Une société sous perfusion

Une société sous perfusion

L’économie algérienne repose quasi-exclusivement sur les exportations d’hydrocarbures. Mais le gaz naturel et l’or noir, au lieu de bénéficier à la population, servent à soutenir le pouvoir… Qui dépend des fluctuations des cours du pétrole.

Bouteflika n’est qu’une pierre dans l’édifice du régime algérien. En Algérie, le pouvoir est détenu par trois acteurs : le pouvoir, les services secrets (DRS) et les militaires. Ils forment un système qui contrôle la vie politique et entretient la corruption et le népotisme. Les profiteurs de ce système sont ceux qui détiennent le pouvoir. De leur point de vue, il n’y a donc aucune raison de changer le statu quo.

Cette structure de pouvoir est aussi celle qui choisira le successeur d’Abdelaziz Bouteflika. Par le passé, elle a déjà évincé des opposants ou d’anciens alliés, comme Mohamed Mediène, qui a été brutalement mis à la retraite en septembre 2015 après vingt-cinq années à la tête des tout-puissants services secrets. Un épisode qui montre que dans la perspective de l’après-Bouteflika, les figures jugées trop indépendantes sont écartés au profit de celles qui respectent les lois du pouvoir.

Une économie fragile

En Algérie, le printemps arabe n’a été porteur d’aucune forme de changement, qu’il soit économique ou politique. L’économie repose quasi-exclusivement sur les revenus issus des exportations d’hydrocarbures. A son arrivée à la tête de l’Etat en 1999, le président a profité d’une période clémente, avec des prix du pétrole en hausse. « Bouteflika a été chanceux », explique à ARTE Info Ahmed*, un fonctionnaire algérien de 36 ans. Selon lui, la courbe ascendante des prix du pétrole « a procuré une énorme manne au pays, mais une manne purement rentière ».

Le régime préfère alors chercher de nouveaux clients à qui vendre ses ressources naturelles, en particulier la Chine, plutôt que de développer une production et une industrie propres. Résultat : une économie florissante mais fragile, qui ne repose que sur un seul type de ressource. Avec la baisse du prix du baril de pétrole depuis l’été 2014, l’Algérie subit aujourd’hui de plein fouet les conséquences de cette dépendance.

*Le prénom a été changé.

La menace de la baisse du prix du pétrole (Merin Abbas, 2016)

Comment faire face à cette brutale baisse de revenus ? Le régime se repose pour l’instant sur les réserves de change de la Banque d’Algérie, qui fondent comme neige au soleil. Elles sont passées de 194 milliards de dollars en décembre 2013 à 178,9 milliards en décembre 2014, puis 159 milliards en juin 2015. Les autorités algériennes estiment qu’elles devraient baisser de trente milliards de dollars supplémentaires cette année.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime dans une note parue en avril que le pays va devoir faire des économies pour faire face à la baisse des prix du pétrole. « De nouvelles mesures d’économie sont nécessaires à moyen terme pour rétablir la viabilité budgétaire, reconstituer les réserves et épargner suffisamment pour les générations futures. […] Un ajustement budgétaire important impliquera inévitablement des choix difficiles et imposera notamment de repenser le rôle et la taille du secteur public et de revoir le contrat social. Il est possible de réduire les dépenses publiques, qui ont considérablement augmenté pendant la flambée des prix du pétrole, et de lever de nouvelles recettes. »

Des mesures d’austérité encore inefficaces

Le gouvernement a déjà pris plusieurs mesures d’austérité : gel des recrutements de fonctionnaires, report de construction d’infrastructures, baisse des subventions sur certains aliments de base et augmentation des impôts… Mais il est hors de question pour le pouvoir d’interrompre certains projets, comme celui de la grande mosquée d’Alger, aussi coûteux soient-ils. Ce chantier monumental et très controversé, débuté en 2011, a pris beaucoup de retard. Cette mosquée, qui devrait être la troisième plus grande dans le monde, est « LE projet de Bouteflika. Un chantier aussi politique que les milliers de logements qu’il a promis », expliquaient ses proches en avril dans Le Figaro.

Malgré la richesse de l’Algérie en ressources naturelles, la majorité des habitants sont dans le besoin et le taux de chômage s’élève à 30%. A cela s’ajoute un phénomène connu sous le nom de « Youth bulge », avec une population majoritairement jeune, dont la moyenne d’âge est de 27,3 ans. Beaucoup de ces jeunes, qui pourraient être une force pour le pays, n’ont pas d’emploi et souffrent d’un système éducatif qui ne leur a pas permis de s’adapter au marché du travail. A cela s’ajoute le coût élevé du niveau de vie, car l’Algérie importe un grand nombre de produits de base, faute d’avoir développé une production propre.