, à 494 voix contre 122. Plus qu’un petit passage par la chambre des Lords, et le compte à rebours est lancé. 

Manque de pot, réponse du gouvernement : le deal final du Brexit sera « à prendre ou à laisser » pour les parlementaires. Ils ne pourront pas rejeter le texte à ce moment-là, à moins de plonger le pays dans la panade et le chaos économique. Et la chambre des Communes de rejeter l’amendement de Chris Leslie à 326 voix contre 293. 

Plus de peur que de mal pour la Première ministre, les 27 frondeurs d’un jour se sont finalement ralliés à l’avis du gouvernement en fin de journée.