La gueule de bois

La gueule de bois

52% dans ta face

C’est le matin. De base déjà, c’est pas la joie. Ton radio-réveil s’allume, il est 8h et tu entends que le Brexit a gagné. Putain, c’est pas vrai. T’enfonces la tête dans ton oreiller. Hier, t’avais eu trois notifications à 23h30 pour t’annoncer que le « Remain » était en tête, tu t’es endormie sereinement en te disant “les crétins, ils m’ont fait faire tout ce voyage pour rien, finalement ils sont raisonnables”. Oh putain, c’est pas vrai. Il est 8h et t’as pas fini de bader.

Ce matin, c’est comme si Mr Bean redébarquait des années 90… visiblement très en forme.

Chacun a un avis. Tout le monde, je te dis. Ton collègue à la machine à café, ta voisine de table au déjeuner – « j’en reviens pas, jamais j’aurais pensé que ça marcherait” – des mecs à la sandwicherie de la gare – “il manquerait plus qu’ils gagnent l’euro” – tes vieux potes communistes aussi  – “je sais pas ce que j’aurais répondu finalement, moi aussi, ouais après tout c’est vrai, vu le libéralisme de l’Union européenne” – et ta mère évidemment, qui râle de façon très constructive, concluant un bon vieux “oh puis ils n’ont qu’à se casser, ces imbéciles d’Anglais, on veut pas d’eux”. Tout de suite, ça élève le débat.

Ce matin du 24 juin a des allures de crise politique et financière pour le Royaume. Toute la journée, les radios autour de toi hurlent face à l’effondrement des bourses. L’élite européenne semble lever son index à l’adresse des Grands-Bretons : “Le Brexit fait paniquer les marchés, on vous l’avait dit”.

Alex, mon amie d’Oxford, est sous le choc. « J’arrive pas à y croire. C’est honteux ce qu’on a fait ». Elle est mignonne, elle s’inclut dans le désastre collectif alors qu’elle aura appelé au « Remain » autour d’elle pendant des semaines. 

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Dans sa famille, son frère europhobe joue la provoc’ : « Il m’a envoyé un texto ce matin disant : ‘Happy Independence Day’. Je ne lui ai pas répondu depuis, vaut mieux qu’on se calme tous les deux ». Paye l’ambiance autour du repas de famille, ces prochains dimanches.

 

Si certains accrocheraient bien la tête de David Cameron au centre de leur jeu de fléchettes, Alex ne lui en veut pas. « Personne n’aurait pu comprendre la profondeur des divisions dans ce pays, lui y compris et ce n’est pas seulement sa faute à lui. Honnêtement j’ai éprouvé un moment fort de tendresse pour Cameron quand je l’ai vu sortir du 10, Downing Street vendredi matin. Il tenait le main de sa femme – et j’ai pensé tout d’un coup : cela veut dire qu’il va démissionner. Et j’ai eu peur ; je n’ai pas voté pour lui, j’ai trouvé sa politique injuste, mais j’ai réalisé jeudi soir que les alternatives sont pires, vraiment pires. »

Brexit Bicycle

ARTE Reportage a traversé la Manche pour raconter le Brexit. Aliénor a raconté au jour le jour les coulisses de ce road-trip so british et nous livre des scènes de vie d’une Angleterre divisée. A découvrir ici.

Chronologie du 24 juin : départ dans le rouge

4h50. Libéréééé délivréééé – Nigel Farage « ose à présent rêver que pointe l’aube de l’indépendance du Royaume-Uni ». Il est pourtant bien réveillé.

5h. Tête de vainqueur. Nigel Farage fait cette tête. Le Daily Mail en fait sa Une. « Nous avons récupéré notre pays, merci à tous ».

6h. Équation du matin, chagrin. La BBC et Sky News estiment qu’avec neuf cent mille voix d’avance, le Brexit est officiel.

7h. Montagnes russes – La panique gagne doucement les marchés financiers. On note la plus grosse chute de la livre sterling depuis les années 1970.

7h30. Le référendum, c’est tendance – En Irlande (à 55% pro-« Remain »), Le parti nationaliste Sinn Féin appelle à un référendum pour une Irlande unifiée.

8h. Chiffres officiels – Les derniers résultats donnent le Brexit gagnant à 51,9 % contre 48,1 % pour le maintien. 17,4 millions de personnes se sont prononcés pour le « Leave » et 16,1 millions pour le « Remain ». La participation est estimée à 72%.

8h30. Les blasés de l’histoire – Parmi les europhiles : l’Ecosse (62 % pour le maintien), l’Irlande du Nord (56 % pour) et Gibraltar (95 %).

10h15. Epic fail de la méthode Coué – Les bookmakers anglais avaient massivement misé sur le maintien du Royaume-Uni dans l’UE : plus de cent millions de livres Sterling ont été joués, ce qui en fait l’enjeu de pari le plus important de l’année en dehors de l’Euro.

11h. Casse-tête british –  Londres a deux ans pour renégocier l’intégralité des accords de libre-échange qui existent actuellement entre l’Union européenne et le reste du monde. Soit cinquante-trois accords !

11h30. A ciao bonsoir – Devant Downing Street, David Cameron annonce qu’il démissionnera de son poste dans les trois mois.

12h. Mutti rentre dans le game – Angela Merkel intervient en public et se veut rassurante : “L’Union européenne est assez forte pour trouver des réponses à un jour comme celui-ci”.

12h15. Martin dégaine – Attendre trois mois, comme le propose David Cameron – ça ne convient pas à tout le monde… Martin Schulz, le président du Parlement européen, souhaite « des négociations rapides », et appelle à accélérer le processus de sortie.

13h. Nouveau trio gagnant – Angela a invité François Hollane à Berlin le lundi suivant. Petit plus : elle a même convié à ce tête-à-tête au sommet l’Italien Mateo Renzi !

14h15. Tomates pourries – Boris Johnson sort de chez lui et se fait huer comme jamais.

17h. Londres veut faire sécession – Simple boutade au départ, une pétition pour l’indépendance de Londres et son adhésion à l’UE recueille quarante-quatre mille signatures et demande à Sadiq Khan à devenir président plutôt que maire !

23 h45. Bulletin rouge – L’agence Moody’s abaisse la note du Royaume-Uni de stable à négative.