Quelle Algérie demain ?

Chapitre 1

Quelle Algérie demain ?

Chapitre 1

Quel avenir pour l’Algérie, alors qu’Abdelaziz Bouteflika se porte à nouveau candidat à l’élection présidentielle ? Et en cas de réélection, le président pourrait-il être destitué avant la fin de son cinquième mandat ?

Le président n’est presque plus en mesure de gouverner le pays et les tensions s’accumulent. Avant, dans des situations similaires, l’Etat algérien avait pour habitude d’acheter la paix sociale à coup de subventions. Il offrait notamment des crédits et des loyers à prix bas aux jeunes Algériens, ainsi que des emplois. Avec la baisse des prix du pétrole, le régime, qui a construit une économie complètement dépendante des exportations d’hydrocarbures (voir chapitre 2), ne dispose plus de cette roue de secours.

La Friedrich-Ebert-Stiftung, une fondation allemande proche du parti social-démocrate SPD, mène des projets sur le développement de l’économie algérienne. “L’Etat doit prendre des mesures d’austérité, mais elles risquent de provoquer des tensions sociales [supplémentaires] », expliquait en 2016 Merin Abbass, son responsable pour l’Algérie.

Le président Bouteflika, s’il est réélu, risque-t-il la destitution ?

L’article 88 de la constitution algérienne prévoit que le président peut être destitué s’il n’est pas en mesure d’exercer ses fonctions « pour cause de maladie grave et durable ». Pour que cette mesure soit appliquée, le Conseil constitutionnel doit « vérifier la réalité de cet empêchement » et proposer à l’unanimité au Parlement de « déclarer l’état d’empêchement ». Mais cette disposition est quasi-impossible à mettre en place, pour des raisons juridiques et parce qu’une partie des membres du conseil constitutionnel sont des proches du clan Bouteflika, empêchant toute décision d’être prise à l’unanimité.

« A mon avis, la question du successeur n’est pas encore réglée. Et tant qu’elle n’est pas tranchée, on gardera Bouteflika comme président », expliquait en 2016 le politologue Merin Abbass. Ahmed estime quant à lui que Saïd Bouteflika, petit frère du président et dirigeant officieux du pays (voir ci-contre) est « grillé » et qu’il n’a aucune chance d’accéder au trône après sa disparition.

Et si une élection avait lieu malgré tout, le pouvoir laisserait-il un candidat non désiré gagner le scrutin ? Ce n’est pas sûr : l’opposition a dénoncé de nouvelles fraudes lors de la réélection du chef de l’Etat en 2014, tandis que les Algériens gardent encore en mémoire l’élection qui a précédé la guerre civile, au début des années 1990. Les islamistes avaient remporté le scrutin, mais celui-ci avait été annulé.

Saïd Bouteflika, le frère qui tire les ficelles

Il y a Abdelaziz Bouteflika, président officiel de l’Algérie et son petit frère Saïd, chef officieux qui n’a que le titre de “conseiller spécial à la présidence”. Surnommé “le vizir”, il est considéré comme le vrai décideur du pays.

Après s’être occupé de la campagne présidentielle de son frère en 1999, il est devenu son conseiller et a peu à peu grimpé les échelons du pouvoir, évinçant ses concurrents et profitant de la dégradation de son état de santé pour diriger l’Algérie.

Une opposition fragmentée

On pourrait imaginer que les difficultés économiques et les tensions sociales auraient amené une forte opposition en Algérie. Ces tensions sont bien palpables, mais l’opposition est divisée, chacun voulant défendre ses propres intérêts. « Certes, il existe des coalitions dans l’opposition », analysait Merin Abbass en 2016. « Mais elles ne peuvent pas nuire au système ».

Selon le spécialiste, les protestations sociales ont augmenté de manière significative au cours de ces dix-huit derniers mois, en dépit de la répression et des interdictions de manifester et de se réunir. Les manifestants sont excédés par les injustices sociales et les abus du pouvoir. Le groupe “Barakat” réunit de jeunes Algériens touchés par le chômage, qui exigent la démission du président. Malgré ces quelques initiatives, les jeunes ne semblent plus croire en la politique.

Lorsqu’Abdelaziz Bouteflika a à nouveau été réélu sans surprise en 2014, moins de 50% des électeurs s’étaient rendus aux urnes.

Le traumatisme de la guerre civile

Ces circonstances pourraient laisser penser que s’il ne se fait pas par la voie des élections, un changement démocratique devrait emprunter celle d’une révolution populaire. Une tentative de printemps arabe a eu lieu début 2011. Mais les manifestations n’ont duré que quelques mois et sont restées sans lendemain. Elles ont été sévèrement réprimées, comme en Egypte ou en Libye.

Mais comment expliquer qu’à la différence de ces deux pays, elles soient restées sans lendemain ? Ahmed voit deux raisons à cette révolte avortée. Le pouvoir a distribué ses dinars sonnants et trébuchants issus de l’exportation d’hydrocarbures aux Algériens : emplois offerts, logements subventionnés… Et a réussi à étouffer, comme à son habitude, toute velléité de contestation sociale. « L’Algérie a vécu un drame qui l’a traumatisée », rappelle Ahmed à propos des « années noires ». « Le pouvoir utilise cette crainte : ‘Regardez les Libyens et les Egyptiens. Si vous voulez revivre ce que vous avez vécu sans l’aide de la communauté internationale, allez-y !' »

 

 

 

 

 

Les années noires encore vivaces