Selfies, Hello Kitty et Nicolas Hulot

Selfies, Hello Kitty et Nicolas Hulot

Même en saison des pluies, l’étrange parc d’attraction ne désemplit pas. A tel point qu’aujourd’hui, au Kawah Ijen, le selfie est devenu vingt fois plus rentable que le soufre pour les mineurs. Chaque kilo extrait du cratère rapporte 0,05 euro à celui qui le redescendra dans la vallée. Monnayée à environ un dollar, la photo prise avec un touriste, elle, rapporte beaucoup plus.

Certains mineurs sont même devenus des stars d’Instagram. Supriyanto approche tous les voyageurs croisés sur son chemin pour leur proposer de prendre la pose. Sourd, et incapable de se souvenir précisément de son âge, le porteur de soufre a posé devant tant d’appareils étrangers qu’il revient inlassablement sur les photos de touristes postées en ligne. Loin de soupçonner sa gloire numérique, ni l’existence même de ces clichés sur Instagram, il se contente de sourire quand on l’interroge sur son succès photogénique, avant de reprendre son chemin vers la vallée 

Le kilo de soufre est rémunéré 0,05 euro.

Le selfie n’est pas le seul moyen de tirer profit de la présence de touristes sur le site. En pause cigarette dans le seul warung (le café local) sur le chemin du volcan, deux jeunes hommes taillent des silhouettes de tortues et de Hello Kitty dans des morceaux de soufre. Ils les échangeront contre quelques dollars aux touristes arrêtés à l’échoppe. Lucas, jeune tatoué de 28 ans, vient d’en payer une au prix fort. Il hausse des épaules. « Ils profitent de notre présence ici. Et je pense qu’ils ont bien raison. » Assis à côté, un mineur raconte avec des grands gestes à une famille française le passage éclair sur la mine de Nicolas Hulot, pour son émission Ushuaïa, en 1997. En presque vingt ans, la légende a pris de l’ampleur. On parle de deux cents porteurs pour les caméras, et d’hélicoptères qui ont déposé le journaliste directement sur l’arête du volcan.

Un peu plus loin, façon fête foraine, des mineurs prêtent leurs paniers chargés à des jeunes Australiens qui tentent de les soulever pour tester leur propre force. Sans succès. La plupart ne parviennent même pas à les décoller du sol. Vous, vous faites ça en tong, torse nus, et puis vous grimpez, alors que nous on galère déjà à monter avec notre sac à dos !”lance l’un deux en anglais, devant la mine perplexe de son interlocuteur javanais.

« Les mineurs profitent de notre présence ici. Et je pense qu’ils ont bien raison. »

L’endroit reste difficile d’accès, mais les autorités locales déploient tous les moyens possibles pour le promouvoir. Site internet, courses itinérantes à VTT rassemblant des équipes du monde entier  : tout est bon pour faire connaître la région. Les mineurs ont même reçu des tee-shirts « I love Banyuwangi », à porter sur le volcan. Au pied de la mine, sur le parking, Pak Rohama sert justement un groupe de cyclistes allemands. Il a ouvert son café avec sa femme sur les conseils d’un touriste avisé. Il y vend des boissons fraîches et du riz frit, mais aussi des cartes postales affichant les mineurs devant le cratère, et des tee-shirts « I love Kawah Ijen ». Parfois, pour arrondir les fins le mois, il monte sur le volcan pour y récupérer un peu de soufre.  

Les selfies ne sont pas les seules sources de revenus pour les mineurs qui vendent eux-mêmes leurs goodies-souvenirs en soufre.
Un restaurateur implanté au pied de la mine : "Un touriste m’a conseillé d’ouvrir un warung, d’imprimer des cartes postales."