Le Royaume contre-attaque

Le Royaume contre-attaque

Jeudi 3 novembre 2016 : Le pire cauchemar de Theresa May et de son gouvernement s’est réalisé, et on pourrait le résumer en deux mots : « souveraineté parlementaire ». On vous l’accorde, ça a l’air plutôt boring dit comme ça, mais en réalité c’est assez brillant et c’est un gros coup de théâtre. Trois juges badass de la Haute Cour de Londres ont rendu une décision primordiale. Ils ont estimé que le référendum du 23 juin, à l’issue duquel le Brexit a obtenu 51,8% des voix, n’était pas intouchable. Bien au contraire.

"Ennemis du peuple"

Selon la Constitution britannique, le gouvernement ne peut pas contredire les lois votées par le Parlement, c’est un de ses principes fon-da-men-taux. On ne déconne pas avec la souveraineté parlementaire. Et le Brexit, figurez-vous, compte indéniablement parmi les trucs susceptibles de changer la loi nationale. CQFD : le gouvernement ne peut pas décider d’enclencher l’article 50 – celui qui permet de mettre le Brexit en route -, sans l’aval du Parlement. Alors, on fait moins les malins hein ?

"Qui est-ce qui rit maintenant ?"

Mais comment se fait-il qu’on s’en aperçoive seulement maintenant, me demanderez-vous ? En réalité depuis le mois de juin, deux petits groupes d’irréductibles résistent encore et toujours aux Brexiteurs et mènent sans relâche un combat devant la justice pour prouver que le référendum ne suffit pas. L’un de ces deux groupes est constitué de citoyens résidant en France, au Royaume-Uni et à Gibraltar. L’autre est un duo improbable : Gina Miller, femme d’affaires britannique d’origine guyanaise, et Deir Dos Santos, coiffeur. Mais c’est surtout Gina Miller qui est devenue le visage de la résistance au Brexit. Héroïne pour les uns, traitresse pour les autres, elle a fait la une de tous les journaux britanniques après que la Haute Cour de justice de Londres lui a donné raison le 4 novembre dernier.

Gina Miller, la femme qui a bloqué le Brexit

Gina Miller a 51 ans et exerce le métier de « gestionnaire de fortune ». Elle est née en Guyane, a grandi en Angleterre. Son job et son origine guyanaise sont mis en avant par une partie de la presse britannique pour la décrédibiliser aux yeux du lectorat pro-Brexit. Le Sun, dont on connait la finesse et l’impartialité, n’a pas hésité par exemple à la présenter comme « une multimillionnaire qui n’est pas née au Royaume-Uni » pour exacerber le ressentiment des partisans du Brexit à son encontre. Ils ont aussi eu le bon goût de noircir volontairement la couleur de sa peau sur une photo (les types ne reculent devant rien).

Le Sun pris en flagrant délit

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« Ce qu’a fait le Sun en retouchant la photo de Gina Miller pour rendre sa peau plus noire est tout aussi ignoble que certains comportements dans l’Allemagne des années 1930« , fait valoir un internaute consterné.

Après la décision de la Haute Cour de justice de Londres, qui a estimé que le Parlement devait voter sur la question du Brexit, Gina Miller a reçu des tonnes et des tonnes de menaces de mort.

Son homonyme, la présentatrice américaine d’émissions sportives Gina Miller, en a aussi pris pour son grade et a même raconté à la BBC ce que ça faisait de se faire harceler sur Twitter.

« Les Brexiteurs sont toujours si classes…« , commente cette personne sur Twitter, en référence à l’amas d’insultes et de menaces reçues par l’autre Gina Miller. 

Gina Miller au pluriel : la présentatrice de sport américaine vs. la femme d'affaire britannique

Bref, il y eu un gros déferlement de haine, encouragé par les tabloïds présentant (la vraie) Gina Miller comme la femme à abattre. De son côté, elle explique ainsi sa démarche : « Nous estimons que la procédure constitutionnelle adéquate, le vote et l’approbation parlementaire – ainsi que la consultation des administrations dédiées en Ecosse, en Irlande du Nord et au Pays de Galles – doivent être respectés. Si ça n’était pas le cas, le retrait de l’Union européenne ne serait pas conforme à la loi et pourrait faire l’objet de poursuites judiciaires ».

 

EXIT LE BREXIT ? 

 

On vous voit venir vous, avec vos questions. « Quoi ? Qu’entends-je ? Finalement c’est possible d’annuler le Brexit ? » Ben pas trop, en fait. Certes, la Haute Cour de justice a décidé que le Parlement devrait voter avant que l’article 50 ne puisse être déclenché. Et certes, le Parlement est composé majoritairement de pro-Remain. Mais dans les faits, il a très (très) peu de chances que le Parlement vote contre le Brexit.

A tous ceux qui trouveraient ça étrange et contradictoire, nous tenons à rappeler un principe simple : si un élu pense quelque chose mais que son électorat pense le contraire, il y a fort à parier que l’élu votera pour le contraire de ce qu’il pense afin de ne pas perdre ses électeurs. (Nous, cyniques ? Si peu).

Courage, fuyons !

Blague à part, à l’heure où l’on accuse la justice britannique de trahir la volonté du peuple, les parlementaires risquent fort de se ranger du côté du Brexit. Y compris  dans l’opposition : le leader des travaillistes Jeremy Corbyn a déjà affirmé sur Twitter qu’il n’essaierait pas de bloquer l’article 50. « Le parti travailliste va se battre pour un Brexit qui marche pour le Royaume-Uni, en faisant passer l’emploi, la qualité de vie et l’économie en premier ».

En résumé : c’est pas demain la veille que le Royaume-Uni viendra se blottir dans les bras de l’Union en demandant pardon.

GROSSE COLÈRE CHEZ LES TORIES

Vous vous en doutez, le gouvernement britannique n’était pas enchanté par la décision rendue le 4 novembre par la Haute Cour de Londres. Après ce revers, Theresa May est de moins en moins en position de force pour négocier le Brexit avec les autres pays de l’U.E. : la décision de la Haute Cour de justice fragilise son gouvernement. Elle a d’ailleurs immédiatement fait appel de cette décision auprès de la Cour suprême, (organe le plus haut placé dans le système judiciaire britannique), qui examinera l’affaire du 5 au 8 décembre prochain. Sortez le popcorn, la décision finale devrait être rendue au mois de janvier. Que la bataille juridique commence !

En attendant, Theresa May use de toute son autorité pour faire pression sur le Parlement : « Les parlementaires qui regrettent les résultats du référendum doivent accepter ce que le peuple a décidé », a dit la cheffe depuis l’Inde, où elle était en visite. Mais ce n’est pas tout : les Tories au gouvernement pourraient employer les grands moyens et organiser des élections anticipées pour assoir davantage leur légitimité. Theresa May avait pourtant assuré à de nombreuses reprises qu’il n’y aurait pas d’élections « avant 2020 ».

L’ÉCOSSE À LA RESCOUSSE

Pour ne rien arranger, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a récemment déclaré que l’Ecosse allait défendre la décision de la Haute Cour de justice de Londres : « Pour le gouvernement écossais, il est clair que l’activation de l’article 50 va directement affecter les intérêts et les droits en Ecosse ». Nicola Sturgeon entend donc exprimer les « vœux démocratiques » des Ecossais, qui avaient voté à 62% pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne.

LE MEILLEUR DES POPULISMES

BREXIT BURGER : LE POINT DONALD TRUMP

 

À moins que vous ne viviez dans un autre système solaire, vous êtes probablement au courant que Donald Trump vient d’être élu président des États-Unis d’Amérique. Shit happens.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que Nigel Farage voudrait être Donald Trump quand il sera grand. Il s’est lui-même décrit comme « le plus grand supporter de Donald Trump au Royaume-Uni ». Et cet amour n’est pas unilatéral : Trump a déclaré à plusieurs reprises pendant sa campagne qu’il allait faire « mieux que le Brexit ». 

Après l’élection du candidat républicain, la presse a largement évoqué un « Brexit à l’Américaine » pour qualifier le vote du peuple contre les élites. Brexit et Trump, du pareil au même ?

Le 28 Minutes d'Arte a réfléchi à tout ça : "Trump, Brexit, montée des populismes : le peuple rejette-t-il les élites ?"

BRAVO DONALD !

En tout cas, Donald Trump peut compter sur plein de copains bien sympathoches un peu partout dans le monde. Ci-dessous, quelques exemples tout droit tirés du ballet des félicitations intéressées : 

Moment d'émotion pour Marine Le Pen
Viktor Orban, grand amoureux de la démocratie

« Félicitations. La démocratie est toujours vivante », peut-on lire en description de la photo, sur laquelle on voit Viktor Orban au téléphone avec Donald Trump. Le post Facebook ici.

Robert Ménard invite Donald Trump chez lui à Béziers
Farage, tout sourire

On vous laisse là-dessus, avec un petit remède musical, made in USA.

YG & Nipsey Hussle - F*** Donald Trump